CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2022 – « Nos Frangins » : À la mémoire des nôtres

Nos Frangins © Guy Ferrandis

SELECTION OFFICIELLE – CANNES PREMIÈRE Le cinéaste Rachid Bouchareb signe un long-métrage fort et nécessaire, à la mémoire d’une jeunesse déchirée, réclamant justice suite à la mort des siens.

Distribué par Le Pacte, le film se déroule dans les années 80 et plus particulièrement après la mort de Malik Oussekine et d’Abdel Benyahia, tués par la police. Présenté dans la catégorie Cannes Première, Nos Frangins permet de replonger dans un moment important et marquant dans l’histoire des bavures policières. Mené par Lyna Khoudri et Reda Kateb dans les rôles des Oussekine, le film comprend dans son casting Samir Guesmi ainsi que Raphaël Personnaz.

Indifférence, désarroi et impunité

Morts dans la nuit du 5 au 6 décembre, Abdel Benyahia et Malik Oussekine souffriront de l’indifférence la plus totale. L’un s’était trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Malik Oussekine fut tabassé par un peloton de « voltigeurs », patrouille en motocycliste agissant en toute impunité et dissoute depuis. Pris pour un manifestant contre la Loi Devaquet alors qu’il sortait d’un concert, le jeune maghrébin a succombé à ses blessures. L’autre, Abdel Benyahia, fut tué « accidentellement » par balle.

De son côté, le gouvernement alors sous cohabitation avec la droite de Chirac couvrira les policiers responsables de l’affaire. En témoigne la facilité à laquelle ils peuvent cacher la mort des garçons à leurs proches, ne les informant de la réalité des faits que quelques jours après.

Nos Frangins délivre ainsi un pur devoir de mémoire. Le film s’insère dans la continuité de la série Oussekine diffusée sur Disney +, un hommage à des jeunes tués injustement. Le racisme se fait d’ailleurs ressentir dans plusieurs scènes. Notamment à travers la violence du mépris de classe lorsque les policiers s’expriment face aux familles des défunts. La violence se manifeste aussi à travers le refus du deuil des familles. En refusant de les tenir informés sur l’affaire, la police les laisse ainsi en quête d’un espoir perdu d’avance.

Nos frangins
Guy Ferrandis

Le devoir de mémoire fonctionne parfaitement ici grâce à des images d’archives montées au bon moment, permettant aussi de rendre le rythme du film plutôt intéressant. Alors que le scénario s’essouffle à certains moments, les images d’archives interviennent abruptement, permettant au spectateur de rester en éveil constant.

Les deux affaires auraient toutefois mérité un développement plus poussé pour que l’émotion tienne sur la durée. On notera les prestations touchantes des acteurs principaux qui ont réussi à transposer des mots sur une affaire encore lourde dans le coeur des Français racisés.

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