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Rencontre avec Mr GISCARD – « Je chante des trucs de fragiles »

Mr Giscard
Crédits Thomas Soulet

Mr GISCARD nous présente son premier album dansant et enivrant  :) :, ode à l’ennui des générations jeunes. Cet opus, encré dans l’air du temps par le flow nonchalant de Valery et ses paroles de coeur brisé et briseur de coeur, bouleverse autant qu’il nous transcende.

Mr GISCARD, de son vrai prénom Valery, nous présente son premier album de 14 titres  :) :. Après la sortie de son Ep Sensibilité en 2021, le chanteur intrigue et parle à cette jeunesse désabusée et ennuyée. Les relations contemporaines en prennent un coup entre la peur de l’engagement et les paradis artificiels, et c’est au bord de l’overdose d’amour et de lendemain de cuite que Mr GISCARD trouve l’inspiration.

Il murmure, articule peu, nous donnant l’impression de ne pas vouloir être entendu. Comme si il jouait pour lui dans sa chambre sans but particulier. Une façon pour lui de refermer ses blessures amoureuses.

Mais ces murmures excitent la curiosité et nous parlent, et c’est de là que cette musique de chambre, mélangeant rythme électronique dansants et suite d’accords de guitares latines, traversera les murs pour arriver dans nos oreilles. Repéré d’abord par Radio Nova avec son premier single Pho, aux paroles parfois crues mais franches, Valery se retrouve propulsé dans la sphère de l’industrie musicale.

Détestant les deadlines, on lui demande un Ep puis un album. Chose qu’il fera à reculons mais pour le bonheur de ses auditeurs tout ce goupille à merveille. Après avoir rempli la Bellevilloise en avril, il s’attaque à bien plus gros avec la mythique salle de la Cigale et sort enfin son premier album en juin dernier.

C’est donc dans un bar parisien du 10ème arrondissement en face du canal St Martin que nous avons rendez vous avec le musicien. Nous échangerons sur sa vie d’avant, ses influences dans la musique électroniques époque Social Club, ainsi que sa perception de ce début de carrière qui on l’espère ne fait que commencer.

Qu’est ce qui t’a poussé à faire de la musique ?

Depuis que je suis tout petit j’avais envie de créer des trucs. J’ai toujours été sensible à ça. Au lieu de demander d’aller faire du sport, j’ai préféré aller dans une école de musique. J’avais vu un «  kids  » jouer de la trompette. Il jouait aussi de l’accordéon. Et j’avais vraiment trouvé ça lourd de ouf ce qui m’a amené à demander à ma mère pour l’école de musique.

T’avais quelle âge ?

J’étais super jeune car je me rappelle je pouvais pas faire de trompette car j’avais pas de dents. Du coup en attendant j’avais fait de l’accordéon. Bon après je suis très nul. À la trompette je dois faire genre J’ai du bon tabac mais pendant cette période je suis retourné en Guyane et du coup il y a eu un lapse de temps où j’ai plus fait de musique.

Et du coup maintenant c’est la guitare ton instrument ?

Dans mon retour de Guyane, j’avais récupérer la guitare de mon père. C’était l’ennui total car j’avais pas de potes et tout. J’avais juste un ordi et une guitare puis j’ai commencé à bidouiller des trucs.

Tu parles de la Guyane. Qu’est ce qui t’a fait revenir en France ? Est -ce que La Guyane ça te manque ?

C’est le job de mes parents. On s’est installé dans le 95 et la Guyane maintenant c’est lointain car ça doit faire genre 15 ans que j’habite plus là-bas.

Tu préfères ta vie ici aujourd’hui où ta vie là-bas d’avant ?

Tu sais aujourd’hui j’ai 30 ans, j’avais 15 ans en Guyane. Ça se trouve j’aurais kiffé ma vie à 15 ans ici. C’est ta bande de potes qui fait l’endroit et non l’inverse. Après quand tu es encore dans l’innocence c’est encore mieux. Ensuite, on grandi et on se retrouve face à tous les problèmes sociaux, il y a pas de boulots, pas de facs. Il doit y avoir une fac en Guyane. Il y a pas vraiment de choix, si tu veux évoluer professionnellement faut rentrer en France. Et c’est pas allé en s’améliorant avec l’augmentation de la violence là-bas.

Et du coup en revenant en France tu a créé Mr Giscard. Mais du coup c’est qui Mr Giscard ? Il représente quoi ?

C’est mon nom Soundcloud. À la base c’était ça. Mettre ses sons sur Soundcloud c’était une fin en soit, c’était déjà incroyable. Taper milles vues t’avais percé dans ta tête, c’était ouf. Alors que c’est pas grand-chose en vrai.

T’as quand même rempli la Bellevilloise et tu vas jouer à la Cigale en novembre. Tu t’attendais à un tel succès ?

