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FESTIVAL D’AVIGNON – « Baran, une maison de famille », l’amour vache jusqu’à l’absurde

Baran, une maison de famille
© Acmé Production

Baran, une maison de famille, du nom de ce village de Dordogne où la metteuse en scène se rendait pour les vacances, raconte trois retrouvailles d’une fratrie. L’humour vache, qui doit faire le sel de la pièce, fonctionne parfois, tombe à plat souvent.

Dans le bus du retour, qui s’éloigne du château avignonnais où s’est joué Baran, une maison de famille, une spectatrice fait part de son étonnement : « C’est assez impressionnant, ça ne se passe pas du tout comme ça dans ma famille.  » On tient peut-être là l’essence de la pièce.

Le décor nous plante à l’intérieur d’une maison de Baran, en Dordogne, où une fratrie se réunit chaque année à l’occasion de l’anniversaire de leur mère. Romain apparaît dans le grand salon en premier, et raconte avec sarcasme l’enfer que fut une enfance entourée de deux soeurs et une mère. «  Elles me forçaient à chanter dans la voiture ! », rembobine le jeune homme, faussement maltraité. Rires dans la salle.

Quelques minutes plus tard, ce sont Céline (l’humoriste Laura Domenge) et Lucie (la comédienne Judith Zins) qui débarquent dans la pièce. Les deux soeurs tentent d’organiser une surprise pour l’anniversaire qu’elles sont venues célébrer. Lucie a prévu quelque chose, Céline tente de tout commander. Le désaccord vire à la passe d’arme, Romain tente d’arbitrer. Les répliques fusent, et les réparties s’enchaînent, acerbes et piquantes (« Tu es une grosse conne ! – D’abord, je suis pas grosse. Enfin, pas trop. »)

Vacheries en famille

Le deuxième tableau raconte le même épisode, quelques années plus tard. Pour se renouveler, l’intrigue intègre de nouveaux personnages (le fils du compagnon de la mère et la belle-famille). L’ambiance sitcom, agréable au début, tend à se dissoudre dans les personnages, qui perdent en nuance pour pouvoir faire rire.

La pièce s’embarrasse d’un personnage au physique de beau gosse totalement stupide, qui forme avec Lucie un couple à la Ken et Barbie. La compagne de Romain, s’agace devant chaque passe d’arme de la famille et peine à trouver sa place. Et en oublie de devenir attachante. D’amusants, les personnages deviennent soit exagérés, soit carrément agaçants.

La troisième partie achève le spectacle, dans une répétition qui n’apporte plus rien à l’intrigue mais ennuie. Chacun est dans son rôle et à force de les voir jouées, certaines blagues et piques lancées entre les personnages tombent à plat.

Les interprètes, très inégaux dans leurs performances, parviennent plus ou moins à sauver un texte qui tourne en rond. C’est notamment le cas de Judith Zins, excellente, qui parvient à ne jamais sonner faux malgré les faiblesses d’écriture de son personnage. En fin de compte, malgré de francs rires (surtout durant le premier tableau), Baran, une maison de famille aurait gagné à durer moins et à s’affiner davantage dans l’écriture, pour tomber moins facilement dans les travers de mauvaises comédies familiales.

Baran, Une maison de famille, d’Alice Safarti, à la Manufacture, 20,50 euros.

Auteur·rice

Journaliste

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