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Rencontre avec Hoorsees : « J’aime l’esthétique de l’entertainment »

hoorsees par Clara De Latour

Maze avait eu l’occasion de rencontrer trois des membres du groupe Hoorsees à l’occasion de la sortie de leur album A Superior Athlete. Quelques mois plus tard, une tournée d’été et leur tout récent passage au MaMA Festival & Convention, replongeons-nous dans l’esthétique divertissante du quatuor rock parisien.

Comment vous gérez le monde actuel, le contexte mondial ?

Zoé : On écoute beaucoup We Are The World de Michael Jackson. (rires) Je crois qu’on essaie de ne pas trop y penser et de se concentrer sur ce qu’on doit faire.

Alex : On pense plus à faire nos prochains concerts et à comment on va les faire, quand et où, plus qu’au contexte mondial… puisque de toute façon, on n’avait pas de tournée prévue à l’étranger, a priori.  

D’où vient votre nom de groupe ? 

Alex : C’est le nom d’une chanson qui s’appelle Horror Sees et qu’on a contractée.

Zoé : Oui, c’est une chanson de notre premier EP !

Vous avez fait un album, il y a un an, là c’est votre deuxième. C’est assez productif et c’est assez peu de temps pour deux albums, ça c’est passé comment ? 

Alex : Alors pas vraiment ! En vrai, le premier on l’avait depuis longtemps et à cause de la pandémie, on a dû retarder la sortie et le deuxième. Cet album, on l’avait avant le premier, donc tout ça n’est pas du tout spécialement productif. On avait déjà toutes ces choses-là en amont. 

Elles datent de quand toutes ces chansons ? 

Alex : Pour le premier album, ça doit être des morceaux qui ont été composés en 2018-2019, et le deuxième, ce sont des morceaux de 2020.

Zoé : Elles ont été écrites pendant le premier confinement.

Le groupe a débuté en 2018. Quand avez-vous commencé à faire les premières chansons du premier album ?

Zoé : Ça a mis longtemps quand même, parce que toi tu avais sorti les premières démos un an avant qu’on joue…

Alex : Ça dépend de ce qu’on appelle “groupe”. En tout cas, j’ai commencé à composer sous ce nom-là il y a pas mal de temps. Ça doit faire 4 ans depuis 2017, et le temps que ça se mette en place deux trois ans, le temps que ça intéresse des gens. On a commencé à bosser vraiment tous ensemble pour le premier album et à enregistrer chacun nos instruments à ce moment-là.

C’était un projet un peu solo au début ?

Alex : Au départ il n’y avait pas de projet, c’était juste mettre des démos sur mon ordinateur. J’avais un autre groupe à l’époque et pas forcément le temps d’en avoir deux, ni l’énergie… Le temps a passé et j’ai préféré faire autre chose.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Zoé : Alex et moi on s’est rencontrés à des concerts parce que je traînais souvent aux mêmes que lui. On est devenus potes, il est devenu mon prof de basse et c’est comme ça que j’ai rejoint Hoorsees. 

Nico : Vous connaissiez Thomas par les concerts aussi, je pense ! Moi, je connaissais Thomas par des concerts et des soirées. Puis par l’intermédiaire de Thomas j’ai rencontré Alex.

Zoé : Alex avait monté Hoorsees avec deux autres membres en 2018 et quand ils sont partis, Thomas et Nico nous ont rejoints fin 2018, début 2019.

Comment le groupe a-t-il évolué au fil du temps ?

Alex : Au fur et à mesure, ça a pris beaucoup plus de place au sein de nos vies respectives. Ça dépend pour qui mais ça commence à devenir notre métier. Donc ça a pris un peu plus d’ampleur professionnelle.

Au départ, est-ce que le but était d’être professionnel ?

Alex : Le but n’était pas d’avoir un groupe le plus nul évidemment, donc oui, c’était de travailler. Mais après l’idée d’être professionnel ou pas est venue par étape. Être professionnel, ça ne veut pas dire grand chose en vrai, ça veut juste dire qu’on est plus entouré et qu’on a moins de contraintes, c’est tout. Mais non, ce n’était pas l’objectif premier. Ça s’est fait comme ça, on a rencontré des personnes qui nous ont aidés et des gens ont bien aimé notre musique, donc ça nous a permis de faire des affaires rémunératrices, c’était par étape.

Nico : La question ne s’est pas posée tout de suite, en effet.

Zoé : C’était avec le temps et l’envie aussi. Nico et moi on avait des jobs de bureau et ça nous faisait chier tous les deux. Enfin disons que la musique était plus intéressante, mais moins rémunératrice.

Alex : Zoé était dans le monde des start-up, donc elle a descendu l’échelle sociale. Moi je n’ai jamais eu d’échelle sociale, donc à la rigueur ça n’a rien changé.

Avez-vous eu l’occasion de jouer le premier album en live avec tous les confinements ?

