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Rencontre avec Sorry : « Je me sens à l’aise pour écrire de la musique, lorsque je suis dans ma ville natale »

Sorry par Eva Duc

Anywhere but Here, deuxième long opus de Sorry est sorti le 7 octobre 2022. À l’occasion de leur venue à Paris, nous avons rencontré Louis O’Bryen, bras droit de la chanteuse Asha Lorenz. Nous avons pu discuter de la manière de conceptualiser un album, des changements liés à l’âge et du rapport à la ville.

Comment est-ce d’être sur scène et de jouer de nouvelles chansons ?

Louis O’Bryen : Je suis excité, nous les avons beaucoup joué en fait. Nous sommes partis en tournée pendant deux mois en Amérique et au Royaume-Uni, donc nous étions habitués à les jouer souvent. Nous voulons apprendre toutes les autres chansons, nous pouvons les jouer mais nous devons nous entraîner d’abord. Nous sommes très excités de jouer à Paris.

Sorry par Felix Bayley Higgins

Quand êtes-vous venus à Paris pour la dernière fois ?

Louis O’Bryen : Nous avons joué au Supersonic en février 2020 juste avant le COVID. On a joué ici plusieurs fois, en première partie de Shame et ensuite au Pitchfork Festival, donc ça fait un bon moment.

Comment faites-vous pour créer votre place dans la scène musicale de Londres ?

Louis O’Bryen : Je pense qu’il faut écrire des choses différentes et intéressantes. Les groupes qui font quelque chose d’un peu différent peuvent avoir une place. Tu dois créer ton propre truc. Je pense que c’est difficile et c’est une histoire de chance aussi. Il faut faire beaucoup de concerts, avoir un très bon live. Quand on a commencé, on a juste écrit autant de chansons que possible, une centaine de chansons, et cinq ou dix étaient bonnes. Je pense que c’est comme ça qu’on s’améliore, mais c’est difficile, c’est sûr.

C’est parfois aussi les personnes que vous rencontrez qui peuvent aider à vous développer.

Louis O’Bryen : Oui, c’est pour cela que tu peux avoir de la chance en tant que groupe à Londres, car tu peux être entouré d’autres artistes et de personnes qui travaillent dans la musique et qui t’aident. C’est quelque chose de vraiment génial, mais il peut aussi y avoir tellement de musique que ça peut être difficile.

Y a-t-il un artiste de la scène musicale londonienne que tu aimes ?

Louis O’Bryen : J’aime Wu-Lu, il est génial, Asha a fait une chanson avec lui sur son album. Il y a aussi un nouveau groupe, Sarah Meth, qui écrit de très bonnes chansons avec une voix folle.

Nous avons parlé de l’importance de faire beaucoup de musique. Vous avez sorti une Mixtape avant votre premier EP, était-ce important de la sortir avant de faire un EP plus abouti ?

Louis O’Bryen : Oui, nous avions toutes ces chansons, nous avons fait beaucoup de démos sur l’ordinateur comme des footages, et nous voulions mettre ces fichiers à la disposition du monde. Nous ne voulions pas les réenregistrer, on avait l’impression qu’elles étaient dans leur forme finale, donc nous voulions juste les sortir. On voulait enregistrer autant de musique que possible, mais ce n’est pas la même chose quand on fait un album. La mixtape ressemble moins à une mixtape de rap, c’est un peu comme donner une mixtape avec différentes chansons à quelqu’un, c’est l’idée que nous voulions.

Anywhere but Here, a été produit entre autres par Ali Chant et Adrian Utley de Portishead. Quelle expérience cela a été de travailler avec eux ?

