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« Perfect Hair » – Solitudes

Perfect Hair © Editions Cambourakis
Perfect Hair © Editions Cambourakis

Après la traduction de la bande dessinée Du Mensonge en 2018, les éditions Cambourakis publient en ce début d’année un nouvel ouvrage de Tommi Parrish. Perfect Hair est une série d’histoires très courtes qui racontent les désirs et les incompréhensions de deux personnages.

Avec Perfect Hair, Tommi Parrish publie une bande dessinée à part et très dépouillée. Les huit histoires, ou chapitres s’enchainent et se superposent en moins de 100 pages sans qu’il n’y ait réellement de fil narratif. Plus conceptuelle que narrative, la bande dessinée se concentre en effet sur la forme de ce qui est décrit plutôt que sur le contenu.

Transparence et opacité

Au début de Perfect Hair, une silhouette expose le sommaire. Une respiration sera représentée par deux flèches en pointillées, l’air sera deux vagues et la sécurité un rond. Le chapitrage aussi est donné et fournira un cadre pour la suite. En créateur démiurge, la silhouette modèle ses personnages et les pend à des fils comme des pantins. Quelques traits de visage, le minimum et le tour est joué. Il s’agit de Nicola et Cleary au genre indéfini et variable.

Tommi Parrish met en récit des solitudes. On ne connait pas grand chose de ces personnages qui occupent pourtant tout l’espace des cases. Dans un club SM, dans un hôpital, dans une chambre lors d’une passe, tout n’est que solitude. L’artiste met constamment à distance ce qui est présenté. Par exemple, dans le chapitre intitulé « Histoire d’amour générique », « personnage 1 » et « personnage 2 » se rencontrent. Les silhouettes modelées très simplement -quelques ronds- se mettent à danser. Et la narration décrit de loin les angoisses et les complexes de ces ronds mouvants. La présentation froide et lucide des situations mises en scène rend donc le récit toujours transparent tout en brouillant l’empathie que l’on pourrait ressentir pour ce qui est décrit.

Tommi Parrish © Editions Cambourakis

Tommi Parrish dit se placer dans le sillage de Brecht Evans, Dash Shaw ou Olivier Shrauwen. En comparant ses dessins à ceux des bédéistes cités, une parenté certaine se retrouve. Mais ce qui est sûr, c’est que la bande dessinée Perfect Hair – au titre ironique puisqu’aucune chevelure n’est remarquablement parfaite-, est atypique. Très inspiré par ses autres domaines d’expression que sont la sculpture et la peinture, l’artiste livre avec cette BD un travail conceptuel et hors des normes du récit.

Perfect Hair, Tommi Parrish, traduction Adel Tincelin, Editions Cambourakis, 16 €

Auteur·rice

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