CINÉMA

« Nope » – C’est un oui !

Nope © 2022 UNIVERSAL STUDIOS. All Rights Reserved
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Pour son troisième long-métrage, Jordan Peele mélange les genres  : western, horreur, SF… preuve que rien ne lui fait peur. Il propose dans le même temps une réflexion sur ce qu’est le cinéma.

La famille Haywood est propriétaire d’un ranch : elle loue les services de ses chevaux pour des films, des publicités ou toute autre activité de ce type. L’affaire est prospère : le père (Keith David) a bâtit un petit empire et le fils (Daniel Kaluuya) l’épaule. Alors quand une pluie de petits objets (des clefs, des pièces de monnaie… etc) s’abat violemment sur la propriété et tue Otis Haywood Senior, tout ralentit.

Le fils, Otis Haywood Junior reprend l’affaire. Il est doué avec les animaux, mais introverti. Sa sœur, Emerald Haywwod (Keke Palmer) est au contraire extravertie, mais elle rêve de quitter le ranch familial. La succession semble donc difficile. Jusqu’au jour où des phénomènes étranges surviennent aux alentours du ranch.

Il y a deux manières de voir Nope : comme un blockbuster de pur divertissement ou comme un film à clé. Jordan Peele a produit un film inclassable, épousant parfaitement le sujet central de son histoire. Son nouveau film est un OFNI (Objet Filmique Non Identifié).

Get out (2017) tirait le portrait du racisme en Amérique tandis que Us (2019) interrogeait notre rapport à la famille et à la perfection, toujours sur le ton de l’horreur. Fort de ses précédents succès, Jordan Peele a eu un beau budget qu’il a su exploiter pour ce nouveau long-métrage en IMAX. Le résultat est visuellement très beau et sert le propos du film qui interroge sur le pouvoir des images.

Le réalisateur s’est amusé à mêler un patchwork de genres que l’on croirait incompatibles à première vue. L’horreur avec le western, la réflexion sur le cinéma avec un film d’OVNI ? Il ne faut pas s’attendre à tout comprendre d’emblée, il faut surtout se laisser porter par le spectacle dans un premier temps. Parce que le film parle de l’industrie du spectacle, il nous en propose lui-même un grandiose et rythmé.

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Haywood Hollywood Horses

Le jeu de mot attire l’œil et l’oreille en donnant un premier indice de mise en abyme. Les Haywood dans leur ranch sont-ils des copies non-conformes du Hollywood sur sa colline ? Le parallèle est constamment mis en avant. Les Haywood ont le cinéma dans le sang, jusque dans leur plus célèbre ancêtre anonyme. « Saviez-vous que le tout premier assemblage de photographies créant un film en mouvement était un clip de deux secondes d’un homme Noir sur un cheval ? », demande Emerald dans son petit discours promotionnel du ranch familial devant le plateau de cinéma dans lequel les Haywood louent un de leurs chevaux.

Et bien cet homme à cheval est dans la fiction l’aïeul des Haywood. Peele se sert d’un véritable document historique pour mettre en lumière la mémoire sélective de la société du spectacle. Si les spécialistes ont retenu le nom de l’inventeur de ce petit film, Eadweard Muybridge, personne n’est aujourd’hui capable de citer le nom du jockey. À partir de cet élément, c’est toute une réflexion sur le cinéma et ses enjeux qui se crée dans la fiction : ce qu’est une image, comment la capturer, son pouvoir de fascination, etc.

Après Get Out et Us, Jordan Peele s’amuse donc une nouvelle fois avec les codes de l’horreur et du fantastique, toujours avec humour. Le flegme de Daniel Kaluuya, qui brillait déjà dans Get Out, apporte une grande dimension à la fois tranquille et comique au film. D’une durée d’un peu plus de deux heures, Nope déconcerte, intrigue et amuse. Du grand spectacle.

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