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(Re)Voir – « Le Roman de Renard » : La Ferme des animaux

Le Roman de Renard (1930) - Ladislals et Irène Starewitch © DR
Le Roman de Renard (1930) - Ladislals et Irène Starewitch © DR

Sorti en 1941, Le Roman de Renard est un bijou d’animation en relief. Réalisé par Ladislas Starevitch et sa fille Irène, le film emprunte à la satire sociale et reste d’actualité. Le Roman de Renard est disponible sur Ciné +.

Quand on pense aux premiers films d’animation, le nom de Walt Disney surgit tout de suite dans les esprits. Pourtant, déjà à cette époque l’animation est synonyme de différentes techniques. Lotte Reiniger est spécialisée dans le film de silhouette dont le très célèbre Les Aventures du prince Ahmed (1926), et Ladislas Starevitch dans l’animation en volume.

Expérimentant depuis plus de vingt ans par des courts-métrages, il finit de tourner Le Roman de Renard en 1929. Peinant à post-produire une bande son, il sort un premier projet sous l’égide du gouvernement Nazi, Reineke Fuchs (1937). La version finale est française et se projette dans les salles pendant l’occupation douze ans après son tournage.

Tel en pleurera qui maintenant en Rit

Du point de vue de l’histoire, les Starewitch reprennent la structure du Roman de Renart : les branches qui chapitrent le livre sont réduites à trois histoires inclues dans une trame principale. Le goupil avec la voix de Claude Dauphin ne peux pas s’empêcher de jouer des tours à ses comparses animaliers. Il abuse Ysengrin le loup dans la retranscription de l’épisode de la pèche aux anguille, moque un lapin bigot, etc. Sir Noble, le lion, ordonne son arrestation.

Alors trois tentatives se succèdent. D’abord le capitaine de la garde, un ours puissant mais pas très finaud. Il se fait facilement avoir par gourmandise en étant attiré par un pot de miel placé au centre d’un piège. Puis le chat, symbole de la vie de cour, mondain et vaniteux. Le renard de Maupertuis le convainc sans mal de se faire enfermer dans une pièce pleine de souris imaginaires. Cette fois, c’est la cupidité qui est mise en défaut.

Enfin, le blaireau représentant de l’impudent auprès du roi se présente au château de son ami. Il parvient à le convaincre de se rendre auprès de son souverain. Mais le renard a plusieurs tours dans son sac. Il réussit à remporter une ordalie perdue d’avance contre son rival de toujours, Ysengrin.

Cil qui tout covoite, tot pert

La qualité de la technique d’animation en marionnette est tout simplement époustouflante. Le stop-motion est un travail de minutie qui plus est sans ordinateur. Si la réalisation, les changements de valeurs de plans ne sont pas très fluides, ces défauts sont rapidement occultés par la précision et le fourmillement du cadre.

Par exemple, toutes les marionnettes sont animées à chaque fois qu’elles respirent. Le souci du détail d’une simple dépression thoracique rythmique force l’admiration. Peu de films en stop-motion s’y sont attachés même récemment.

Le sommet artistique, technique et diégétique reste l’assaut du château du goupil. Mécanisant la défense par une série de leviers activant une trappe, des pics, une poutre, etc. les Starewitch rendent l’assaut ludique. Comme une machine dont on attend l’enrayement.

Ainsi, la répétitivité des actions de leviers pour s’adapter aux coups de boutoir des assaillants permet d’indiquer l’intensité de l’attaque sans montrer de grands plans d’ensemble. Enfin, il existe véritablement un terreau comique par l’aliénation des taches répétitives comme dans Les Temps Modernes (1936) de Chaplin.

Le Roman de Renart n’est pas un film au-delà de tout reproche. En effet, la bande son est un peu datée et les voix sont parfois difficilement compréhensibles. Comme chez Disney, l’adaptation est un peu lisse sur le plan de la satire et occulte grandement la cruauté et la violence du matériel original.

Malgré tout, Le Roman de Renart est important pour sa richesse technique, sa vision clairement en avance sur son temps. Le film a sûrement servi de modèle à Wes Anderson pour réaliser Fantastic Mr. Fox (2009) tant pour le sujet que pour le caractère du renard.

Le Roman de Renard (1941) – Ladislas et Irène Starewitch © DR

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