Louis O’Bryen : Sur ce dernier album, nous voulions travailler un peu sur l’écriture et rendre nos chansons plus appropriées, un peu plus proches des années 70. Nous voulions quelqu’un qui puisse nous aider. Nous ne voulions surtout pas être démodés mais avoir une touche moderne dans la production. Son nom est sorti tout seul, on lui a parlé et il était vraiment sympa, puis on a parlé à Adrian via zoom et il était super sympa aussi. Portishead est l’un de mes groupes préférés, c’est fou. Ali Chant a commencé à faire l’ingénierie de l’album. Les deux travaillent étroitement ensemble et ils sont devenus producteurs de l’album. Ils ont réussi à rendre l’album cohérent. On prenait des choses de différents endroits et à la fin, ça sonnait comme des chansons différentes, pas comme un album, mais pour celui-ci, on a vraiment fait en sorte que ça soit cohérent, en prenant tout du même endroit et en faisant en sorte que tout sonne pareil.

En parlant de Anywhere but Here, le titre me parle particulièrement avec ce sentiment de tout connaître d’une ville et en même temps de ne rien savoir. Avez-vous déjà quitté Londres pour une longue période ?

Louis O’Bryen : Non, en partie pour être en tournée, mais moi, Asha et tout le reste du groupe avons en quelque sorte grandi à Londres. L’album est moins sur Londres, plus sur l’habitat, c’est tout ce que nous connaissons, c’est une partie de ce qu’on a voulu écrire dans les chansons. C’est aussi là que se trouvent tous nos amis, c’est une ville qui grandit avec nous et qui change. Quand la pandémie a frappé, Londres et partout ailleurs dans le monde ont complètement changé et sont devenus des lieux complètement différents. Et on devient une personne différente aussi, on vieillit. C’est plus comment la ville fournit un retour à tous les sentiments, à toutes les personnes qui vous sont chères dans votre vie. J’aimerais aller dans un endroit différent mais ce serait un peu effrayant de quitter Londres. On peut être inspiré par une ligne dans un livre, je décrirais plutôt l’album comme une ville plus que le fait d’être dans une ville.

Je me sens à l’aise pour écrire de la musique, lorsque je suis dans ma ville natale, on est en quelque sorte dans un endroit sûr, mais parfois Londres peut nous faire devenir claustrophobe. Il peut être utile d’en sortir mais ça résonne quand on y revient.

Comment votre vision a-t-elle changé entre l’album précédent, 925, et celui-ci ?

Louis O’Bryen : Le premier et celui-ci ont été écrits entre 17 et 22 ans et je pense qu’à cet âge de la vie, on est assez innocent et immature, on cache des choses. Ce n’est pas une mauvaise chose mais c’est différent, c’était plus enfantin et plus jeune, on rit un peu de nos émotions à présent. Je pense qu’avec celui-ci, nous avons mûri avec l’âge. Ce n’est pas aussi embarrassant d’être émotionnellement vulnérable. C’est plus honnête et réfléchi, c’est un peu moins langue de bois, on se cache moins derrière des trucs. C’est émotionnellement mature.

Je pense que c’est bien d’avoir quelque chose de matériel pour se souvenir de ce qu’on a ressenti dans le passé. C’est comme un album photo.

Louis O’Bryen : C’est aussi un bon moyen de décrire ses émotions, une chanson. Pour finir un chapitre sur une relation ou sur une émotion que tu veux expliquer et laisser derrière toi, tu peux aller un peu plus loin.

Dans l’album, vous rendez hommage à Carly Simon et Randy Newman. Que représentent-ils pour vous et votre musique ?

Louis O’Bryen : Il ne s’agit pas vraiment de leur rendre hommage. Quand nous écrivions, nous voulions écrire de vieilles chansons des années 70 et nous écoutions ce genre de personnes, ce sont des auteurs-compositeurs extraordinaires. Avant que les chansons n’arrivent au studio, elles étaient déjà terminées, c’est ce que nous voulions faire. Je pense que pour la première fois, nous l’avons fait d’une manière différente, avant on jouait le morceau et on rajoutait des samples électroniques par dessus et pleins d’autres choses, mais pour celui-ci, nous voulions incorporer tout cela avant de l’enregistrer. Ainsi, lorsque nous avons répété avec le groupe, nous savions déjà où tout allait se positionner. Et à côté de ça, ce sont deux références.

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