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Rencontre avec Déborah Lukumuena : « J’aime me dire que c’est d’abord physiquement que je me mets dans un rôle »

Déborah Lukumuena (2016) © Abaca
Déborah Lukumuena (2016) © Abaca

Elle n’a pas un, mais deux films au cinéma ce mois-ci. Étoile montante du cinéma français, Déborah Lukumuena enchaîne les projets audacieux. À l’occasion de la sortie d’Entre les vagues le 16 mars, nous avons pu échanger quelques mots avec elle. Rencontre.

Tout d’abord, félicitations pour tes deux supers films ce mois-ci, ce n’est pas rien ! Pour commencer, une question simple, quel est le premier rôle qui t’as marqué et qui t’as donné envie de faire du cinéma ? 

C’est un rôle dans une série qui s’appelle Les Tudors. C’est une série historique sur le roi d’Angleterre Henri VIII au XVIe siècle et le vrai Henri VIII était grand, gros et roux et ils l’ont fait joué par un acteur qui était petit, athlétique et brun et même s’il ne ressemblait pas au vrai roi, j’y ai cru et c’est ça qui m’a frappé, c’est de me dire que tout se passait dans les yeux, dans ce corps.

Ensuite, on va remonter à la période Divines, qu’as-tu retenu de ton expérience sur ce film et surtout qu’est-ce qui t’as plu dans le personnage de Maimouna ? 

C’est bien sûr l’histoire d’amitié qu’il y avait au centre du film qui m’a passionné parce que moi maintenant j’ai de grandes amitiés, mais c’est vrai que tout le monde rêve d’avoir des amitiés à la vie et à la mort. Je pense que c’est la grande leçon que j’ai retenu de ce film, qu’il y a des amitiés plus fortes que tout et cette thématique revient dans mes choix parce que dans Entre les vagues, c’est une histoire d’amitié aussi.

Oui, c’est vrai que c’est similaire à Entre les vagues, est-ce que tu dirais que c’est la notion d’amitié qui t’attire dans tes projets ?

Oui, c’est en tout cas un des aspects. Après, je pense que je ne vais pas là tout de suite refaire un film sur l’amitié. Je choisis mes films en me demandant « Si je ne faisais pas du cinéma, est-ce que je serais partie voir ce film ? ». Que ce soit Entre les vagues ou Divines, oui ce sont des films que je serais allée voir parce que ce sont de grandes histoires d’amitiés entre deux femmes et que ça me passionne. L’amitié aujourd’hui est une phase importante dans ma vie que je ne peux pas négliger.

Est-ce qu’avoir un César t’as ouvert la porte à d’autres projets ? Est-ce qu’auparavant tu avais du mal à accéder aux projets ou aux castings ? 

Divines était ma première expérience donc je n’ai pas vraiment connu la difficulté ou non d’accéder à des projets. Après, il y a eu le moment entre la fin du tournage de Divines et le moment où le film est sorti et forcément j’étais inconnue, mon film n’était pas sorti, donc il y avait un creux. Une fois que c’est sorti, il y a eu cet espèce de grand mouvement que j’avais pas vu venir. Ensuite le César, oui il y a une aide différente, parce que c’est une récompense, en plus c’est celui du second rôle et c’est vrai que c’est rare de l’avoir quand on est aussi jeune, moi j’avais 22 ans. Donc bien sûr il y a quelque chose qui se débloque, en tout cas vous êtes reconnu par la profession, ça envoie un message. Parmi les projets que je reçois, je continue d’en recevoir certains que je trouve pourris, en tout cas maintenant j’ai un peu plus l’embarras du choix.

De manière générale, comment te prépares-tu pour un rôle ? Combien de temps cela te prend-il ? 

