MUSIQUEMusique en bref

MUSIQUE EN BREF – Fêter la fin des vacances

Visuel Guillaume Lacoste

Toutes les deux semaines, les journalistes de Maze vous proposent un tour d’horizon des albums et EP qui ont fait l’actualité musicale. Nous revoilà après une pause estivale, nous avons eu le temps d’écouter des pépites musicales que nous vous partageons ici.

Pomme – consolation

Voilà de quoi bien débuter l’automne, dans un mélange de mélancolie et de douceur. La chanteuse lyonnaise Pomme revient avec un nouvel opus intitulé consolation, paru chez son label de toujours Polydor et dont elle est cette fois productrice. Annoncé par deux singles, Nelly et tombeau, cet album arrive trois ans après le précédent. La consolation arrive donc trois ans après les failles.

«  n.f.  : soulagement apporté à un chagrin, à la peine de quelqu’un  », peut-on lire sur la pochette du disque. De soulagement, il est en effet question, de même que de réconfort et d’apaisement. Pomme a accepté les émotions qu’elle cherchait à extérioriser à travers les failles et nous propose un album encore plus intime, rempli de poésie et de mystère. Les thèmes des souvenirs d’enfance (dans mes rêves) et la volonté de rendre hommage à des femmes qui ont marqué sa vie (Nelly pour l’autrice québécoise Nelly ArcanBarbara dans B.) sont mis en valeur par des instrumentations plus électroniques qu’auparavant (bleu), apportées par la participation de Flavien Berger aux arrangements. 

On sent une réelle évolution musicale, plus osée et expérimentale. Mais toujours avec cette voix au vibrato si délicat, ces émotions livrées de manière transparente que la chanteuse nous invite à accueillir.

Pari réussi, consolation porte bien son nom. Chaque chanson fait l’effet d’un câlin, nous rassure, qu’elle soit mélancolique (tombeau), nostalgique (jardin) ou au contraire pleine d’espoir (septembre) et de gratitude (B.). S’il a d’abord été conçu comme un cadeau à elle-même, consolation n’en reste pas moins un disque tourné vers les autres, et a vocation à apaiser les cœurs.

Sortie le 26 août 2022

Coups de cœur  : jardin, la rivière, bleu, Nelly, tombeau

Marie Starecki

Megan Thee Stallion – Traumazine

Étoile montante du rap américain, Megan Thee Stallion nous a livré ce mois d’août un deuxième album bouillant où elle met à nu ses élans de colère et ses moments de grande vulnérabilité. Traumazine frappe très fort avec des titres explosifs sur la forme mais cyniques et désabusés sur le fond, comme pour NDA et Plan B : « Ladies, love yourself ’cause this shit could get ugly / That’s why it’s, “Fuck niggas, get money” ».

Contrairement aux apparences, nous sommes très loin du rap mainstream et commercial de Cardi B, grâce à laquelle Megan s’était faite connaître du grand public il y a deux ans avec le clip outrancier de WAP.

Il est plaisant de découvrir a contrario un univers instrumental riche de références à la musique soul groove des années 70-80 (Flip Flop) et au hip hop alternatif des années 90 comme dans Plan B où l’on croit retrouver les rythmes inquiétants du Ping Pong d’Antipop Consortium.

Mention spéciale pour Anxiety qui soulève avec brio la question de la santé mentale chez les femmes qui derrière leurs carrières florissantes et leur apparente impassibilité cachent le plus souvent des traumatismes non résolus et une sensibilité à fleur de peau. En nous partageant son inéluctable vulnérabilité au fil de cet album, Megan Thee Stallion décuple sa puissance et par la même occasion celle de tous ceux qui se retrouveront dans sa musique.

