LITTÉRATURE

« La vie secrète des bigotes » – Portraits de femmes

Lara James, Amen, 2010 © Editions Philippe Rey
Lara James, Amen, 2010 © Editions Philippe Rey

La vie secrète des bigotes est le premier recueil de nouvelles écrit par l’autrice américaine Deesha Philyaw. Elle y mêle avec une grande délicatesse de nombreux thèmes rarement abordés du point de vue des croyantes afro-américaines et de leur entourage, tels que la sexualité ou les questions de genre.

En lisant les nouvelles de Deesha Philyaw, on pense à Toni Morrison et Alice Munro. Le ton est doux, un brin ironique comme dans celles de Zadie Smith, et surtout très tendre. L’autrice réussit à pointer les contradictions et les malaises d’une communauté dont elle a fait partie. Elle parvient également à ne jamais juger ses personnages, grâce à l’humour. Depuis quelques années, Deesha Philyaw publie régulièrement ses nouvelles dans le New York Times, l’Oxford American ou le Washinghton Post. Elle a reçu le Pen/Faulkner Award entre autres distinctions pour ce premier recueil prometteur.

Avant même qu’il commence à venir le lundi, je soupçonnais le pasteur Neely de l’église baptiste Hope in Christ d’être Dieu. Il était gros, noir et puissant, comme j’imaginais Dieu.

«  Tourte aux pêches  » dans La vie secrète des bigotes, Deesha Philyaw

Générations de femmes

Dans La vie secrète des bigotes quatre générations de femmes se côtoient. Autour de chaque personnage principal des neuf nouvelles gravite tout un réseau de femmes : mères, sœurs, amies ou amantes. Des femmes fantasmées, haïes, aimées ou incompréhensibles. La nouvelle «  Jael  » alterne par exemple entre le point de vue du personnage éponyme et celui de son arrière-grand-mère. Ce va-et-vient permet de comprendre par touches le conflit de générations. Alors que la jeune fille tombe sous le charme de l’épouse du pasteur, sa parente se réjouit qu’elle évite les garçons sans oser en comprendre les raisons. «  Tourte aux pêches  » met quant à elle en évidence le mimétisme qui peut exister entre deux générations. Les différentes nouvelles du recueil composent ainsi un éventail large et nuancé de points de vue toujours présentés à la première personne. Intelligemment, chez Deesha Philyaw, les conflits de générations souvent violents n’empêchent pas la tendresse et l’amour.

Mais comme un bel édredon l’été, l’amour de ma mère était étouffant, du genre à vous irriter et à ne pas vous manquer jusqu’au changement de saison quand on en a de nouveau besoin.

«  Chute de neige  » dans La vie secrète des bigotes, Deesha Philyaw

Il a été récemment annoncé que La vie secrète des bigotes devait être adapté en film par HBO Max. Au script de cette adaptation on trouvera Deesha Philyaw elle-même. Côté production, c’est l’actrice Tessa Thompson (Selma, Westworld, Sorry to bother you) qui le produira grâce à sa toute jeune société de production Viva Maude qui aura à cœur de mettre en avant des points de vue habituellement sous représentés à Hollywood. Elle adaptera également Qui a peur de la mort (2010), roman de Nnedi Okorafor.

La vie secrète des bigotes, Deesha Philyaw, traduit de l’anglais (États-Unis) par Florence Lévy-Paoloni, éditions Philippe Rey, 17€

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