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« Humaine, trop humaine » – Le gai savoir

Humaine, trop humaine de Catherine Meurisse © éditions Dargaud
Humaine, trop humaine de Catherine Meurisse © éditions Dargaud

Depuis 2017, Catherine Meurisse s’amuse à croquer la pensée d’un·e philosophe en deux planches pour Philosophie Magazine. La somme de ce savoir facétieux est à présent réuni sous le titre Humaine, trop humaine.

L’autrice de La jeune femme et la mer est de retour avec une délicieuse BD. S’adressant à la fois aux initié·es qui saisiront très vite les références comme aux novices qui n’auront qu’une vague connaissance de la pensée des philosophes occidentaux, Catherine Meurisse se moque en deux planches du sérieux philosophique. Déjà dans Mes hommes de lettres (2008), elle croquait Proust, Sand ou Hugo avec humour.

Si l’on retrouve Proust dans Humaine, trop humaine, ce sont surtout des philosophes que Meurisse choisit de bousculer . Sous sa plume, Hegel se transforme en artiste contemporain médiocre ; Thoreau en guide de montagne tyrannique ; Barthes en mécanophile averti ; et de Beauvoir est suivie par une armée de groupies pendant que Sartre est relégué au deuxième sexe.

Drôle de philosophie

Qui a dit que la philosophie n’était pas drôle ? Dès le départ le contrat de lecture est clair : passé et présent peuvent se côtoyer tout comme le prosaïque et les concepts philosophiques. Reprenant les codes de la caricature, Meurisse tire à gros traits les travers des philosophes pour les transposer parfois dans un présent bien connu. Ainsi meeting politique, instituts de beauté et autre date tinder s’infiltrent dans le quotidien des philosophes pour notre plus grande joie.

Humaine, trop humaine de Catherine Meurisse © éditions Dargaud

L’une de ses précédentes BD, Mes hommes de lettres suivait une chronologie stricte sans limites de pagination. Catherine Meurisse y présentait le récit de l’histoire littéraire dans ses grandes lignes (Moyen-Age, Renaissance, La Pléiade etc). Le livre s’ouvrait par exemple sur le personnage de Renart qui racontait avec sa lyre l’essentiel du roman courtois et de la chanson de geste. À chaque fois, Meurisse prenait le temps de développer les grandes périodes littéraires avec beaucoup de détails. Ici, la limite du format fait aussi sa force. Le récit doit être concis, la blague percutante, la caricature de la pensée des philosophes juste.

Meurisse et ses philosophes

Dans Humaine, trop humaine, la narratrice n’est plus un personnage des grands récits littéraires mais l’alter ego de l’autrice elle-même. Elle se met en scène, portant sur les philosophes un regard tantôt atterré tantôt détaché, les présentant souvent comme des petits monstres d’égoïsme ou des boules de névroses. Mais sous sa plume, la tendresse domine également et elle n’hésite pas à ridiculiser son double de papier au passage. Comme le laisse sous entendre la couverture et le titre du recueil (qui détourne habilement une formule de Nietzsche), c’est elle qui, au premier chef, est faillible. Parce qu’il n’y a pas d’humour sans auto-dérision.

Ce nouvel album vient compléter l’analyse littéraire de Mes hommes de lettres, du côté de la philosophie cette fois. Si une référence échappe à la lecture, des cartouches en bas de page, établis par Mathilde Chédru, prennent soin de recontextualiser chaque portrait-caricature. L’occasion de (re)découvrir des philosophes avec humour.

Humaine, trop humaine de Catherine Meurisse, éditions Dargaud, 96 p., 22€

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