Sortie le 12 août 2022

Coups de cœur : NDA, Anxiety, Flip Flop, Sweetest Pie (feat. Dua Lipa), Plan B

Marion Bauer

A Void – Dissociation

C’est un retour dans les années 1990 que nous propose A Void. Le trio punk sort un nouvel album, Dissociation, nous invitant à une balade mentale. Grâce à une énergie débordante ainsi qu’une originalité certaine tant dans l’esthétique que dans l’approche musicale, A Void joue avec les rythmes, les changements de d’ambiances.

Le sujet au cœur de l’opus : la santé mentale. Un thème qui revient de plus en plus pour une génération qui évolue dans une société anxiogène. Dans la chanson Newspapers, il est question de cette rage contre la presse aux nouvelles toujours angoissantes et qui nous submergent, comme une relation toxique dont on veut se débarrasser.

C’est la voix de Camille Alexander qui accroche en premier lieu. Une voix qui pourrait aussi bien sortir d’un groupe du Riot grrrl, mouvement punk féministes des années 1990. Expérimentant des variations, n’ayant pas peur des cris puissant ou à l’inverse des murmures, la chanteuse et guitariste fait s’envoler A Void.

Sortie le 9 septembre 2022

Coup de cœur : Newspapers, Sick As a dog, 5102

Eva Duc

Cheekface – Too Much To Ask

Si vous êtes fan du groupe de rock indépendant californien CAKE, connu pour leur reprise nonchalante d’I Will Survive de Gloria Gaynor, vous allez être charmé par Cheekface, ce nouveau trio de Los Angeles. À peine un an après la sortie de Emphatically No., la formation débarque avec leur meilleur album à ce jour, Too Much To Ask.

Un nouvel opus aux paroles à l’ironie divine et au son subtilement garage entremêlé de post-punk dansant. C’est grâce à des groupes tels que Dry Cleaning que le spoken word explose, et c’est donc là que Cheekface excelle.

La voix paresseuse du guitariste chanteur Greg Katz nous séduit porté par ses paroles sarcastiques qui pointent du doigts l’absurdité, parfois trop présente, de notre monde. C’est donc à travers des titres comme We Need A Bigger Dumpster, où le groupe chante à répétition « Everything is fine ! » comme un mantra pour se rassurer, ou encore Election Day, accompagné de la douce voix de Sydney Gish, comparant les élections de sénateurs à celles d’éboueurs.

Cet album est comme un gros doigt d’honneur à la société occidentale sur des influences musicales digne de Devo, Talking Heads ou encore les B-52’s, fervents adeptes de cette cause.

Sortie le 1er août 2022

Coups de cœur : We Need A Bigger Dumpster, Featured Singer, Election Day, You Want Always Want To Bomb The Middle East, Friends, Vegan Water.

Thomas Soulet

Requin Chagrin – Bye Bye Baby (réédition)

La voix grave et hypnotique de Marion Brunetto, alias Requin Chagrin, nous entraîne avec elle en eaux profondes, à la découverte de la réédition de son troisième album baptisé Bye Bye Baby, sortie ce 26 août.

Plus mélancolique que jamais, le morceau Crush constitue un des trois titres inédits de cette réédition, sur lequel l’actrice Anaïs Demoustier entremêle sa voix avec celle de Requin Chagrin. En alliant rock californien et dream pop avec une certaine voracité, l’auteure-compositrice-interprète multi-instrumentiste enveloppe Crush d’un aspect brumeux et scintillant, qui place le morceau hors du temps.

Le ton est donné par un fuzz lo-fi enrobant, et les touches de synthétiseurs new-wave nous promettent une ode aux amours déchus et à ces longues soirées d’été. « Le vent dans le dos, la Lune en passagère Au volant, je file ».

Romane Fragne

Hot Chip – Freakout/Release

Hot Chip, c’est un vieux pote que l’on retrouve une fois de temps en temps, celui qui n’a pas vraiment changé mais qui a quand même de nouvelles histoires à raconter. Pour leur huitième album, les Anglais nous livrent un album patchwork. En effet, quel lien peut-il y avoir dans le fond entre le son tendance industrielle du titre éponyme Freakout/Release, où la patte des Belges de Soulwax est omniprésente ; et le tube résolument pop et dansant Eleanor, rempli de paillettes et de sautillements synthétiques ?

