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FESTIVAL D’AVIGNON – « One Song », Miet Warlop met le théâtre en boîte

One Song
One Song, Histoire(s) du théâtre IV © Miet Warlop

Invitée à proposer un spectacle autour de sa vision du théâtre, l’artiste belge Miet Warlop continue, avec One Song, à explorer les liens entre performance sportive et musicale dans un rituel rythmé et entêtant.

Il doit bien faire 36 degrés à l’ombre, dans la grande cour du lycée Saint-Joseph, en plein coeur d’Avignon, et les vêtements amples ne suffisent pas à endiguer l’infernale sensation de chaleur. Alors que le public n’a pas fini de prendre place dans cette salle de spectacle à ciel ouvert, les performeurs, dans leurs vêtements de sport gris chinés, s’échauffent dans un coin du plateau. Ils entament de petites foulées de part et d’autre de la scène, aménagée de plusieurs équipements de sports : une barre de gymnastique, un tapis de course à pied, etc.

L’échauffement terminé, l’équipe de sportifs, soutenus par de bruyants supporters installés dans de petits gradins face au public, se met en place. Une violoniste monte sur la barre et dégaine son archer, un bassiste s’installe en position pour faire des abdos, le chanteur grimpe sur son tapis roulant pour courir en chantant. Durant une heure, performeurs et faux spectateurs se livrent à l’élaboration d’une musique puissante, intense, où sport et performance musicale se combinent et s’entremêlent, jusqu’à l’épuisement le plus total.

Musique extrême

La performance de One Song, qui s’inscrit dans un cycle de spectacles retraçant « Histoire(s) du théâtre », entend représenter ici les aléas de la mise en scène. Les supporters en gradins applaudissent, puis huent, puis applaudissent les performeurs. Une commentatrice sportive analyse la scène, impose ses jugements aux musiciens transpirants. Les cycles s’enchaînent, s’interrompent parfois, reprennent, les réactions positives se changent en jugement négatifs. C’est cette mélodie cyclique que l’artiste va rechercher : le théâtre, ici, est un éternel va et viens fait d’adieux et de recommencements.

Si le thème du spectacle est imposé, Miet Warlop parvient toutefois à laisser sa trace et à imposer ses obsessions. La fratrie de musiciens Tanghe, qui performe dans One Song et dans ses anciens spectacles, ne manque pas à l’appel et entonne les airs rock caractéristique de son écriture.

L’artiste poursuit également sa quête obstinée de sensations sportives et musicales. Lors de sa performance du Passage Transfestival, à Metz, Miet Warlop et les frères Tanghe réalisaient un concert entier en tournant sur eux-mêmes à un rythme soutenu durant toute la performance. Jusqu’à risquer l’évanouissement. Les artistes, aux visages rougis par le sang qui remontaient jusqu’à la boîte crânienne, avaient salué tout étourdis. Le même processus est à l’oeuvre dans One Song, on crée de la musique dans l’épuisement et c’est de l’extrême performance que naît un moment de grâce. De ce travail épuisant naît une musique puissante, envoûtante et accueillie en triomphe par le public.

One Song de Miet Warlop, Cour du lycée Saint-Joseph, Festival d’Avignon, 30 euros. En tournée les 20 et 21 septembre 2022 au Festival actoral de Marseille, les 28 et 29 sept. 2022 au Tandem Douai-Arras puis en Belgique, aux Pays-Bas, en France et en Espagne.

Auteur·rice

Journaliste

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