ARTThéâtre

FESTIVAL D’AVIGNON – L’irrésistible « Portrait de Raoul »

Portrait de Raoul
© Jean-Louis Fernandez

Dans un seul en scène qui alterne récit et chansons, le très attachant Raoul raconte son itinéraire du Salvador à la France, où il a réalisé son rêve de devenir couturière, puis actrice.

Au Salvador, les parents de Raoul n’ont pas eu de chance. Ils ont eu deux premiers garçons. Les deux garçons sont morts. Alors, le troisième enfant devait être une fille, pour conjurer le mauvais sort. C’est Raoul qui est né. Tant pis, ce sera une fille quand même. Et il se tient devant nous, Raoul, dans une grande pièce sombre tapissée de tissus aux motifs colorés et extravagants.

Lui-même a une certain sens du chic, vêtu d’un tee-shit sur lequel sont cousues des lèvres en strass, un sarouel à paillettes, avec des sandales, à paillettes elles aussi. Il se trimballe de grands sacs, faits des mêmes tissus colorés et bariolés que ceux du sol. On devine que ces grands sacs, c’est tout l’existence, riche et aventureuse, que Raoul s’apprête à nous raconter.

La bonne étoile

L’homme, face à son public, raconte l’itinéraire fou d’une enfance passée au Salvador, aux côtés d’une mère couturière qui l’a formé au raffinement des tissus et lui a donné sa passion de la création. Dès qu’il en a l’occasion, Raoul s’évade à Paris pour devenir « couturière », comme sa mère. Il rêve d’être « une petite madame », alors il prend des hormones et « se fait pousser des nichons ». Sur scène, Raoul raconte, alterne blagues et récits plein d’émotion, évacue les mauvaises tristesses et apparaît tel qu’iel est, attachant, bienveillant, plein d’une gratitude contagieuse.

Cette bonne étoile qui pousse le public à l’adopter instantanément l’a suivi tout au long de sa vie. Raoul a travaillé en tant que couturière pour Christian Dior, pour la Comédie-Française (il était si ému qu’il pleurait de joie en cousant), avant qu’on ne lui propose de monter sur scène et d’être actrice. Ça tombe bien, Raoul connaît tout Molière par coeur. C’est grâce à Molière qu’il a appris le français. Et tant pis si tous les Français se foutent de sa gueule parce qu’il parle la langue comme Molière.

Le texte, écrit par Philippe Minyana à partir de l’histoire de Raoul Fernandez, pour Raoul Fernandez, alterne entre récit et interludes musicales. Sur scène, Raoul parvient à raconter son histoire, à parler des joies et des peines sans jamais les surjouer, sans jamais les éviter. Le comédien, virtuose, suscite la même bienveillance que celle qu’il dégage. On sort de là un peu bouleversé, un peu heureux, un peu ravi d’avoir croisé la route d’un être si touchant.

Portrait de Raoul, par Philippe Minyana, le 11, 20 euros.

Auteur·rice

Journaliste

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