Clips de la semaineMUSIQUE

CLIPS DU MOIS – Janvier #1

Crédits Guillaume Lacoste

Deux fois par mois, la rédaction vous offre une sélection de clips qui ont fait l’actualité musicale. Pour cette première sélection du mois de janvier  : GARGÄNTUA, Kate Davis, Jw Francis, En Attendant Ana, Albin de la Simone, Miossec, The Lemon Twigs, Voyou, Martin Luminet et Alexi Shell.

GARGÄNTUA – Alcool Alcool réalisé par Sébastien Auger

Avec leur projet GARGÄNTUesque de mêler techno et métal, tout en rappant comme Odezenne et en produisant des textes engagés, J4N D4RK et GOD3FROY se sont imposés sur la scène émergente francophone comme un duo incontournable en termes d’éclectisme. Fidèles à eux-mêmes, leur dernier single sobrement intitulé « ALCOOL ALCOOL », soit « la pire des drogues », est percutant et direct, et nourri de leur pouvoir d’autodérision : « Vous allez m’dire que l’hôpital se fout d’la charité / Moi j’peux vous dire que l’hôpital j’connais bien j’y suis né ».

Dans le clip signé Sébastien Auger, on suit deux hommes, joués par la même personne, dans des contextes de fête un peu différents, un club de hard rock et une réception officielle. Tous deux visiblement très picoleurs et un peu désespérés, ils prennent ensuite le volant de leurs voitures respectives et finissent par se foncer dessus en pleine autoroute. Sur la plaque d’immatriculation de l’un, on peut lire : « Je n’irai jamais au paradis », en même temps que notre duo martèle : «  L’alcool m’a cassé la gueule », avec tout le trash et l’ironie qu’on leur connaît.

Milena Ill

Alexi Shell – The Fall réalisé par Florent Augizeau

Le dernier clip de Alexi Shell, réalisé par Florent Augizeau aidé de Lola Margrain, suscite un engouement largement mérité : à mi-chemin entre le conte queer aquatique de Rivers Solomon et l’univers de Arrival, l’esthétique de «  The Fall  » accompagne un son envoûtant, entre légèreté de l’ambient et frénésie d’une techno à 140 BPM. Alexia Caunille, de son vrai nom, est productrice techno, DJ, performeuse, et c’est aussi l’ancienne directrice artistique du média Manifesto XXI !

Le single vient annoncer une belle nouvelle, celle de la sortie pour mars prochain de l’album Sirens, à la suite de son EP paru en 2020, I wish I was a mermaid. L’obsession de l’artiste pour la figure transgressive de la sirène est manifeste : à l’image du pouvoir féminin, elle inspire la crainte autant qu’elle évoque une grande force. Ce beau morceau offre à l’artiste et militante pour les luttes queer l’occasion d’aborder les thèmes qui sont chers : le care, l’inclusivité, la révolution amoureuse.

Milena Ill

JW Francis – Going Home to a Party réalisé par JW Francis

Nous le savons aujourd’hui, certains musiciens mélangent beaucoup de styles de musique. JW Francis fait partie de ces artistes et décrit sa musique comme « lo-fi jangle dream slacker bedroom pop », avec comme exemple bien concret son dernier single « Going Home to a Party ».

Le New-yorkais maîtrise à la perfection cette pop flâneuse à la Mac Demarco et nous excite encore plus dans l’attente de son prochain album Dream House, prévu le 27 janvier prochain. Rythme fougueux et guitare groovy presque strokienne, JW nous emmène avec ce titre dans son monde lo-fi et DIY accompagné d’un clip, signé de sa personne, rempli de références d’émissions de télé des années 90. Ce prochain effort a été composé en collaboration avec ses fans et se dit être un album porté sur l’attention des autres. De quoi rendre JW Francis et sa musique encore plus attachants qu’ils ne l’étaient déjà.

Thomas Soulet

Kate Davis – Monster Mash réalisé par Sarah Sheikh Bridge and Molly Dario

Trois ans après son premier album Trophy, Kate Davis continue de creuser encore plus l’écart avec son background jazz et s’affirme dans un rock nineties léché à souhait avec « Monster Mash ». Ce nouveau titre annonce son nouvel album Fish Bowl, opus personnel et introspectif, qui sortira le 24 mars prochain.

Le clip nous montre un écran d’ordinateur submergé par les pop-up et autres fantaisies dans un style années 90, où l’Américaine nous présente sa nouvelle héroïne FiBo, fil rouge de ce prochain effort, qui se voit lynchée par la communauté qui la suivait. Elle décide donc de commencer un réel changement vers une paix intérieure profonde. Davis chante ce désarroi très personnel à coup de guitares mordantes et d’une mélodie indie rock envoûtante, afin de demander à travers ce morceau : « Is there anybody there  ?  », comme un appel à l’aide caché.

Thomas Soulet

Albin de la Simone – Les cent prochaines années réalisé par Albin de la Simone

Mélancolie douce pour le retour d’Albin de la Simone, six ans après L’un de nous. Le musicien revient avec un titre nostalgique et doux-amer, teinté de souvenirs de vie et d’espoirs pour l’avenir. Avec cette question  : «  Qu’est-ce que tu fais, les cent prochaines années  ?  »

Au fil des images de son clip très épuré – un plan fixe sur ses mains au piano –, se succèdent des mouvements de touches, de marteaux qui frappent les cordes de l’instrument et d’étouffoirs qui s’abaissent et se relèvent. Un retour à la simplicité, à l’essentiel. Tout comme l’accompagnement, un peu à la Delerm, et la voix d’Albin de la Simone, tranquille et apaisante.

