CINÉMA

Venise 2022 – « The Eternal Daughter » : Souvenir fantomatique

© A24

COMPÉTITION OFFICIELLE – Après le diptyque The Souvenir, sorti par Condor en février dernier, Joanna Hogg présentait son dernier film, The Eternal Daughter lors de la Biennale 2022. Une oeuvre fantomatique qui vaut le détour. 

Lors d’un soir brumeux, deux femmes se présentent à l’accueil d’un hôtel désert. L’une est âgée, l’autre semble être sa fille, à l’origine de la réservation d’une chambre pour le duo. Et ce n’est autre que Tilda Swinton, tête d’affiche de ce projet, qui interprète les deux personnages.

Muse et amie de la cinéaste, elle porte cette fois l’entièreté du film, à merveille. Dans ce récit, Julie souhaite partager un moment avec sa mère Rosalind et par la même occasion, trouver l’inspiration, elle qui est réalisatrice. Après quelques imprévus à l’accueil, les deux femmes parviennent finalement à récupérer une chambre plus ou moins correcte mais mouvementée par des événements perturbants… 

Une métaphore endeuillée encore trop faible 

À l’aide d’une photographie aux tons ternes, Joanna Hogg retranscrit parfaitement l’ambiance lugubre et sinistre de cet hôtel. Désert et froid, la seule autre protagoniste que l’on entrevoit est l’hôtesse d’accueil campée par Carly-Sophia Davies. Un lieu à l’image d’un récit où le dialogue prévaut entre deux personnages aux sentiments meurtris.

Côté scénario, la tension lente et mystérieuse prolongée dans la durée donne à espérer que l’on pourrait basculer sur un récit d’épouvante. Hélas, même si l’on s’attend toujours à être surpris, rien ne se passe. À l’inverse de The Souvenir qui lui prenait le temps de raconter quelque chose en deux parties, The Eternal Daughter, par son aspect presque horrifique, trompe le spectateur en n’explorant qu’une infime partie de ses possibilités scénaristiques.

Néanmoins, et malgré une lenteur assumée,  l’atmosphère angoissante reste maîtrisée à l’aide de quelques scènes fantomatiques, qui même si elles ne donnent pas le résultat escompté, font toujours frissonner. En somme,The Eternal Daughter reste une bonne expérience, notamment pour sa représentation métaphorique du deuil, que l’on comprend seulement plus tard.

Mettre deux personnages interprétés par la même comédienne n’est pas anodin venant de la cinéaste. Ce n’est seulement qu’à la conclusion de son oeuvre que son message est compris par le spectateur. Un hommage à un proche disparu ou seulement la volonté de garder un souvenir lointain, The Eternal Daughter explore la sensibilité de chacun à sa manière. 

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