CINÉMA

« Et j’aime à la fureur » – Fragments vivants

© Les films du poisson

Avec une sélection au festival de Cannes 2021 dans la section Cannes Classics, le nouveau film documentaire de André Bonzel (C’est arrivé près de chez vous) nous plonge dans les souvenirs d’un monde immortalisé par l’amour du cinéma. Le film, produit par Les films du poisson et Les Artistes Asociaux, est enrichi par une bande-son entièrement composée par Benjamin Biolay.

Pour André Bonzel, collectionner les pellicules de films a toujours été une passion. Que ce soient des films de famille, ou bien des enregistrements d’inconnus sur une plage normande, il conserve, stocke, classe tout. Alors, quand sa tante Lucette décède et lui laisse un carnet rempli d’informations sur sa famille, il décide d’allier papier et pellicule pour retranscrire son histoire, en commençant par les racines. Ainsi naît Et j’aime à la fureur. Au fur et à mesure de ses recherches, il découvre que cet amour pour le cinéma se transmet de parent en enfant depuis bien longtemps. Commence alors une mosaïque de souvenirs, fragmentés, aux couleurs argentiques.

Fragments de vie entrecroisés

Le film est construit comme une suite de petits enregistrements, sans forcément de lien entre eux. Par-dessus, la voix d’André Bonzel, chaude, calme, rassurante, qui nous parle de son histoire. La sienne, bien sûr, mais aussi celle de ceux avant lui et sans qui, génétiquement parlant, il ne serait pas là. Le montage ne suit pas forcément la chronologie. Il nous permet ainsi de jongler entre de très vieilles pellicules monochromes, et de passer ensuite à l’argentique et aux images de plus en plus nettes. Il y a donc la rencontre entre plusieurs époques, symbolisée par la pluralité des techniques cinématographiques. Ce voyage auditif et visuel se fait comme un entrecroisement d’allées dans un labyrinthe, que nous empruntons comme bon nous semble.

L’histoire remonte au temps des frères Lumière et de l’invention du cinéma telle qu’on nous l’apprend dans les livres. Aux pellicules de famille s’ajoutent donc les célèbres passages du train qui entre en gare, de l’arroseur arrosé et bien d’autres. Au-delà de l’aspect technique, c’est un véritable amour pour le cinéma qui se dévoile, comme en témoignent les extraits des films de Méliès, dispersés çà et là au fil de l’histoire. Pour André Bonzel, le cinéma est donc une affaire de famille, qui lui collera à la peau jusqu’à aujourd’hui. Il documente avec douceur et tendresse cette vocation, allant jusqu’à nous partager ses débuts en tant que réalisateur. Le spectateur a donc la joie de découvrir, à l’écran, des captations de son copain belge de courts-métrages, Benoît Poelvoorde. Un clin d’œil comique et touchant, qui permet d’ancrer l’histoire de ces pellicules anonymes dans la réalité.

Extrait du film Et j’aime à la fureur, © Films du poisson

Une vie rythmée par la caméra

Bonzel le dit dès le début : son enfance a été bercée par le cinéma. Il rappelle avec une voix émue les après-midis passés chez un copain, avec son père qui lui projetait des vieux films dans la salle de bain. Pour lui, mais comme pour beaucoup d’autres, le cinéma a été une manière de s’évader, mais également de capturer des instants de vie. Ce sont ceux-là, précisément, qu’il nous partage ici. Jeunes femmes aux longs cheveux et aux jambes découvertes, marchant sur les plages bondées. Rire de Maman, une cigarette à la main, regard fuyant de Papa dans la cuisine. Les cousines qui se cachent des cousins. Les longs repas familiaux, interminables, sous la chaleur étouffante de l’été indien. Très peu de choses sont nommées dans ce documentaire, tout au plus quelques noms indispensables.

Mais, même ainsi, il y a cette proximité avec le spectateur qui s’instaure. C’est bien sa vie qu’André Bonzel raconte. On y retrouve sa famille, ses amoureuses, ses choix de vie. Et pourtant, nous ne pouvons nous empêcher, à la fin de la séance, d’avoir cette impression de s’être plongés pendant une heure et demie dans des albums photos. De ceux qui prennent la poussière chez Grand-mère et Grand-père, que l’on n’ouvre qu’une fois par an. Pour une fois, nous n’avons pas à aller les chercher. Ils surgissent devant nous, et ils dansent. La magie du cinéma.

Auteur·rice

You may also like

More in CINÉMA