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Rencontre avec Gaëtan Nonchalant : « Prendre des grandes décisions je trouve ça très excitant »

Crédit : Michelle Blades

Le jeune artiste normand nous présente son premier album sincère et délirant Changement de Programme sortie le 29 septembre.

Gaëtan Nonchalant fait partie de la jeune scène française depuis quelques petites années maintenant. Après la sortie de son EP Tout ça pour ça en 2020, salué par la critique, Gaëtan nous revient avec la sortie de son premier effort aux influences sixties imbibé de chansons françaises. Mixé et masterisé par Jake Viator (Mild High Club, Connan Mockasin,…) à Los Angeles dans les studios du label de la crème de la musique indé Stones Throw, cet album ne pouvait que nous intriguer.

Nous avons donc décidé de rencontrer l’artiste autour d’une limonade et d’un café sur la terrasse ensoleillée des Bols d’Antoine dans le 20ème, afin d’en savoir plus. Nous y discuterons de l’album bien sûr, mais aussi du Japon où il a vécu, de l’école qu’il n’aimait pas et de l’admiration qu’il a pour Philippe Katerine et sa chanson chantée avec lui. Une rencontre assez loufoque et amicale qui finira par une session photo avec une caisse de légumes empruntée à Antoine en échange d’une photo avec sa mère présente à ce moment-là. Un moment drôle et unique dont on se souviendra.

Crédit : Thomas Soulet.

Que représente pour toi la sortie de ce 1er album et pourquoi l’avoir intitulé Changement de Programme ?

C’est un premier album donc ça représente beaucoup. C’est une manière de se présenter même si je l’avais déjà fait un peu avec mon EP Tout ça pour ça (2020). Mais je trouve le format album vachement mieux car tu as plus le temps de développer, passer par plusieurs chemins, émotions, propos que sur un EP. Donc l’album était hyper important pour moi. J’ai un rapport parfois avec les chansons où c’est soit elles restent, soit elles restent pas. J’en fait pas mal. Il y en a où je ne sais pas si c’est une bonne chanson mais il y en a d’autre avec lesquelles je suis plus attachées et qui sont plus évidentes à jouer ou de naître. 

Car pas mal des titres ont été faits entre 2016 et 2020, donc avant l’EP. 

C’est ça, il y a pas mal de morceaux qui datent de la période de la « Berezina » et des chansons de l’EP. C’est des chansons que j’aime encore tout autant aujourd’hui et j’aime bien laisser passer un peu de temps pour savoir si je l’aime encore 3-4 ans après. Comme ça je me dis que si je l’aime toujours c’est qu’elle a un sens et mérite d’être montrée. 

Pour le nom de l’album sinon, j’aime bien remettre en question les perceptions et les acquis. Les bousculer un peu parfois. J’aime bien les phases de flou qui sont parfois difficiles car quand tu en sors, tu ressors plus fort. Prendre des grandes décisions je trouve ça très excitant dans la vie. 

Mais du coup c’est un heureux hasard ou ça c’est fait naturellement  que le 1er titre s’intitule «  Les Humains  » et que l’album, par la suite, soit sur justement ces émotions, ces choix, que nous les humains nous rencontrons toute notre vie ?

Ça c’est fait naturellement. Je voulais mettre «  Les Humains  » au début parce que je trouve ça chouette de rentrer dans des disques avec un morceau un peu plus fleuve et qui te met dans une ambiance, sachant qu’aujourd’hui on met des chansons un peu plus patate, single au début. Donc c’était pour cette raison que j’ai commencé par ce morceau et puis c’est une de mes favorites. (Rires) Ensuite, le fait que ça passe par plein de choses et de chemins, oui ça c’était volontaire. C’est une collection de chansons qui s’imbriquait très bien avec un panel intéressant. 

Tu parlais de l’époque de la «  Berezina  » à l’instant. C’est d’ailleurs la seule chanson de ton EP à être sur l’album, pourquoi l’avoir mis sur Changement de Programme ?

C’était un gros choix mais tout de même assez facile. Déjà, je voulais pas en mettre trop car je voulais que les gens découvre des nouvelles chansons. Mais celle-là, c’est un peu la première que j’ai montré et que j’ai fait en studio avec Robin Leduc. C’était une des plus présentable et limpide pour moi. Dès que je la jouais, j’avais que des bons retours et je suis encore un peu ému quand je la fais alors que je l’ai énormément jouée. Je trouve qu’elle me définit assez bien ainsi que le période de l’EP. C’est celle qui s’imbrique le mieux avec les autres car l’album est un peu différent, plus joué en live, plus folk et anglo-saxon. Puis « Berezina » c’est juste une guitare/voix puis une batterie et une basse qui rentrent plus tard. Jusqu’alors c’était mon morceau où les gens chantent même s’il y en a d’autres aussi, j’ai eu de la chance. 