Non pas vraiment. J’en ai pas vraiment conscience que c’est un succès mais j’ai pas l’impression que c’est énorme non plus. Faut calmer un peu les choses quand même mais je prends les trucs. La Bellevilloise ça m’a mis une grosse tarte. C’était mon premier concert à mon nom car avant c’était des petits trucs. C’est la première fois que j’ai pris du plaisir à être sur scène.

On va parler quand même de ton album. Tu te sens comment par rapport à cette sortie ?

Plutôt serein (rires). C’était plutôt terminer l’album qui était un enfer parce que les deadlines c’est un peu stressant et j’aime pas ce format. Je voulais pas faire d’album à la base et il y a eu des malentendus. Au final, je l’ai fait parce que pas le choix, tu vois. Sur les 14 nouveaux morceaux il y a les 5 de l’Ep donc je sais pas si ça fait beaucoup de nouveaux titres. Mais ce que je voulais surtout c’était quitte à avoir une version physique autant mettre ces morceaux là, que j’aime beaucoup, et aussi pour les gens qui les ont kiffé. Mais sinon je me sens un peu débarrassé. Et pour la suite je ne travaillerais plus avec des deadlines. Je ferais mes trucs et une fois que c’est prêt je dirais «  bon bah j’ai ça  » et voilà.

T’aime prendre ton temps en général ?

J’aime avoir du recul. Les mecs qui font des sons en un soir, moi je suis incapable de faire ça. Ça me ferme des portes en plus mais j’en suis incapable.

Est-ce que tu peux nous parler de tes influences ? Car on entend pas mal de musiques latines dans ton jeu de guitare par exemple ou encore dans certains rythmes. Est-ce que ça fait partie de ton empreinte ?

Tu sais, moi j’ai surtout été un kids du Social Club. J’ai fait les soirées dubstep, soulwax, et j’allais à l’Élysée Montmartre avant que ça brûle. Je me rappelle de I Am Un Chien, Ed Banger, puis ça a évolué avec la dubstep qui est passé par là. Ensuite t’a eu la future bass avec le label Pelican Fly avec Cashmere Cat, Lido, Canblaster et tout ce truc aussi un peu Club Cheval comme Teki Latex. Dans le future bass t’avait les accords du Rn’B avec la violence de la dubstep. Puis les voix du Rn’b ont commencé à arriver dans ces années, des voix de bons gouts car avant c’était genre M Pokora. Teki Latex, que je considère comme un garant du bon goût, a commencé à dire que le rn’b ça tue. Aujourd’hui par exemple Justin Bieber il fait des trucs stylés, genre il a fait des sons avec Diplo et Skrillex.

Je me perds un peu dans la question mais la trap a commencé à arriver où je me rappelle de Dj Shadow qui mixait ça au Social alors que c’était pas connu. C’était ouf car t’avais un peu ce truc de tu étais à panam et tu sentais que tu étais là vraiment avant les autres. Cette sensation je l’ai eu pas mal de fois.

Tu parles de l’évolution des influences de la musique électronique sur Paris, mais dans tes paroles tu parles aussi de relations contemporaines pas très joyeuses, on ne va pas se mentir. Est-ce que t’aimerais que ces relations soient différentes ?

Moi j’aimerais bien avoir ma copine, être serein (rires). Quand tu vois tes potes casés et qu’ils sont bien. J’ai ce truc où je ne sais pas faire de choix. J’ai peur de me tromper et du coup t’avance pas. Mais c’est un problème que j’ai sur tout. Regarde, la musique si ça met autant de temps c’est la peur de passer à côté d’un truc, est-ce que c’est la bonne mélodie, etc… Maintenant que je sais que ça va être écouter c’est encore pire.

T’as peur des critiques ?

Non, j’ai peur de pas être au niveau ou de faire moins bien. Mais c’est un truc personnel.

Ça me fait penser à ton titre H&M qui a pas mal été diffusé. On perçoit presque une critique des espaces entre les catégories sociales. Est-ce que c’était quelque chose de voulu ?

En vrai, je parles d’une ex. (rires) Mais c’est marrant ce recul sur mes chansons que moi je n’ai pas. Un peu comme l’Europe avait un recul sur le pop art. Andy Warhol, il avait peint une boite de conserve parce qu’aux États-Unis c’était une représentation de leur culture et l’Europe y voyait une dénonciation de la société de consommation. Je fais mon truc, peut-être qu’il y a des messages mais ce n’est pas le but. Je suis pas là pour éduquer les gens surtout quand on fait de la musique. Lisez des livres ! Mais je ne suis pas étonné qu’on me dise ça.

Tu me parles de pop art, est-ce qu’on peut parler de ton logo qui est un cœur à l’envers mais qui peut faire aussi une paires de fesses ?

