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« Reprise en main » – Employés et patrons

Reprise en main © ELZEVIRFILMS
Reprise en main © ELZEVIRFILMS

Pour sa première fiction, le documentariste Gilles Perret (L’insoumis, Debout les femmes  !) signe une formidable comédie sociale, on ne peut plus actuelle. Il se pourrait bien que le cinéma français ait trouvé son Ken Loach.

Reprise en main est le dixième film de Gilles Perret. Il s’agit pourtant de sa première œuvre de fiction. Auparavant, le réalisateur s’est essentiellement illustré dans le genre du documentaire, s’emparant de sujets traitant la réalité économique et sociale en France. Des classes ouvrières (De mémoires d’ouvriers) aux auxiliaires de vies (Debout les femmes !) en passant par les Gilets Jaunes (J’veux du soleil), Gilles Perret donne la parole aux invisibles. Ou aux insoumis, à l’image de son bien nommé L’Insoumis, passionnant portrait autour de la figure de Jean-Luc Mélenchon sorti en 2018.

Ce qui fait la force des films de Gilles Perret  ? Assurément son sens inné du récit. Plus que de simples documentaires, ses œuvres empruntent souvent à d’autres genres du septième art, comme le film d’aventure ou le feel-good movie. Il n’est donc pas étonnant de le voir aujourd’hui franchir la mince frontière entre le documentaire et la fiction. Pour le plus grand plaisir du spectateur.

Dans Reprise en main, Gilles Perret s’empare d’un sujet social. Une évidence. Comme son père avant lui, Cédric (Pierre Deladonchamps) travaille dans une entreprise de mécanique de précision en Haute-Savoie. Tout va pour le mieux, jusqu’au jour où l’usine doit être de nouveau cédée à un fonds d’investissement. Une terrible nouvelle pour le jeune homme qui ne compte en aucun cas dépendre de spéculateurs cyniques. C’est ainsi qu’il décide de faire un pari avec ses amis d’enfance, Alain (Grégory Montel) et Denis (Vincent Deniard)  : se faire passer pour des financiers afin de racheter l’usine…

Un air de Ken Loach

Ce premier film de fiction de Gilles Perret est une réussite. Comme c’est souvent le cas avec ses documentaires, le spectateur ne ressort pas déprimé mais avec le sourire aux lèvres. Une gageure si l’on songe aux enjeux économiques que soulève Reprise en main (chômage, précarité, exploitation…). Pour construire l’intrigue de son film et la psychologie de ses personnages, Gilles Perret s’est inspiré du réalisateur social par excellence, Ken Loach. Comme cela peut être le cas dans certains films du réalisateur britannique, il se dégage une combativité joyeuse dans la lutte que mènent Cédric et ses amis. Car à côté du film social, Reprise en main apparaît également comme un très beau long-métrage sur l’amitié, avec l’histoire de ces trois hommes qui résistent vaille que vaille aux coups durs de la vie.

Dans le rôle de Cédric, Pierre Deladonchamps obtient ici l’un de ses meilleurs rôles. À ses côtés, les excellents Grégory Montel et Vincent Deniard tirent remarquablement leur épingle du jeu. Feel-good movie très réussi, Reprise en main est l’une des bonnes surprises du cinéma français en cet automne particulièrement riche en sorties. Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux  ?

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