En parlant d’origine, tu es normand. Comment expliques-tu cette vague rock qui vient de Rouen depuis plusieurs années ?

Historiquement, il y avait les Dogs, Little Bob donc des beaux groupes de rock normand. C’est une ville assez rock, il fait pas très beau et il y a une ambiance. On a joué il y a pas longtemps dans un lieu qui s’appelle Chien Méchant tenu par des gens qui font partie du festival Rock In The Barn. Il y a un truc rock à Rouen. Après j’aime le rock mais j’aime aussi la chanson parce que je chante en français.

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire de la musique ?

J’aimais pas du tout l’école et mes moments préférés c’étaient quand j’écoutais des disques à la maison. Et donc très vite j’ai voulu acheter une guitare pour faire ce que j’entendais.

Et ça écoutait quoi à la maison ?

Mes parents ne sont pas musiciens mais ils écoutent de la musique et de la bonne musique surtout, comme The Alan Parsons Project. Des trucs que toutes les familles avaient un peu comme Dire Strait, Supertramp, les Beatles, les trucs mainstream de l’époque mais qui sont quand même des disques super. Parfois, il y avait des disques un peu plus pointus comme Shakti avec John McLaughin et le joueur de tabla Zakir Hussein. Ma mère écoutait pas trop de chansons car elle trouvait ça trop émotionnel. C’est vrai que quand tu écoutes un Michel Berger ou un Georges Moustaki tu peux avoir vite les larmes aux yeux. Moi je le vois comme une chose de chouette de parfois se laisser aller, ça fait du bien. Mais du coup, la chanson est arrivée un peu plus tard dans la maison. 

Tu disais que tu n’aimais pas trop l’école. Ça me fait penser à ta chanson «  Salle d’attente  » qui parle de cette période là dans notre vie. Tu étais comment à l’école ?

Pas très bien. (Rires) Ça m’a semblé vraiment interminable. Je comptais les jours. Ma mère m’avait promis qu’à 16 ans je pourrais arrêter. J’avais trop hâte d’être à la retraite. (Rires) J’avais déjà baissé les bras. La plupart des choses que j’apprenais je savais que je m’en foutais, j’avais pas vraiment de facilités et j’y m’étais pas forcement du miens. Si un prof était sympa, j’allais essayer de bien faire les choses. Même l’orthographe, la grammaire, je me disais « pourquoi ? Je fais ce que je veux, j’écris comme je veux ». Donc c’était très long. Le lycée ça allait un petit peu mieux car tu sais un peu plus qui tu es et tu sais que c’est bientôt la fin. (Rires)

Tu as fait pourtant des études et tu as vécu 1 an et demi au Japon. Pourquoi ce pays et qu ‘est-ce que ça t’a apporté d’être parti aussi longtemps là-bas ?

Déjà, je rêvais d’y aller au Japon. J’aime tout. Les estampes, les samouraïs, l’histoire du Japon féodal, le code du samouraï : le Bushido. J’avais fait un peu d’Aïkido, j’étais vraiment à fond dedans. Les jardins zen et leur manière d’accompagner les arbres avec des tuteurs qui balayent la mousse, … enfin tout ce qu’ils font. Les mangas je connaissais pas du tout avant que j’arrive là-bas puis il y a surtout la musique. 

Tu as appris le japonais ? Il y a pas une petite chanson en japonais de Gaëtan Nonchalant ?

J’avais cours de japonais tous les matins. Ils parlent pas trop anglais et j’avais vraiment envie de parler avec eux. En plus, c’est très beau comme langue et c’est pas si difficile contrairement au chinois. On peut prendre un petit niveau rapidement. Après il y a des paliers à passer que moi je n’ai pas fait mais je pouvais discuter avec les gens et me sentir faire partie du truc. 

Ça te manque ?

Ça me manque vachement. J’y suis retourné une fois pour 2 mois en 2018. Je suis content parce que parfois on revient pas dans des endroits par peur d’être déçu, et là ça avait pas du tout changé à part un ou deux restos qui avaient disparus. C’était pareil et toujours aussi magique. 

