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« Les fées scientifiques » – Fées et gestes

Zoé Sauvage © Cambourakis
Zoé Sauvage © Cambourakis

Les Fées scientifiques est la première bande dessinée de Zoé Sauvage. Entre voyage dans le passé et dystopie, l’ouvrage est un manifeste écologique, scientifique et féministe.

2037 : le Covid 19 n’est qu’un lointain souvenir, remplacé par le Covid 37. L’air est irrespirable et les humain·es parqué·es dans des mégavilles. Zoa, étudiante, a de grandes ambitions. Elle veut obtenir un stage chez Ecotopia, l’une des dernières réserves naturelles, ultra protégée et depuis longtemps inaccessible au reste de la population. Car en 2037, hors de cette zone la forêt est seulement accessible en « réalité virtuelle ». Lorsqu’elle sera prise en stage elle changera le monde, elle en est certaine. Mais à Ecotopia aussi la biodiversité meurt à petit feu.

D’abord étudiante en écologie et en éthologie, Zoé Sauvage a ensuite bifurqué pour des études d’arts. Son but : rendre accessible ses connaissances au plus grand nombre. Elle entre alors à l’école CESAN de Paris pour se former à la bande dessinée. Le vivant est donc au cœur de ce premier opus, comme le montre cette variation autour du mot « zoo » qui signifie animal ou vivre : le prénom de son personnage, Zoa, semble en effet découler à la fois du prénom de l’autrice et de ce mot.

Les Fées scientifiques, Zoé Sauvage © Cambourakis

Figures tutélaires

Dans la même veine que Georges et les secrets de l’univers (2007) de Lucy et Stephen Hawking qui souhaitaient rendre accessible aux enfants le domaine de compétence du physicien, la BD Les Fées scientifiques vulgarise quelques points scientifiques. Pour ce faire, l’autrice convoque cinq figures scientifiques majeures de différentes générations. Alors qu’elle vient d’arriver à Ecotopia, Zoa se perd dans le parc (strictement interdit aux humain·es). C’est au cours de ce voyage initiatique que Zoa rencontre les cinq figures tutélaires du parc, les cinq « fées ». Elle entre dans le parc sous la houlette de Jane Goodall (1934-), éthologue et anthropologue. Celle-ci lui explique ses découvertes, notamment le fait que les chimpanzés utilisent des outils eux-aussi. Viennent ensuite Temple Grandin (1947-), une professeure autiste impliquée dans la défense du bien-être animal ; Lynn Margulis (1938-2011) microbiologiste spécialiste des mitochondries, Barbara McClintock (1902-1992), cytogénéticienne et première femme à obtenir le Nobel à titre individuel. Zoa rencontre enfin Monica Gagliano (1976-), professeure d’écologie évolutive qui s’intéresse notamment à la cognition des plantes.

Cette expérience sera pour elle le moyen de mieux comprendre le vivant. Dans le futur imaginé par Zoé Sauvage, les technologies prennent totalement le pas sur les études empiriques. Les scientifiques du parc contrôlent à distance l’écosystème sans essayer de le comprendre. D’autres enjeux contemporains ne sont pas en oubliés, tel que le féminisme, notamment lorsque Zoa se rend compte que la mentalité du « chacun·e pour soi » est nocif. La BD est également étayée par une bibliographie finale qui compte des essais allant de Mona Chollet à Edgar Morin. Les lecteur·ices souhaitant approfondir certains aspects pourront donc suivre ce petit guide.

Servie par un dessin naïf, Les Fées scientifiques est une balade instructive dans l’histoire scientifique. Ce panorama à la fois pédagogique et fictionnel permet de (re)découvrir l’histoire des recherches scientifiques mais aussi l’état de la recherche actuelle. Zoé Sauvage sera à la librairie La Régulière à Paris pour le lancement parisien de son livre en compagnie d’Isabelle Cambourakis.

Les fées scientifiques, par Zoé Sauvage, éditions Cambourakis, 306 p., 26€

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