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« Via Injabulo » – Les métissages de Via Katlehong

Via-Emaphakathini choreopgraphed by Amala Dianor ViaKatlehong Germiston Theatre 26 April 2022 Photograph: John Hogg

Une heure de spectacle et deux chorégraphes. C’est le pari réussi de la compagnie sud-africaine Via Katlehong, qui multiplie les genres et donne corps à des danses urbaines, souvent marginalisées par les grandes institutions.

« N’étant jamais allé en Afrique du Sud et ne connaissant aucune communauté sud-africaine au Portugal, je me suis à priori senti sans ressource pour construire un récit suffisamment évocateur de ce qui nous réunissait. » C’est ce que confesse, d’entrée de jeu le chorégraphe Marco Da Silva Ferreira, dans la plaquette du spectacle distribuée aux spectateurs. Lui et le franco-sénégalais Amala Dianor se sont vus confier ce spectacle en deux parties, trente minutes chacune, par la compagnie Via Katlehong. Une invitation qui les a obligés, en tant qu’Européens, à réfléchir sur ce que cela signifiait de faire danser les corps noirs des danseurs de cette compagnie sud-africaine, dont le nom et l’intention première étaient de poursuivre une mission éducative dans le quartier pauvre de l’Est Rand. « Je m’appuierai sur la personnalité et l’histoire individuelle de chacun des interprètes (…). Je parlerai d’assignation et d’émancipation », tranche Amala Dianor. Le spectacle sera métisse ou ne sera pas.

Sur scène, les sept danseurs accrochent l’œil. Leurs vêtements ne sont pas les mêmes – en France, on a l’habitude des ensembles noirs portés par chacun des interprètes -, certains osent le noir, le blanc, d’autres lui préfèrent la couleur. Autre code de la danse que Via Katlehong fait valser : les interprètes s’affichent tout sourire, esquissent quelques mouvements de pantsula (une danse proche de hip-hop née en Afrique du Sud), ouvrent leurs épaules, frappent dans leurs mains, s’adressent parfois au public, lui font la grimace. Les influences sont multiples, de l’aveu même des chorégraphes qui ont tenu à ne pas dénaturer l’essence même de ce spectacle hybride. Plusieurs nationalités, plusieurs chorégraphes, plusieurs styles de danse.

Un triomphe

Les danseurs de Via Katlehong convoquent avec aisance une multitude de mouvements, hérités du kuduro, de l’isipantsula, de la house dance, du hip hop et même du rock pour un mélange que l’on sent hétéroclite, même lorsque l’on n’est pas connaisseurs de ces styles. Concrètement, les danseurs convoquent des membres de leurs corps que l’on a rarement l’habitude de voir utilisés en danse, en Europe. Les mouvements viennent ici des épaules, qui s’ouvrent et se ferment à l’infini, des hanches, qui glissent de droite à gauche, d’avant en arrière, et des visages, expressifs et souriants, qui font partie intégrante de la chorégraphie.

Cette composition ultra-singulière et ultra-hétéroclite s’assume comme telle. Une entracte de quelques minutes vient marquer la séparation entre les deux chorégraphies. Les danseurs s’acheminent dans la salle, font danser le public, lui distribuent des boissons, reprennent pour une deuxième partie, plus rythmée. Difficile de ne pas être conquis par ces images, radicalement nouvelles, de danseurs qui revisitent joyeusement tous les usages habituellement en vigueur à Chaillot. C’est réjouissant. La salle ne s’y trompe pas et fait un triomphe aux danseurs.

Via Injaburo par la compagnie Via Katlehong et les chorégraphes Amala Diano et Marco Da Silva Ferreira au Théâtre National de Chaillot, du 6 au 9 octobre. En tournée à la Maison de la Danse de Lyon du 18 au 21 octobre, à la Scène nationale de Brest Le Quartz du 17 au 19 novembre, à la Maison des Arts de Créteil du 24 au 26 novembre.

Auteur·rice

Journaliste

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