CINÉMA

Rétrospective Jiří Menzel – Hommage au prince de la Nouvelle Vague tchécoslovaque

Jiří Menzel © Malavida
Jiří Menzel © Malavida

Une rétrospective est en ce moment consacrée au grand réalisateur tchécoslovaque Jiří Menzel, décédé en septembre 2020. Son humour et son talent fous y sont mis à l’honneur, à travers plusieurs de ses œuvres. L’occasion de redécouvrir trois films d’un réalisateur qui laisse derrière lui une carrière unique.

Figure de proue de la Nouvelle Vague tchécoslovaque, Jiří Menzel grandit dans l’ombre de la Guerre Froide. Après des études à la très prestigieuse Académie du film de Prague, il réalise Trains étroitement surveillés, qui le propulsera sur le devant de la scène internationale. Acclamé par la critique, il s’impose avec des films singuliers, où la comédie se mélange aux drames qui ont laissé leur trace sur son époque.

Trains étroitement surveillés

Dans son Trains étroitement surveillés, (Closely watched trains en anglais), Jiří Menzel suit le jeune Miloš Hrma, jeune homme naïf et innocent, alors qu’il commence sa première journée en tant que régulateur ferroviaire. Fils d’un père ravi d’être parti très tôt à la retraite, Miloš se réjouit déjà de cette existence paisible, loin du labeur et des ennuis. Mais dans ce film d’initiation, le danger rôde. Les trains passent et annoncent des jours sombres. L’arrivée de soldats nazis replace d’un coup le film dans son vrai décor : l’Occupation allemande en Tchécoslovaquie. Avec un style unique, le réalisateur jongle entre les troubles du jeune Miloš et la violence qui l’entoure sans qu’il semble tout à fait la comprendre. Un film fort et bouleversant, qui marque le début d’une belle carrière, puisqu’il vaudra à Jiří Menzel l’Oscar du Meilleur Film Etranger.

Alouettes, le fil à la patte

Deuxième film, qui attirera lui aussi les honneurs puisqu’il remportera l’Ours d’or à Berlin. Pourtant, Alouettes, le fil à la patte , a connu une histoire bien particulière. Commencé pendant le Printemps de Prague, le film témoigne d’une véritable prise de position contre le socialisme. Mais les espoirs apportés par le Printemps de Prague sont vite réduits à néant, et le film de Menzel est immédiatement censuré et interdit en Tchécoslovaquie. Ce n’est qu’en 1990, à la chute de l’URSS, que le film refait surface et remporte le plus prestigieux des prix à la Berlinale.

Une blonde émoustillante

Une blonde émoustillante est une nouvelle marque d’admiration de la part de Jiří Menzel pour le travail de Bohumil Hrabal, célèbre écrivain tchèque, considéré comme l’un des plus grands de son temps. Le réalisateur avait déjà adapté l’une de ses oeuvres avec Trains étroitement surveillés, et se prête de nouveau à l’exercice avec Une blonde émoustillante. Le récit évoque les souvenirs d’enfance de Bohumil Hrabal. La blonde émoustillante, c’est Maryška, la femme du directeur de la brasserie locale. Sa longue chevelure blonde, qui laisse éclater sa beauté (et sa sensualité), est au cœur de tous les désirs.

Avec des tragicomédies d’une originalité folle, Jiří Menzel a lié son destin à l’histoire de son pays, et à ses souffrances. Il aborde avec un humour dévastateur mais toujours fin des thématiques résolument modernes : la sexualité, les classes sociales, le totalitarisme et la propagande.

Le travail de l’image, époustouflant de maîtrise et de créativité, est le garde fou de la comédie, même quand l’enfer s’abat sur le récit que sa caméra dévoile. Ses personnages, naïfs et rêveurs, sont pris entre la violence de leur époque et leur désinvolture. Toujours, la comédie de Jiří Menzel mêle une histoire de premier plan hilarante, et un fond beaucoup plus dramatique, qui reflète les ombres et les menaces qui pèsent sur son esprit. Son cinéma fait éclater les préoccupations des réalisateurs de l’Est, qui ont connu la censure et des régimes extrêmement répressifs envers les arts.

A l’image du cinéma de l’Est, dont l’humanisme clashe souvent avec les grosses productions et les blockbusters hollywoodiens, Jiří Menzel propose des films à l’esthétique sublime, qui traitent avant tout des hommes et des systèmes. Une œuvre majeure, à redécouvrir immédiatement au cinéma dans la retrospective Jiří Menzel, la comédie est une arme !

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