CINÉMA

« En corps » – Entrez dans la danse

En Corps
© Emmanuelle Jacobson-Roques – CQMM

Cédric Klapisch revient au cinéma avec En corps, son grand projet : faire fiction de la danse, naviguer entre le classique et le contemporain. Il signe une narration plus simple pour laisser les corps s’exprimer et révèle la danseuse Marion Barbeau. 

Comme son titre – proche d’un jeu de mots de Libération – l’indique, le nouveau long-métrage de Cédric Klapisch se consacre aux corps et à la répétition. L’outil de travail des danseurs donc, et particulièrement celui de Marion Barbeau – véritable révélation. Les quinze premières minutes prennent la forme d’une délicieuse introduction narrative dans laquelle le personnage d’Élise qu’elle incarne est en pleine représentation sur la scène de l’Opéra Garnier. Le cinéaste lui-même y fait une apparition en régisseur de plateau annonçant le drame qui va s’y jouer. Quand entre deux scènes, elle aperçoit dans les coulisses son amoureux embrasser une autre, la chute est inévitable et le cygne s’effondre, la cheville se brise. S’ensuit un véritable générique, un peu « arty » dans lequel la danseuse va être confrontée au déchirement identitaire qui la conduira à la danse contemporaine. 

Car que faire quand on ne sait que danser depuis l’enfance ? Quand la danse permet de maintenir éloignées les blessures du coeur, et le deuil d’une mère qui nous a poussé vers cette voie ? Quand la communication est difficile avec le père qui aurait préféré que l’on fasse du droit plutôt que de se retrouver comme tous les sportifs à la retraite vers 35 ou 40 ans ? Par  cette blessure, Élise va suivre le chemin classique du parcours de reconstruction, vu et revu au cinéma, particulièrement dans ce genre particulier du film de danse ou plus largement de sport. L’arrêt brutal et non prévu agissant comme l’élément perturbateur qui va amener le protagoniste à se relever et révéler. 

Dansez maintenant !

De ce portrait, le cinéaste tire les fils pour faire naître le collectif. Il affleure dans ce lieu de résidence en Bretagne initié par une femme charmée par les artistes interprétés par Muriel Robin. En suivant un couple d’ami.es et leur food-truck dans ce lieu, la magie de la coïncidence scénaristique va poser sur le chemin d’Élise la troupe de danseurs contemporains et leur chorégraphe Hofesh Shechter, qu’elle aurait du rejoindre avant son arrêt. Un heureux hasard qui va permettre à la jeune femme cet accomplissement personnel, là où l’entraide entre danseurs existe. 

Cette idée du groupe et de choral est renforcée par le casting. À ces danseur.euses qui jouent, les seconds rôles acteur.rices viennent apporter l’humour nécessaire pour contre-balancer ce récit de reconstruction avec légèreté : Denis Podalydès dans le rôle du père un peu dépassé, François Civil hilarant en gentil kiné, ou Pio Marmaï et Souheila Yacoub formant un couple étonnant.

«  Feel-good  », le film pêche inévitablement par des dialogues faibles, tout droit sortis de livres de développement personnel. Néanmoins, malgré ces bons sentiments évidents, et les ficelles du récit, le langage n’est pas le cœur du métrage, mais bien les corps. Cédric Klapisch, cinéaste de la jeunesse comme génération revient après des films trop gentillets comme Ce qui nous lie et Deux moi, parfois trop déconnectés des réalités. Le charme de son cinéma opère de nouveau dans En Corps, film de danse comme vrai sujet d’images. Il exprime si fort son désir personnel de mettre en scène la danse avec générosité, de filmer les mouvements et le côté viscéral de la danse que notre cœur bat si fort en diapason vers un élan d’espoir – non-négligeable aujourd’hui.

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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