CINÉMA

« Miss Marx » – La Femme de l’ombre

Miss Marx ©Vivo Film Tarantula
Miss Marx ©Vivo Film Tarantula

Après le biopic sur la chanteuse Nico (Nico, 1988), la réalisatrice italienne Susanna Nicchiarelli s’intéresse à une autre femme d’exception : Eleanor Marx, la fille cadette du célèbre penseur. Un film punk et romantique qui échappe à tout classicisme.

«  Tout le monde connaît Karl Marx. Connaissez-vous Eleanor  ?  ». Tel est le slogan qui s’affiche en lettres capitales sur l’affiche de Miss Marx, le nouveau film de la cinéaste italienne Susanna Nicchiarelli (Cosmonauta). Car effectivement si l’illustre théoricien et son Capital sont bien connus des livres d’Histoire, force est de reconnaître que sa fille Eleanor n’a pas eu le même destin. Cette écrivaine et militante socialiste a pourtant fait office de pionnière grâce à son féminisme chevillé au corps et ses engagements, notamment en faveur de la lutte contre le travail des enfants. Écorchée vive, Eleanor Marx eut en revanche une vie sentimentale nettement plus chaotique et finira même par se suicider en 1898, à seulement 43 ans.

 © Vivo Film Tarantula

Entre Marie-Antoinette et Adèle H.

Un vrai destin de cinéma qui méritait donc d’être raconté. Le long métrage commence en 1883 à l’enterrement de Karl Marx. Le film n’a pas encore commencé que le spectateur comprend d’emblée que l’héroïne qui est sur l’écran n’a rien à voir avec les demoiselles de son époque. Pour justifier l’avant-gardisme d’Eleanor Marx, Susanna Nicchiarelli a eu la bonne idée de rythmer son prologue d’une musique punk (les Dowtown Boys), volontairement anachronique. Un procédé qui n’est pas sans rappeler celui utilisé par Sofia Coppola dans son portrait pop et contemporain de Marie-Antoinette (2006). Comme la reine de France en son temps, Eleanor Marx a connu une destinée tragique, en raison notamment de sa relation houleuse avec le politicien Edward Aveling, qu’elle rencontre en 1883. Avec lui, elle vivra une passion folle qui la consumera véritablement.

Pour construire le personnage d’Eleanor Marx, grande amoureuse ayant vécu dans l’ombre d’un père ayant marqué l’Histoire, Susanna Nicchiarelli s’est inspirée d’Adèle Hugo. Fille de Victor Hugo, les dernières années de sa vie se sont bornées aux murs d’un hôpital psychiatrique. Un destin tragique que François Truffaut avait raconté dans son chef-d’œuvre L’Histoire d’Adèle H. avec Isabelle Adjani. Dans le rôle d’Eleanor Marx, l’Anglaise Romola Garai a de faux airs de l’actrice française. Même regard bleu profond, même fébrilité, même intensité… Sur tous les plans, la jeune comédienne a déjà un CV bien garni. Elle a tourné pour Kenneth Branagh (Comme il vous plaira), François Ozon (Angel), ou encore Woody Allen (Scoop). L’actrice donne une belle épaisseur à ce personnage de passionaria qui fera tout pour décorseter la société de son temps. Une grande héroïne de cinéma.

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