Dans cette ambivalence, il reste les fondamentaux d’Hot Chip : la mélancolie, qui suit la fête et nous enveloppe (Miss The Bliss) ; les incursions house qui donnent envie de pousser le volume à fond et de danser jusqu’à ne plus en pouvoir (Time) ; la sensibilité cristalline de la voix d’Alexis Taylor qui semble pouvoir se briser à tout moment (Broken).

Cet album, Hot Chip l’a construit au sortir du confinement, dans un studio flambant neuf conçu par le groupe lui-même à Londres. Les cinq compères se sont retrouvés pour faire de la musique à l’instinct, sans ligne directrice.

Et on peut le regretter un peu, surtout quand la promesse est funk dès l’ouverture, avec le sample de More Than Enough, un titre 80’s d’Universal Togetherness, pas vraiment tenue sur le reste de Freakout/Release. Une cohérence, c’est peut-être ce qu’il manque à ce disque qui est assurément libre et libéré de tout jugement et de toute contrainte. Au moins, chacun·e peut y trouver son compte. 

Hot Chip sera en concert à l’Olympia le 8 octobre 2022.

Sortie le 19 août 2022

Coups de cœur : Eleanor, Time

Kevin Dufrêche

Beyoncé – Renaissance Act I

Le 20 juin dernier, cryptiquement comme à l’accoutumée, Beyoncé publie un single et annonce un nouvel album à venir. À des années lumières de ses dernières créations — comme le disque accompagnant la sortie du Roi Lion, ou encore l’acclamé Lemonade (2016) — le morceau Alien Supersta dénote et s’inspire du fameux pilier house Show Me Love de Robin S. Quelques semaines plus tard, Renaissance est enfin à la portée de tous.

Opus 100 % dance, dans la foulée de ceux de Diana Ross et Madonna (présente sur le remix de Break My Soul), aucune seconde n’est laissée au repos (sauf peut-être le magnifique Plastic Off The Sofa). L’américaine puise son inspiration dans la culture ballroom queer, tout en rendant leurs fleurs aux créateur.ices noir.e.s qui en sont à l’origine.

Les pistes s’enchaînent, se fondent et se confondent, mais le rythme ne ralentit pas. Perfectionniste comme on la connaît, l’artiste se métamorphose à nouveau pour offrir une expérience musicale complète de bout en bout, et l’on en redemande.

Sortie le 29 juillet 2022

Coups de cœur : Alien Superstar, PURE/HONEY, Heated, Thique, Cuff It, Virgo’s Groove, America Has A Problem

Robin Schmidt

Steve Lacy – Gemini Rights

C’est en territoire inconnu que l’on retrouve l’artiste prodige sur son nouvel album. Annoncé avec un single teinté de bossa nova (Mercury), puis suivi d’un morceau plus accrocheur — Bad Habit, immanquable sur TikTok — on ne comprenait pas vraiment dans quel direction l’ancien de The Internet nous emmenait. En vérité, il n’y avait rien à comprendre : Gemini Rights est une mosaïque de sons et de morceaux, le journal intime d’un homme aux multiples facettes (un gémeau, forcément).

« Little of heaven, little unpleasant / I don’t know / Little of pleasure, little depression » : l’artiste ne nous cache pas ses contradictions, et s’en sert d’une force pour créer un personnage ambigu sur ces dix nouvelles pistes. Les harmonies et lignes de basse — tout au long du disque — nous éloigneraient presque du propos, tant elles sont belles et harmonieuses. Gemini Rights est un produit brut de décoffrage, et ceux qui cherchent le lisse peuvent passer leur chemin.

Sorti le 15 juillet 2022

Coups de cœur : Mercury, Helmet, Static, Amber

Robin Schmidt

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