CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2022 – « Rodéo » : Macadam cow-girl

Rodéo © Films du Losange
Rodéo © Films du Losange

SÉLECTION OFFICIELLE – UN CERTAIN REGARD – Furieux, vibrant, vrombissant, Rodéo, le premier long- métrage de la réalisatrice Lola Quivoron était présenté en compétition Un Certain Regard. Une immersion féministe puissante dans l’univers du cross-bitume.

Dès l’ouverture, Julia (impressionnante Julie Ledru) fracasse le cadre avec une violence et une énergie unique déconcertante. Le regard brûlant, les cheveux sauvages, la jeune femme vit pour la moto. En marge de son quartier de la région bordelaise et de sa famille, elle vole des motos à des particuliers sur Le Bon Coin. « Née avec une moto entre les jambes », Julia va tenter d’intégrer une bande de jeunes motards. Ces garçons, les B-More, pratiquent clandestinement le cross-bitume sur des routes en travaux. Un drame survenu en sa présence, va lui permettre de les rejoindre sur l’asphalte et dans leurs combines sous le pseudo : L’ Inconnue.

Le premier long-métrage de Lola Quivoron surprend par l’écriture de ce personnage si singulier. La bikeuse est sans cesse ramenée à son genre : une jeune femme dans un univers urbain masculin viriliste, que ce soit par l’agressivité pour lui rappeler qu’elle n’est pas à sa place ou avec gentillesse. Là où elle se voit comme une incarnation de la liberté, hors de tout carcans, tant qu’elle peut rouler et sentir l’odeur de l’essence autour d’elle.

Un prisme qui n’est pas sans rappeler ce dialogue de La Fureur de vivre entre James Dean et Corey Allen au bord de la falaise : «   Pourquoi faire ça, alors ?  Pour faire voir qu’on est un homme, tiens ! C’est tout l’truc. » Une séquence, pourtant, nous éloigne du patriarcat, Domino, qui contrôle les trafics de la bande depuis la prison. Julia va emmener femme et enfant dans une échappée interdite vers la lumière, vers la possibilité d’un ailleurs. Il apparait comme un mirage avant que la réalité ne les ramène sur la route. 

Rodéo se calque sur son héroïne. Il émane du film la même exaltation, la même rage, la même envie d’aller jusqu’au bout. La pellicule utilisée par Lola Quivoron s’infiltre sur les corps et le bitume, agitant tous les sens. Sa caméra vrombit au rythme donné par Julie Ledru, furieuse amazone contemporaine. Comme le personnage de Julia, le film ne se genre pas vraiment. Sous son apparence de film social, il prend ponctuellement des virages oniriques- voire de cauchemars car la mort rôde non loin du danger et son odeur émane tout autour. La stylisation brute de la mise en scène hypnotise et donne l’envie de suivre de très près les prochaines réalisations de Lola Quivoron.

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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