Nico : On a eu une sorte d’opportunité vers la fin du premier confinement, fin mai début juin.

Alex : L’année dernière on a fait la Route du Rock. On a fait quelques festivals et comme on n’est un pas si pro que ça, tous les morceaux on les jouait déjà en réalité. On les teste avant, donc quand on était aux États-Unis, on a pu les tester aussi. Donc oui, on a eu l’opportunité de le jouer en live, mais pas très longtemps. Mais bon, comme ça les gens ne se lasseront pas !

Nico : On a été coupés par le Covid parce qu’on a joué un peu en septembre 2020. Après, il y a eu un deuxième confinement, c’était vraiment à l’été et l’automne derniers où on a pu jouer.

Zoé : On a eu des petits laps de 3 mois où on pouvait faire des choses, on a essayé de rentabiliser au maximum.

Sur vos concerts à venir, vous rejouez certaines chansons du premier album avec celles du deuxième ?

Zoé : Oui, il y en a quelques-unes qui restent dans le nouveau set, il y en a quatre. De toute manière ce ne sont pas des albums très longs, on peut faire les deux enchaînés. Je pense que personne n’aurait envie de rester deux heures à nous écouter, mais ce ne serait pas si long. On va faire un peu de trucs assez vieux en fait, c’est toujours la même chose quand on sort des disques, on les sort souvent beaucoup plus tard que le moment où on les a créés… donc on a juste assez de temps pour détester les morceaux qui sortent et avoir envie de faire autre chose – ce qui est totalement mon cas.

Le troisième album n’est pas loin ?

Alex : Oui, le troisième est en train de se faire !

Donc Alex compose et ensuite vous venez vous greffer aux compositions ?

Nico : A terme j’aimerais aussi composer, mais je ne sais pas encore le faire. J’aimerais atteindre un niveau technique pour avoir des idées qui servent le groupe.

L’album a une esthétique sportive, pourquoi avez-vous voulu donner cette esthétique en particulier ?

Alex : C’est sportif mais pas trop quand même, dans une visée un peu de divertissement mais pas du tout dans la performance physique. 

C’est comme si la musique et le sport se rejoignaient sur un côté d’entertainment ? 

Alex : Non, je ne pense pas. En fait, c’est pour la simple et bonne raison que pendant la composition de ce disque, il ne m’arrivait pas forcément grand-chose vu qu’on ne pouvait pas faire grand-chose. La seule chose que je faisais, c’était regarder des films de divertissement américain plutôt nuls, on peut le dire, et qui faisaient beaucoup référence au sport, sur les performances d’athlètes. Je trouvais ça assez ironique de mettre dans la musique cette dimension qui est en fait anachronique par rapport au propos musical, qui lui n’est pas du tout performatif, et d’en faire un parallèle intéressant. Mais non, je pense que personne n’est un grand sportif. Moi je suis un sportif télé, j’aime l’esthétique de l’entertainment.

Et alors pourquoi le choix du golf ?

Alex : Il y a des choses qui ont été faites faute de mieux, ce n’est pas le golf plus qu’un autre. Ce n’est pas vraiment voulu, c’est juste que faire des pochettes d’album, ça coûte des sous, il faut payer un graphiste. Il faut que ça soit bien, donc au final je me suis dit que c’était peut-être plus simple d’acheter un appareil jetable et de faire quelques photos. On a fait ces photos-là et celle-ci m’a paru convenable. En ce qui concerne le golf du clip, c’est tout simplement parce qu’on a eu une charmante proposition du golf de Saumur qui nous a gentiment et gracieusement invités à filmer chez eux. Donc on a profité de l’occasion.

Zoé : Et on avait des voitures gratuites. Donc on était ravis !

Nico : C’est vrai qu’à la base, Alex imaginait ça plutôt dans un karting, toujours un côté sport….

Alex : Loisir !

Zoé : Mais pas trop de transpiration !

Alex : Le rêve c’était le karting, mais c’était trop onéreux, on verra si ça se fait un jour. C’est pour ça qu’on s’est rabattus sur le golf.

C’est vrai que comme ça on ne dirait pas que le golf est moins onéreux que le karting !

Zoé : Il y a une image très “retraité” dans le golf.

Alex : C’est une manière de performer sans rien faire qui résonne un peu avec la volonté stylistique du disque.

Comment appréhendez-vous la sortie de l’album ?

Alex : Quand tu attends, tu as toujours l’espoir qu’il va se passer quelque chose, et puis il sort et une semaine après tout le monde a oublié. Il ne se passe rien donc c’est toujours un peu décevant, mais ça c’est mon point de vue. J’ai juste hâte d’en faire un autre, tout simplement. 

Zoé : Surtout hâte d’aller le promouvoir en concert ! C’est surtout ça en fait, le disque c’est un peu le prétexte pour aller jouer. 