Le chanteur revient «  de loin à travers le temps  », vingt ans après son premier opus  ; on sent une maturité à la fois artistique et personnelle. Entre temps qui passe, douleurs des séparations mais aussi petits moments de vie, «  Les cent prochains années  » est une ode aux souvenirs autant qu’une promesse d’avenir. Avec une date en perspective  : le 3 mars, pour la sortie de l’album au complet. «  Et après on voit.  »

Marie Starecki

En Attendant Ana – Same Old Story réalisé par Ilhan Palayret

Les mêmes fringues et les mêmes tronches pour toujours les mêmes moments. En Attendant Ana convoque dans « Same Old Story » l’absurdité de la vie et de son cycle, un peu comme dans une pièce de Beckett, à qui d’ailleurs le nom du groupe fait un clin d’œil plus ou moins voulu.

Ce clip est une boucle, une succession d’images semblable à un panorama qui n’aurait pas de fin, illustrant parfaitement ce titre, sa basse répétitive et son chant sans véritable refrain, la voix de Margaux Bouchaudon semblant piégée dans l’espace-temps. Avec « Same Old Story », les Parisien·nes livrent le deuxième extrait saignant et intriguant de Principia, leur troisième album attendu le 24 février prochain.

Kevin Dufrêche

The Lemon Twigs – Corner Of My Eye réalisé par Hilla Eden

Trois ans après son dernier album en date, Songs For the General Public (2020), The Lemon Twigs vient marquer ce début d’année 2023 en dévoilant le clip de « Corner of my Eyes ». Enregistré en 2021, ce morceau déjà joué plusieurs fois lors de performances live est aujourd’hui sublimé dans cette version studio. Sur des longueurs rock et folk, le morceau prend corps avec les images saturées, desquelles émane une nostalgie paisible.

Réalisée par Hilla Eden, la vidéo nous entraîne dans les allées d’un cimetière baigné d’un soleil d’hiver, où le duo, l’air contemplatif, semble s’égarer. L’image frissonnante et l’attention portée aux détails flattent les percussions légères et les guitares douces du morceau, qui attise une curiosité certaine pour les futurs projets du groupe.

Romane Fragne

Martin Luminet – Étouffer réalisé par Martin Luminet

Pour son dernier single avant la sortie de son premier album, Deuil(s), mi-février, l’explorateur des sentiments assumés et des paroles sincères adressées de son cœur aux nôtres, Martin Luminet, immerge une carrosserie dans un étang. Habitacle ou véhicule d’un amour puissant qui n’a pas pu être sauvé, et dont la course sûrement effrénée a pris sa fin dans une noyade inévitable. « Étouffer », confession nue, ballade mélancolique piano-voix, véritable chanson triste épurée, mélodie lancinante noyant nos yeux d’une larme en coin. « J’étouffais pour te plaire  », livre-t-il dans un presque murmure, comme une sensation connue pour beaucoup d’entre nous .

Garçon aux multiples talents – chanteur, auteur, compositeur et encore une fois réalisateur -,Martin Luminet joue autant de ses mots que des images capturées. Ici, il livre un nouveau film pensé comme un tableau, utilisant de nouveau le lent travelling arrière, le dévoilant assis dans la solitude choisie, sur ce vestige sentimental, naufragé en parfaite symétrie avec son reflet trouble dans l’eau. Un double inversé tourbillonnant délicatement, plongeant dans ses questionnements. Ainsi, face à lui-même, et devant nous, l’acceptation se constate en une simple et universelle interrogation : «  Vaut-il mieux être heureux qu’amoureux ?  ».

Diane Lestage

Miossec – Mes voitures réalisé par Vincent Gouriou

Le Brestois fait son retour sur les routes du Finistère Nord. Pour annoncer son nouvel album, Simplifier (17 février), Miossec prend le volant pendant une nuit. « Mes Voitures », comme un chemin métaphorique vers le passé, pour se remémorer non pas réellement les voitures qui ont compté dans son existence mais ses «  amours au loin  ». Une traversée de la vie sentimentale sur laquelle résonnent des notes électriques et un beat dont la mélodie vibre sur ce bitume breton.

Montés en rythme, les paysages de bord de mer défilent sous nos yeux hypnotisés : des lueurs du jour, des ciels d’aube, des halos des phares en bord de ports à ceux, inévitables, des bagnoles éclairant le goudron ; autant de couleurs que d’histoires vécues, autant de véhicules transportant les souvenirs de «  celles  » qui furent aimées longtemps ou momentanément. Sans nostalgie aucune, le chanteur se livre à nos oreilles de sa voix organique, toujours plus envoûtante.

Diane Lestage

Voyou – L’ Hiver réalisé par Valentin Pitarch

Il avait déjà chanté magnifiquement la neige, c’est avec « L’Hiver » que Voyou revient pour son troisième album Les Royaumes minuscules, après Les Bruits de la ville (2020) et l’instrumental Chroniques Terrestres (2021). Dans un clip réalisé par Valentin Pitarch, Thibaud Vanhooland, s’isole, recroquevillé dans une maison trop petite pour lui, dont les murs le cernent petit à petit. De sa poésie unique, fantaisiste et pop, aux compositions qui lui sont chères regroupant cuivres, percussions et cordes, retrouver l’univers atypique et enfantin de Voyou, c’est s’immerger entre un clip coloré et presque animé à la Gondry tout en se confrontant à des textes profonds et lyriques.

Dans cette maison de poupée où « Tu regardais passer les heures / Assise au fond du canapé / Rideaux tirés / Que rien ne t’atteigne / Pas même les jours heureux », l’hiver devient la saison des enfermements, du repli sur soi et des dépressions en tout genre, saisonnières, sentimentales, mélancoliques. Le 24 février, comme date de sortie du nouvel album, semble déjà annoncer le retour prématuré du printemps et des beaux jours.

Diane Lestage

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