ART

FESTIVAL D’AVIGNON – « Dividus », l’insoutenable puissance du hip-hop

Dividus
© Baptiste Alexandrowicz

Avec Dividus, Nacim Battou livre une interprétation des différentes formes que peuvent prendre le hip-hop et entend interroger « la vie normale ». La Compagnie Ayaghma est impressionnante de technicité.

Si la danse contemporaine a une fâcheuse tendance à exagérer ses concepts pour donner du sens aux chorégraphies qu’elle crée, c’est l’inverse qui se produit avec Dividus. « Cette aventure est née d’un jaillissement », avertit Nacim Battou dans sa note d’intention. Le spectacle est né d’une longue période de création, introspection de trois mois, durant lesquelles le chorégraphe s’est demandé ce que signifiait la vie normale. Et puis c’est tout.

Les lumières s’allument dans la salle, la scène est couverte d’un léger voile noir à travers lequel on distingue les sept danseurs de la Compagnie Ayaghma. Un court film composé de fragments d’images est projeté, s’arrête, et les membres de la troupe tordent leurs corps pour interpréter une chorégraphie de hip-hop assez classique et bien orchestrée. Dans la salle, les spectateur s’imaginent que ce sera tout. Que Dividus se résumera à ce spectacle poli, policé et technique auquel on assiste. Ils sont loin du compte.

« Quelle société laisserons-nous ? »

Sur scène, les danseurs, femmes et hommes, semblent se battre dans des chorégraphies qui allient une forme de violence et une grâce indéniables. Leur corps tombent lourdement au sol. Des duos se créent, s’attaquent. Les mouvements de groupe laissent la place à des duos, voir à un seul comédien, qui interprète sa partition et peut dévoiler l’étendue de sa technique. Une prouesse impressionnante, classique et maîtrisée. Ils tombent au sol, respirent bruyamment, les lumières faiblissent. Les danseurs s’avancent comme pour saluer, il est trop tôt pour que la performance se finissent mais on a l’impression d’en avoir déjà vu beaucoup, et leurs corps sur scène semblent épuisés par l’effort.

Une des danseuses entame, doucement et douloureusement, l’air d’Histoire d’un amour, de Dalida. Derrière elle, un des danseurs lui touche les cheveux, puis le corps, avec une insistance qui dérange. Durant un court instant, on ne sait plus si le spectacle continue. Elle se dégage, essaie du moins. Il insiste. Une nouvelle chorégraphie est relancée. Les scènes de guerres femmes-hommes se poursuivent. « Quelle société laisserons-nous ? », interroge le chorégraphe.

Le spectacle se réinvente au beau milieu de sa prestation et tient son spectateur en haleine à chaque minute. La sobriété laisse la place à une partition totalement différente, plus clinquante, plus proche des stéréotypes que l’on plaque sur le hip-hop. Les danseurs, drôles et grandioses, prennent la parole avec ironie, avant de reprendre une partition qui dégage une puissance presque effrayante.

Dividus de Nacim Battou, avec la Compagnie Ayaghma, aux Hivernales, Festival d’Avignon, 19 euros.

Auteur·rice

Journaliste

You may also like

More in ART