Revenons sur l’album. Il y a un gros featuring sur l’album qui est Philippe Katerine sur la chanson « Champs de Blés ». Peux-tu nous raconter comment ça s’est fait et ce qu’il représente pour toi ?

Pour moi c’est le meilleur. C’est le meilleur écrivain de chanson. On entend parfois des histoires sur ces gens qui rencontrent leurs idoles, et souvent il y a les personnages publics et les gens dans la vraie vie. Mais Philippe, il y a pas de personnage alors que certains le prennent pour un hurluberlu ou quelqu’un d’excentrique, second degré. En fait, il est 1er degré. Il est pas si excentrique, il est juste bien lui-même, bien sensible donc la rencontre avec l’humain a été magnifique. Dans certaines amitiés, tu rencontres des gens qui t’inspirent et que tu admires. J’aime bien admirer les gens qui m’entourent. Donc beaucoup d’admiration pour l’artiste mais aussi pour le gars qui faisait des phrases simples. J’ai l’impression que j’ai eu affaire à quelqu’un de très intelligent qui est très pertinent et à l’écoute. 

Sinon ça s’est fait dans le temps cette rencontre. Je l’avais croisé quand je bossais chez le label Wagram mais je ne pense pas qu’il s’en rappelle. Puis, je suis ami avec sa fille Edie qui réalise des clips dont notamment « Stone avec Toi » de Katerine. Elle m’avait gentiment proposé de venir car elle savait que j’étais fan. Donc je suis venu sur le tournage. Il a été super cool avec moi et m’a même posé quelques questions et il m’avait dit que mon nom Nonchalant ça le faisait rire. Après je l’ai revu plusieurs fois mais comme j’étais très intimidé et que je perdais mes moyens, comme souvent, je lui ai donné un petit mot avec des petites choses que j’arrivais pas à lui dire en vrai alors que je l’avais vu déjà 5-6 fois. Du coup, il m’a écrit, on a échangé quelques morceaux vers 2018 et il aimait beaucoup « Champs de Blés ». C’était sa préférée sur les 4-5 morceaux que j’avais envoyé. Quand j’ai enfin fini cette chanson vers 2021-2022, je le lui ai envoyée en lui disant « je me rappelle que tu l’aimais bien, si tu veux la chanter avec moi tu es le bienvenu ». Et il m’a répondu direct qu’il était trop chaud. On a vite convenu d’un rendez-vous, il est venu à l’appart et c’était fou. Mais ça m’étonne pas que ce soit sa préférée car quand je l’ai composée je pensais à lui. 

Mais du coup est-ce que tu peux nous parler de l’autre featuring de l’album avec Michelle Blades ?

Alors c’est ma copine. On est ensemble depuis plusieurs années et on fait aussi beaucoup de musique ensemble. Elle est musicienne et a sorti pleins d’albums. Ça fait 10 ans qu’elle est à Paris et elle avait commencé sa carrière en Arizona. Elle est américaine avec des origines d’Amérique centrale. Donc on joue ensemble et j’ai fait de la musique sur son album qui va sortir et elle a joué de la basse sur «  Porter Sur Ton Dos  », puis j’avais ce morceau «  Programme TV  » et je me suis mis à l’entendre en espagnol donc je lui ai proposé d’essayer. 

L’album a beaucoup été enregistré en session live, pourquoi ce choix ?

C’est un truc un peu magique que tu peux pas faire autrement. Je trouve que ça s’entend. Tu peux jouer avec un groupe qui a beaucoup de groove, tu peux donner l’illusion mais il y a plein de choses que tu peux pas faire sur du piste par piste. En soit ça va plus vite, si c’est la bonne prise et qu’il y a des petits couacs dans l’ensemble ça reste la bonne. Ça créait quelque chose en studio et sur le disque je pense. Après, il y a des morceaux qui s’y prêtent et d’autres pas du tout. Il y a des morceaux que je vais avoir envie de bricoler pendant des années comme « Champs de Blés », tu sens que ça va être des morceaux de prod où il faut chercher, trouver des petits trucs. Et d’autres où il faut que ce soit limpide, que ça coule, que ça vive. 

Dernière question, en rapport avec la chanson «  Les Légumes  ». Si tu devais être un légume ce serait lequel ?

(Rires) Très bonne question. Là, spontanément j’allais te répondre la tomate mais en fait c’est un fruit parce que c’est ce que je préfère. C’est les végétaux, les légumes en général qui m’inspirent. Mais je mange beaucoup de tomates et de concombres. 

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