Ah oui, ça aussi on me l’a dit. La nana qui m’a fait ça, j’étais tombé amoureux d’elle. Je tombais pas beaucoup amoureux à l’époque et j’étais trop à fond donc ça la saoulait et pour finir elle m’a stoppé. On est resté en bon termes. Mais du coup, elle est graphiste et je lui avait demandé un logo et à même plusieurs filles dont j’étais amoureux dans le passé qui faisaient du dessin. Au final, c’est elle qui m’a sorti le meilleur logo en me disant que c’était une paires de couilles. Mais moi à la base je voulais juste un cœur à l’envers et du coup ça rend la chose bien marrante. Par contre, je sais pas pourquoi mais il y a ce truc que Mr Giscard est vulgaire. Du coup, forcément on voit ce genre de chose alors qu’enfaite à part dans Pho je parle jamais de cul.

Même dans Oyapok ?

Je parle pas vraiment de cul, je dis «  il y a qu’ma bite qui va de l’avant  » qui peut faire rigoler mais si tu regardes bien c’est assez triste. Car à la base je voulais dire «  il y a qu’mon bide qui va de l’avant  » et «  bite  » ça sonnait mieux.

Mais pour revenir sur le logo, c’était vraiment un cœur que je voulais faire mais avec cette image qu’on me donne forcément on voit un cul. À la base je voulais faire un truc mignon avec ce cœur retourné. Il y avait une symbolique.

Crédits RCA

Mais du coup t’es un grand sensible ? Est-ce que c’est pour ça que t’as appelé ton Ep Sensibilité  ?

Je sais que je suis sensible. Après pour l’Ep c’est parce que je chante des trucs de fragiles. En vrai, c’était la honte de faire ça. C’était même jamais censé sortir. Maintenant que ça plait c’est facile à assumer. Mais au début c’était compliqué. Quand tu fais écouter ta musique à tes potes, on est tous de banlieue, on se rejoint sur paname en voiture avec LE pote qui avait le permis. On tizait dans la caisse avant de sortir, donc pas un truc provincial. J’essayais de caler mes sons vu que j’étais un peu bourré, et il y avait des longs moments de silence. C’était pas validé du tout le truc. J’ai pas commencé en confiance (rires).

Mais du coup ça te fais plaisir de voir que pas mal de médias te soutiennent comme Radio Nova ou FIP par exemple ?

Ça c’est incroyable. Nova à balle. FIP aussi mais c’est un peu le Nova trentenaire.

Je voulais parler aussi de tes clips et ta relation avec Thibault Dumoulin qui a réalisé pas mal de tes clips. Est-ce que tu peux nous en dire plus de votre rencontre ?

On a couché ensemble.

C’est vrai ?

Non (rires). À la base c’était très pro. J’avais adoré ce qu’il faisait. On savait pas si il était américain ou si le mec faisait plus que de la pub. Une nana de Sony m’avait montré un de ces vieux clips et j’avais trouvé ça complètement dingue. Du coup, on l’a contacté. Il avait qu’entendu Pho qu’il a grave kiffé et qu’il écoutait avec sa meuf. L’histoire est un peu longue mais en gros il devait se faire signer par une boite de prod car il voulait s’occuper de ce projet en particulier. Pour le draguer, ils ont dit oui. Ils ont investi plus que nous au final pour le clip et sans demander de co-prod donc ils nous ont donné énormément d’argent. C’était donc mon premier clip avec un gars trop stylé. On a beaucoup de tendresse l’un pour l’autre et d’admiration. Mais il a réalisé seulement mon premier clip et un qui a disparu. Après c’était un pote à moi qui était à la prod avec beaucoup moins d’argent sur H&M mais très premier degré. Il y a toujours Rod et Jade mais parce que ce sont devenu des potes entre temps. Et je me suis mis à la réal sur le deuxième parce qu’on avait pas de sous.

Le cinéma c’est quelque chose qui t’intéresserait du coup ?

Je pense. La réalisation m’a plu mais je me demande si acteur ça pourrait pas me faire kiffer plus.

Dernière question forcément en lien avec ton nom d’artiste. Si tu pouvais inventé une loi ça serait laquelle ?

Je ferais une taxe sur le vide. Tout ce qui est envoyé, la majorité c’est du vide. Je crois qu’il y a genre 60 % de vide par exemple dans les conteneurs et autres types de paquets comme Amazon où tu vas demander un Dvd et tu reçois un gros cartons ou encore avec les paquets de chips.

Crédits Thomas Soulet

Mr GISCARD sera en concert à la cigale le 23 novembre 2022. Les billets sont juste ici.

Ainsi qu’a Rock En Seine le samedi 27 août 2022.

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