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VENISE 2022 – « Un couple » : Les mémoires de Sophia Tolstoï

Copyright Météore Films
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Présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise 2022, le film Un couple met en voix les journaux, lettres et mémoires de Sophia Tolstoï. Cette nouvelle collaboration de Frederick Wiseman et Nathalie Boutefeu donne un film épuré mais très monotone.

En 2012, Nathalie Boutefeu (Polisse, 2011) et Frederick Wiseman (City Hall, 2020) sélectionnaient des lettres et poèmes de la poétesse Emily Dickinson pour le théâtre dans La Belle de Amherst. Dix ans plus tard, c’est à la figure de Sophia Tolstoï, née Sophia Behrs, autrice et femme de Léon Tolstoï, qu’ils s’intéressent.

Sophia Behrs n’avait que 18 ans lorsqu’elle s’est marié avec Léon Tolstoï, 36 ans, déjà connu en Russie pour Enfance (1852) et Adolescence (1854). Ensemble ils ont eu 13 enfants et une relation très mouvementée si l’ont en croit leurs récits respectifs ainsi que celui de leur fille Tatiana Tolstoï. À la fin de sa vie par exemple, Léon Tolstoï, qui était pourtant l’un des hommes les plus riches de Russie, décida de déshériter ses enfants et sa femme, refusant que cette dernière lui rende visite sur son lit de mort.

Monologue adressé

Dans Un couple, Nathalie Boutefeu erre dans un jardin sublime. On apprendra dans le générique de fin qu’il s’agit du jardin de La Boulaye, à Belle-Île-en-Mer, situé à plus de 3 000 km de Moscou et d’Iasnaïa Poliana où vécurent les Toltoï. Il ne devrait pas être étonnant que Nathalie Boutefeu déclame les extraits de textes en français, sa langue natale, mais l’idée déroute tout de même. Un réalisateur américain, fait lire en langue française des textes d’origine russe dans un jardin en bord de mer. À cet étonnement premier on opposera comme un joker la licence artistique. Soit. Mais le dispositif mis en place ne sauve pas du tout ces grandes libertés artistiques.

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Frederick Wiseman est un habitué du film documentaire. Il filme avec délice les méandres des musées et autres institutions : on lui doit notamment le très beau documentaire National Gallery (2014) ou ceux sur le Métropolitan Hospital de New York (Hospital, 1970), l’Opéra de Paris (La Danse, le Ballet de l’Opéra de Paris, 2009), ou encore la New York Public Library dans Ex Libris (2017).

Dans Un couple, le dispositif est trop artificiel et monotone pour intéresser. Nathalie Boutefeu est seule, déguisée en aristocrate russe du dix-neuvième siècle, une tresse de femme mariée au sommet du crâne. Elle s’adresse directement à Léon Tolstoï, récitant les extraits de textes qui ont été choisis par le réalisateur et l’actrice elle-même. De temps en temps, elle change de lieux, se plaçant tantôt devant un étang, tantôt devant la mer ou une floppée d’arbres.

Le film est court, heureusement. Une heure condensée qui permet de rester un minimum concentré sur le monologue. Seul le point de vue de Sophia est proposé ici. Il dresse le portrait d’une relation colérique, instable voire toxique.

Dans ses Mémoires, Sophia Tolstoï parle de ce que l’on nommera bien plus tard la charge mentale. Aidée, heureusement pour elle, de domestiques, elle a dû cependant élever ses treize enfants, se relever d’une fausse couche, jouer du piano, être une bonne épouse, aider son mari à relire ses manuscrits et le conseiller. Loin du tranquille « bonheur conjugal » promis par le titre d’un court roman de l’auteur d’Anna Karénine (1885).

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