CINÉMA

LAMA 2022 — « Dalva » : Talons en Champagne

Dalva © Helicotronc
Dalva © Helicotronc

La réalisatrice belge Emmanuelle Nicot, auréolée de nombreuses récompenses après son court-métrage À l’arrachée, propose un premier long-métrage. Présenté le lundi 1er août dernier dans le cadre du Festival du film de Lama, Dalva est un film subtil sur l’emprise d’un père incestueux sur sa fille.

Sous les étoiles de Corse, Alexis Manenti, originaire d’un village environnant et premier rôle masculin du film, a présenté au public ce premier long-métrage. L’acteur, révélation du film Les Misérables de Ladj Ly, a tenu à préciser que le premier rôle était bel et bien celui interprété par Zelda Samson.

Sans expérience au moment du tournage, sinon celle de ses cours de théâtre, la jeune actrice de 12 ans interprète ici une jeune fille du même âge. Dalva s’habille, se maquille et se tient comme on l’attendrait d’une femme qui doit séduire. Une nuit, elle est arrachée au logement paternel et placée dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance dans la région de Reims.

Elle se mure alors dans l’idée selon laquelle les relations que lui impose son père sont normales, seule contre tous. Elle ne veut pas entendre parler de sa mère, qu’elle accuse de l’avoir abandonnée. Son père, placé en détention préventive, est la seule personne digne de confiance. Lui rendre visite au parloir par tous les moyens devient sa quête première.

Elle est méfiante et froide avec les autres jeunes de son âge. Samia, sa camarade de chambre au foyer, est fille de prostituée. Entre elles, la confrontation est rude. Mais la réalisatrice, également autrice du scénario, dessine une relation bien plus complexe entre ces deux enfants. Il en va de même pour les rapports entre Dalva et son éducateur référent, Jayden. Interprété par Alexis Manenti, il forme avec Zelda Samson le véritable duo de ce long-métrage.

Un film d’apprentissage

Alors que la jeune actrice a été repérée lors d’un casting sauvage, spécialité d’Emmanuelle Nicot, l’acteur a lui simplement été recruté sur titre. Là aussi, la réalisatrice évite l’écueil d’un Alexis Manenti identifié comme le flic colosse de la BAC 93 qui se serait mué en éducateur spécialisé de la même trempe. Dès ses premiers mots, dès sa première rencontre avec Dalva, c’est un homme perdu, désemparé, peu confiant qui nous apparaît. D’autant que Dalva, catégorique quant à son sort, et tout logiquement, le défie, notamment lors de ses fugues.

Au fil du temps, le déni de Dalva se fissure et cède peu à peu face aux gens qui l’entourent. Emmanuelle Nicot parvient à proposer, malgré l’extrême dureté de la situation vécue, un film d’apprentissage lumineux, ou l’évolution du personnage apparait de manière suggérée. La mise en scène, subtile, est parfois modelée de silences, d’espaces vides, loin des rythmes musclés des œuvres traitant des problématiques similaires, tels Polisse ou La Tête haute. Pour son premier film, Emmanuelle Nicot révèle Zelda Samson, dont le thème interprété, mais surtout le jeu, font écho à son aîné Céleste Brunnquell. Surtout, elle offre une variation sensible autour d’un thème sociétal encore brûlant.

Dalva d’Emmanuelle Nicot, en salle le 22 mars 2023.

Auteur·rice

RENNES-SUD

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