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CANNES 2022 – « Mariupolis 2 » : Le vrai visage de la guerre

Mariupolis 2 © Studio Uljana Kim
Mariupolis 2 © Studio Uljana Kim

SÉLECTION OFFICIELLE – SÉANCES SPÉCIALES – C’est le documentaire choc de la sélection cannoise : Mariupolis 2, ou les images d’une Ukraine qui vit au rythme des bombes. Déchirant.

Tué fin mars par les forces russes occupant l’Ukraine, Mantas Kvedaravičius a laissé derrière lui des images qui marqueront le Festival de Cannes. Ces quelques séquences, rapportées d’Ukraine par Hanna Bilobrova, sa fiancée, mettent des visages et des voix sur ce mot : guerre.

Tout au long du film, le lourd bruit des bombes se fait entendre. Incessant, entêtant, il donne son triste rythme aux journées des habitants de Marioupol. Il n’y a plus rien à faire que de les écouter tomber, dans la peur et le silence. La vie a perdu toutes ses couleurs, et les jours s’enchaînent sans qu’on les distingue vraiment. La guerre a enveloppé Marioupol d’un voile de deuil, de larmes et de sang. La vie continue-t’elle vraiment ? Difficile de le dire. Dans une ville détruite, le quotidien est tourné vers la survie, et les vestiges de toute une existence qui s’efface un peu plus avec chaque bombe qui s’abat sur la ville.

Ici, il y avait ma maison. Je voulais faire des travaux dans la cuisine. […] J’ai travaillé tous les jours pendant 32 ans, et je me retrouve vieux et pauvre. […] Sans issue.

Des maisons, il ne reste plus rien. Tristement, un habitant exhibe les cadavres des perruches qu’il élevait depuis plusieurs années. Il n’y a plus que des ruines là où s’élevait sa maison. En quelques secondes, c’est sa vie toute entière qui a été réduite à néant. À Marioupol, il n’y a rien à faire, et nulle part où aller. Plus de passé, et pas de futur. Il ne reste que la mort, qui est presque devenue une voisine comme les autres. Ces images bouleversantes de trois hommes qui discutent, ignorant les deux cadavres qui gisent à leurs pieds, témoignent de cette violence atroce, qui a pris de force une place dans le quotidien.

« Savez-vous ce qu’il y a de plus extraordinaire s’agissant de Marioupol ? Aucun de ses habitants ne craignait la mort, même si elle était omniprésente. La mort était déjà là, et personne ne voulait mourir pour rien. Les gens s’entraidaient, au péril de leur vie. Ils fumaient à l’extérieur et discutaient, malgré les bombes qui tombaient. Il n’y avait plus d’argent et la vie était trop courte pour qu’on s’en souvienne, et chacun se contentait de ce qu’il avait, en se surpassant. Il n’y avait plus ni passé, ni avenir, ni jugement, ni sous-entendus. C’était le paradis en enfer, les ailes délicates du papillon qui se rapprochaient, l’odeur de la mort dans sa dimension brute. C’était la vie qui palpitait. »

(Notes de tournage)

Mariupolis 2 est un douloureux concentré d’images brutes, sans mise en scène, sans trame. Il ne s’agit pas ici de raconter une histoire, mais bien de laisser les images parler d’elles-mêmes. Car quels mots utiliser pour décrire l’horreur des proches enterrés au fond des jardins dans des tombeaux de fortune, ou des fosses communes qui pullulent aux alentours de la ville. Quand les mots ne paraissent plus assez justes pour parler de l’enfer, les images témoignent. Un documentaire d’une tristesse absolue, messager de ces visages et de ces voix, qu’il ne faut jamais oublier.

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