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PASSAGES TRANSFESTIVAL – « Eastern loves » : de l’autre côté du rideau de fer

Eastern loves
Eastern loves, Compagnie Hotel Europa © Tom Dachs

Dans une composition de plusieurs récits sur l’amour au temps de la guerre froide, les auteurs de la Compagnie Hotel Europa signent une pièce politiquement réjouissante, mais à la forme inaboutie.

On croirait à un grand melting pot sur les vertus du dispositif Erasmus. Sur scène, six personnages s’avancent à tour de rôle, incarnés par des acteurs portugais qui, pour les besoins des spectateurs présents ce jour, ont appris leur texte en français.

Devant un mur de télévision qui diffusent des moments d’archives et des témoignages qui ont marqué l’histoire de l’Europe de l’Est et sa séparation historique avec l’Ouest, les personnages racontent à tour de rôle leurs voyages à travers le vieux continent, les rencontres, les amours, les apprentissages, la découverte de l’antifascisme et le rapport ambivalent au communisme selon l’endroit d’où l’on vient.

L’esprit européen

Ainsi, un premier personnage raconte être tombé follement amoureux d’une Tchèque, qui a d’abord été effrayée par ses convictions communistes. Comment son amour peut-il adhérer à un régime qui a semé la peur et la violence en son pays  ? Les récits, entrecoupés de quelques blagues et d’interludes musicales et dansées parfois hasardeuses, se succèdent pendant toute la durée de la représentation. Si le propos politique de la pièce – traverser les frontières, dans le cadre du Passages Transfestival, cela fait sens – est intéressant est réjouissant, la mise en scène, trop lacunaire, lasse.

Si l’on se passionne pour le témoignage de cet étudiant originaire d’Afrique qui évoque, non sans humour, les problématiques liées à la mémoire coloniales, on se désole que la forme de la pièce ne dépasse jamais une succession de seuls en scène. Les comédiens dialoguent peu et trop mal – l’idée de quitter leur langue maternelle pour incarner l’idée d’Europe est bonne, mais se fait au détriment du texte lui-même, mal compris et mal répété par les acteurs qui ne maîtrisent pas suffisamment le français.

La compagnie Hotel Europa poursuit sa tournée au Théâtre de la Ville, qui a fait des productions internationales son fer de lance. Espérons simplement que le temps passé en tournée permette à la mise en scène de se perfectionner, pour être à la hauteur du discours politique ambitieux qu’elle porte.

Eastern loves d’André Amálio et Tereza Havlícková, Théâtre de la Ville, Les Abesses, du 16 au 18 mai 2022.

Auteur·rice

Journaliste

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