ARTThéâtre

« Les Historiennes » – Jeanne Balibar rend femmage

Les Historiennes
Les Historiennes © Matilda Olmi/Théâtre Vidy Lausanne

Dans un seul en scène où seule la voix compte, la comédienne propose une lecture de textes d’amies d’enfance, devenues historiennes, consacrés à des femmes célèbres ou oubliées.

Quatre amies. Trois sont devenues historiennes, la dernière est devenue comédienne. C’est pour rendre femmage à ses trois amies, les historiennes Charlotte de Castelnau-L’Estoile, Anne-Emmanuelle Demartini et Emmanuelle Loyer que Jeanne Balibar conçoit son spectacle éponyme, objet hybride qui allie lectures, chants et projections. La comédienne, fiches et livres à la main, lit et récite ces textes d’historiennes, mi-enquête, mi-reconstitution, sur des personnages historiques passés, parfois oubliés, parfois célébrés.

Dans l’ordre, Jeanne Balibar retrace, texte à la main, les histoires de Violette Nozière, Delphine Seyrig et de l’esclave Pásco. Des femmes qui ont en commun d’avoir rompu, ou tenté de rompre avec l’ordre dominant et souvent patriarcal qui les étouffait de leur vivant. C’est ce que fait en tous cas Violette Nozière lorsqu’elle assassine son propre père, auteur d’inceste, pour mettre fin à ses propres souffrances. Et devient, du même coup, la femme la plus monstrueuse de France, qui obligea le vingtième siècle commençant à regarder en face les violences intrafamiliales et la douleur des femmes.

Les Historiennes © Matilda Olmi – Théâtre Vidy-Lausanne

Pouvoir de la voix

Les hommages ne sont pas moins poignants lorsque Balibar aborde le cas Seyrig, actrice culte et militante féministe dont les propos, cinquante ans plus tard, ne sont pas encore tombés en désuétude. La performance n’est que lecture – les décors et mises en scènes sont minimaux – et invitent à se concentrer sur la seule voix, sur le seul corps de la comédienne, devenue véritable réceptacle des textes et gardienne de leurs rythmes. Jeanne Balibar passe vite sur les passages qui nous intéressent moins, adoptent un ton grave lorsque l’on en vient aux faits importants, et sa voix se brise sur les passages qui disent l’indicible, ceux de l’inceste et de l’aliénation féminine.

Le spectacle, qui dure tout de même trois heures quarante-cinq, parvient à accrocher grâce à la puissance hypnotique de son interprète. Un talent qui atteint son apogée avec les lectures sur Delphine Seyrig, dont la carrière cinématographique et l’engagement résonnent avec ceux de Balibar elle-même au cinéma.

Les Historiennes, avec Jeanne Balibar, du 28 septembre au 1er octobre au théâtre des Bouffes du Nord, 11-34 euros. En tournée à  la MC93 Bobigny le vendredi 11 novembre avec le Festival d’Automne à Paris.

Auteur·rice

Journaliste

You may also like

More in ART