Alex : D’une certaine manière, je n’ai pas hâte parce que j’ai toujours peur de la retombée. Et en même temps j’ai hâte parce que je considère que contrairement à celui d’avant, il sera perçu comme dans une totalité : tu as l’impression que dans l’album les chansons dialoguent entre elles. C’est bien d’avoir l’objet final où les choses sont ensemble, parce que ça a été construit comme un ensemble. 

Qu’est-ce que le label aux États-Unis vous a apporté ?

Zoé : Ça nous a apporté une certaine légitimité en France, parce que tout de suite quand tu dis États-Unis, ça fait un peu rêver tout le monde. Canine, notre label, a eu une bonne renommée dans les années 2010, ils avaient des groupes vraiment bien genre Grizzly Bear, Chair Lift, etc. On était très contents de signer là-bas car potentiellement un jour on pourra retourner aux États-Unis et y faire une tournée !

Alex : Ça permet d’ouvrir un peu le son sur des médias comme Rough Trade ou KEXP, ou d’autres trucs qu’on a pu avoir. Malheureusement il n’y a pas de relai en France pour ça, donc ça fait le pont. Ça s’est fait à l’inverse, on a d’abord été approchés par Canine pour le disque avant de finalement avoir Howlin Banana. C’est un peu atypique, je n’en sais rien. C’est juste qu’au début on aurait pu prendre un label Indien ou en Afrique du Sud, si ça existe, ce n’est pas le souci. Il faut juste une première impulsion de quelqu’un qui croit en toi, autre que toi ou tes parents.

Vous avez donc joué aux États-Unis…

Zoé : On a été invités à un festival à New York au mois de mars 2020, juste avant le confinement. On est rentrés et on était confinés. C’était un festival organisé par Canine. Ils nous avaient invités là-bas pour nous voir et potentiellement nous signer après. On a eu de la chance qu’ils nous voient et qu’ils kiffent vraiment le concert. Quand on leur a envoyé l’album qui était prêt à la fin du premier confinement, ils nous ont dit qu’ils aimaient beaucoup l’album et qu’ils étaient partants pour nous signer !

Comment s’est passée l’expérience du public là-bas ?

Zoé : C’était bizarre parce que c’était juste avant le confinement, donc les gens se confinaient un peu d’eux même là-bas. Les rues étaient un peu vides…

Nico : Les groupes invités reportaient aussi pour certains, donc il y avait des places de libres. A la base, tu joues entre 20 à 30 min maximum, et finalement on a joué plus que prévu. Peut-être qu’il y avait moins de personnes à chaque fois, au fur et à mesure que la semaine avançait, c’était assez bizarre. 

Zoé : Moi j’ai bien aimé !

Alex : C’était très agréable et je pense qu’on y retournera avec plaisir. 

Zoé : On a rencontré des groupes très cool en plus !

Hoorsees, pochette d’album

Est-ce que l’album est conçu comme le live ou est-ce que vous essayez de faire en sorte que les deux soient différents ? 

Alex : Pendant une résidence il y a quelques semaines, je me suis rendu compte que je n’aimais pas quand je chantais, donc c’est Zoé qui chante ces chansons. L’album est arrangé pour que ce soit un vrai moment de divertissement. Il y a plus de changement donc, ce n’est pas joué de la même manière, il ne se passe pas exactement la même chose. Ce n’est pas forcément très intéressant d’aller voir un groupe quand tu as exactement la même chose sur l’album.

Nico : Ouais, il faut qu’il se passe quelque chose en plus ! C’est bien que les choses soient mouvantes. Donc c’est totalement amené à être modifié.

Alex : Après il y a beaucoup de playback, des feux d’artifice, des choses comme ça en live !

Dans quel endroit rêvez-vous de jouer ?

Zoé : Mon rêve, ce serait de jouer au South by Southwest, le festival Austin. Faire une tournée des festivals où tu fais 15 dates, je pense que c’est très crevant, c’est le festival qui me fait un peu rêver. En fait, je rêvais d’y aller avant même de faire de la musique. Je voulais y aller en tant que spectatrice. Je trouvais ça assez cool que dans toute la ville tu aies des concerts à la fois de groupes émergents et en plus des groupes un peu mainstream – même si je suis plus intéressée par le côté indé. Je me dis que plutôt que de payer 800 euros pour y aller, autant le faire en dépensant 800 euros, mais avec le groupe. 

Alex : Moi, je pense que ça serait une tournée au Japon !

Nico : Oui, je rejoins Alex là-dessus.

Alex : Ou la première partie de Phoenix !

Alex : J’aimerais beaucoup y aller en tant que groupe, mais je n’aimerais pas y aller comme touriste, j’aurais l’impression de faire absolument n’importe quoi comme Bill Murray. En tant que groupe je pense que j’y arriverais mieux. 

Nico : Le Japon ou la Chine, juste pour avoir le délire d’avoir 10 000 personnes devant toi  !

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