J’aime faire du sport même si ce n’est pas pour un rôle sportif parce que j’aime me dire que ça passe par mon corps, car pour moi, tout commence par le corps. Et j’aime me dire que c’est d’abord physiquement que je me mets dans le rôle, que je lui prête vraiment une peau. Là, je suis en préparation physique par exemple, celle-là elle est lourde, elle fait quatre mois, mais sinon j’aime bien me préparer sur deux mois.

Ah oui quand même !

Oui, en tout cas même avec mon gabarit, quand tu commences un film en faisant du sport, il y a un truc qui change en fait, tu es dans une dynamique. Même pendant les tournages tu manges autrement, tu dors autrement, en tout cas j’ai besoin de sentir dans mon corps que je suis en tournage.

Tu as aussi un rapport fort avec la lecture. Est-ce que tu as commencé à aimer la lecture avant le cinéma ? Est-ce qu’on pourrait dire que cela a eu un impact sur ta manière de faire du cinéma ?

La lecture, c’est une passion depuis l’enfance. J’ai commencé le cinéma à 18-19 ans, tandis que la lecture ça a toujours été dans ma vie. Quand j’étais petite, je passais mes mercredis et mes samedis après-midis dans la bibliothèque de mon quartier dans le 91, donc ça a toujours fait partie de ma vie. Ça prend une autre place maintenant parce que le cinéma, c’est mon quotidien, mais c’est vrai que ça l’influence parce que depuis toujours, j’ai un amour de l’imaginaire et des histoires. Ça me donne une autre manière de parler et de réfléchir. J’ai fait aussi des études de lettre où on t’apprend à étudier des textes et la manière dont c’est écrit et forcement ça a un impact sur comment je lis un scénario. Je me pose souvent la question : pourquoi un personnage dit ça à ce moment-là ? Donc forcement ça a son impact, mais je trouve les deux très reliés finalement.

As-tu toujours le temps de lire, ou beaucoup moins maintenant ?

Beaucoup moins, mais c’est fou que tu me demandes ça, parce que ce week-end je suis en plein ménage et je me suis pris la résolution de lire un livre. Depuis que j’ai fait des études, je suis dans une exigence. Je me dis qu’il faut que je lise des trucs plus littéraires et là j’ai envie de me faire un bon petit plaisir, me lire un truc beaucoup plus simple.

Tu joues dans deux films sortis ce mois-ci. Quelle a été l’expérience la plus intense et pourquoi ?

Les deux ont été intenses. Je dirais que physiquement ce serait Robuste et émotionnellement, Entre les vagues parce que ça me demandait une féminité, aussi par rapport à ce que l’histoire raconte, mais ça me demandait surtout de convoquer un niveau de féminité assez incroyable. Robuste était plus physique par contre, non seulement à travers la lutte, car je me suis entrainée deux mois, mais aussi parce que je pense que c’est mon rôle le moins bavard. C’est pourtant celui qui m’a demandé de faire passer le plus d’émotions.

Qu’as-tu préféré dans ton expérience pour Robuste ?  Et dans Entre les vagues  ? 

J’ai aimé que les deux convoquent des choses que je ne connais pas. Pour Robuste, que ça m’éprouve physiquement et dans Entre les vagues, même si c’était très compliqué, j’ai pu voir à quel point je pouvais être féminine alors que je trouvais qu’Alma c’était un rôle hyper éloigné de moi. J’ai aussi aimé dans Entre les vagues que ce soit le théâtre, dans le cinéma.

Et justement dans Entre les vagues, comment fais-tu pour convoquer de telles émotions, surtout que tu joues le rôle d’une fille malade, comment tu t’y es prise ?

J’ai beaucoup discuté avec la réalisatrice, Anaïs Volpe. J’ai eu des conversations avec elle sur pourquoi elle a écrit ce film, car pour elle aussi l’amitié a une place importante, donc c’est plus des conversations et puis après c’est des secrets de cuisine.

D’ailleurs Robuste et Entre les vagues étaient deux premiers longs-métrages. Pourquoi ce choix ? Préfères-tu faire confiance à un regard neuf ?

