ART

Festival d’Avignon 2023 – « Exit Above – After the tempest » : ballet techno blues 

Ann Van Aerschot

Anne-Teresa De Keersmaeker s’associe à trois artistes pour une pièce où les musiques blues et techno tiennent le rôle principal. Un spectacle électrisant en dépit de quelques longueurs.

Anne-Teresa De Keersmaeker a deux spectacles à l’affiche de cette 77ème édition du Festival d’Avignon. La reprise de son très grand succès En Atendant qui revient treize ans après sa création au Cloitre des Célestins à partir du 14 juillet. Jusqu’au 12, elle présente à la Fabrica Exit Above – after the tempest. Pour cette  nouvelle création, elle a travaillé avec trois autres artistes : la compositrice-interprète Meskerem Mees, le guitariste et producteur Jean-Marie Aerts et le guitariste et danseur Carlos Garbin. 

Walking blues

Leur point de départ est le mythique morceau Walking blues de l’américain Robert Johnson. Carlos Garbin l’entame à la guitare, Meskerem Mees le chante de sa voix puissante et les onze danseurs l’incarnent avec leur corps. Durant tout ce spectacle, ils vont beaucoup marcher sur ce walking blues. C’est une habitude de la chorégraphe. En avançant, en reculant, lentement ou à toute vitesse, ses performeurs arpentent souvent la scène. Ca n’a l’air de rien et c’est pourtant si difficile. Sur un plateau nu et un sol recouvert de lignes colorées, tous doivent faire la même chose. Une chose que tout le monde fait tous les jours, mais que chacun doit faire à sa manière. On prend le temps de tous les regarder, d’apprendre à les connaitre, et on pourrait continuer ainsi des heures.

Le spectacle commence donc très fort. Les images du début – créées très simplement à l’aide d’un voile en plastique et d’un ventilateur qui mis ensemble figurent un nuage menaçant et magnifique – sont très belles. Plus que la référence à la pièce de Shakespeare, on se dit qu’elle est là la tempête. Mais, assez rapidement, la proposition semble s’essouffler. On a l’impression d’assister aux mêmes scènes de chant avec finalement très peu de danse. La frustration est d’autant plus grande qu’on perçoit parfois un changement de rythme qui semble annoncer autre chose, mais qui retombe très vite.

© Ann Van Aerschot

Techno party

Et puis, soudain, de la musique électronique, de la bonne grosse techno et un groupe qui se forme. Les danseurs jusque là assignés à de petits solos deviennent un collectif. Le son est assourdissant, le rythme des mouvements épuisant rien qu’à regarder. On retrouve la palette gestuelle typique d’Anne-Teresa De Keersmaeker : de la marche, des petits sauts, des tours sur soi même. Tout semble se réveiller. Difficile de ne pas sentir le courant électrique qui se met à parcourir le public. Ces moments de grâce, ils se méritent. On les apprécie sûrement d’autant plus qu’on les a attendus. Finalement, quand on revient au blues, on se rend compte de la beauté de ces rythmes plus lents et chaloupés. En reprenant des forces, on réalise l’importance que cette musique a eu pour toutes celles qui ont suivies. 

Il faut parfois accepter de se laisser prendre par la main, savoir faire confiance et laisser aux choses le temps de se faire. En 1h30, les quatre créateurs d’Exit Above font explorer toutes les émotions procurées par le blues et la techno : joie, tristesse, euphorie et mélancolie. Un dernier voyage avant la tempête. 

Exit Above – after the tempest d’Anne-Teresa De Keersmaeker, Meskerem Mees, Jean-Marie Aerts et Carlos Garbin. Au Festival d’Avignon jusqu’au 12 Juillet (La Fabrica). Durée : 1h30. Tarifs : 10-30€. Informations et réservations : ici

Rédactrice "Art". Toujours quelque part entre un théâtre, un film, un ballet, un opéra et une expo.

    You may also like

    More in ART