En fait ce que j’aime dans les premiers longs, c’est assister à ce cri furieux de ce réalisateur qui va enfin réaliser son premier film. Je trouve qu’il y a une fraicheur dedans dont je raffole et même sur le tournage, ça se voit. Je ne dis pas qu’au troisième et au quatrième, ils sont moins frais, mais en tout cas il y a quelque chose de plus apaisé qu’on n’a pas forcément lors du premier et moi j’adore assister à ça.

Et pareil, tu as joué dans ces deux films à travers deux duos. Que retiendras-tu de ton expérience avec Gérard Depardieu et puis dans un autre registre, avec Souheila Yacoub ? 

Je retiens surtout que le duo est une richesse dans le cinéma, c’est comme ça aussi que j’ai commencé dans Divines. En fait, quel que soit l’âge et quel que soit le sexe, dans les deux cas, ça a été vertigineux, et ça a été grandiose donc c’est ça que je retiens avec ces deux partenaires.  

Est-ce que tu as une idée du type de personnage que tu aimerais incarner à l’avenir ? 

Honnêtement je prends ce qui vient. Après, je pense que c’est plus au niveau du genre du film. Je sais que maintenant, j’aimerais plus me diriger vers des films de genre, peut-être des comédies, de l’historique et des séries aussi. Là j’ai beaucoup été dans le dramatique, ce qui est pas mal, mais j’aime bien le changement aussi.

Voudrais-tu d’une carrière internationale ou le cinéma français te suffit ? 

Ah non, moi j’aimerais beaucoup. L’été dernier, j’ai tourné un film au Royaume-Uni donc c’était ma première expérience en anglais. Mais que ce soit en France ou aux États-Unis ou même en Afrique, c’est avant tout du cinéma. Mais c’est vrai que je suis curieuse de voir les plumes différentes au-delà des frontières.

Est-ce qu’il est important que tes projets aient une forme d’engagement direct ou indrect ? Je pense en cela aux Invisibles ou encore à la série H24.

Je dirais plus indirectement, parce que je prends les films par rapport à ce que j’ai envie de raconter et c’est vrai que ce soit dans H24 ou dans Les invisibles, ce sont des thématiques qui me tenaient à cœur. Après je ne fais pas une carrière uniquement pour être engagée, aucun des films n’était engagé entre Robuste et Entre les vagues. En fait, ce sont des volontés personnelles qui se traduisent dans mes choix.

À terme, dans le meilleur des mondes, avec quel réalisateur souhaiterais-tu collaborer ?

J’aimerais bien collaborer avec Steve Mcqueen quand même, je trouve que c’est un réalisateur hors norme et je pense que si jamais j’arrive à aller à l’international, c’est vraiment avec lui que j’aimerais commencer.

Tu as aussi une expérience au théâtre avec Anguille sous roche. En quoi cela diffère-t-il ou non de ta manière de travailler pour un film ? Comptes-tu continuer aussi dans le théâtre ?

Plus tard. Anguille, je l’ai joué pendant trois ans et ça correspondait à la période où j’étais à l’école, au Conservatoire, donc en fait j’étais en train d’apprendre à l’école et je le mettais en pratique sur scène. Mais plus tard, là je fais une pause théâtre, j’attends de voir le projet qui me sortira de cette pause. Anguille c’était très enrichissant, mais c’est un seul en scène donc c’est beaucoup de travail et c’est beaucoup de pression. Moi, je suis très anxieuse sur scène donc ça me fatigue plus vite.

Peux-tu nous parler un peu de tes projets à venir ? 

Je ne peux rien dévoiler. Je peux te dire que je réalise mon premier court-métrage en juillet. Ça va s’appeler Championne et c’est l’adaptation d’une storytime Youtube, on va adapter une vidéo d’une youtubeuse qui s’appelle Femme Ébène.

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