CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2021 – « Un Monde » : la chorégraphie violente de l’enfance

Un Monde - Copyright Tandem
Un Monde - Copyright Tandem

SÉLECTION OFFICIELLE – UN CERTAIN REGARD – Avec ce premier long métrage la réalisatrice belge Laura Wandel nous donne accès au monde impitoyable des enfants.

Tout comme dans le Florida Project de Sean Baker, chaque scène d’Un Monde est filmée à hauteur d’enfants, leur laissant toute la place pour s’exprimer et révélant par la même occasion deux acteur·ice.s brillant·e.s de vérité dans les rôles de Nora (Maya Vanderbeque) et Abel (Günter Duret). Ainsi rien ne sort de l’école, l’enjeu est là. La cour, les salles de classe, la piscine, les couloirs, le bac à sable : tout le film amène ce goût morose d’un déjà-vu intemporel.

Le film s’ouvre sur la rentrée des classes et la difficulté pour Nora de s’émanciper de son grand-frère Abel. Cette dernière peine à s’intégrer auprès des enfants qui l’entourent dans sa classe, par envie de rester avec son frère. Rapidement elle découvre cependant que les parties de foot dont parle ce dernier à la sortie sont plutôt des séances de lynchage qu’il subit de la part de trois de ses camarades de classe. Nora et Abel se retrouvent immergé·e·s dans les difficultés frustrantes, gratuites et finalement ordinaires de l’enfance.

Ce que nous révèle Un Monde c’est aussi toute la question de la charge mentale que les enfants peuvent accumuler, tout un stress invisible de l’extérieur pour les parents ou les encadrant·e·s scolaires. C’est Nora qui doit faire face au harcèlement et aux humiliations que subit son frère. En prenant la décision du haut de son jeune âge d’en parler à son père (Karim Leklou) pour l’aider, elle se met à dos son frère. En parallèle son père lui demande de veiller et de surveiller les agissements de son frère, la sortant de sa place de petite fille, là où son frère ne se préoccupe jamais de son sort à elle. Même schéma lorsque le père la force à assister au conseil de discipline où les bourreaux de son frère doivent s’excuser.

Un Monde est un film difficile à regarder car ce dernier révèle les failles qui s’immiscent entre le monde des adultes et celui des enfants, des failles qui relèvent presque par moment d’une forme d’hermétisme où les un·e·s et les autres ne se comprennent pas et se blessent mutuellement. Tout le film fait état d’une violence inhérente, douloureuse mais sincère. Ce sont les bruits assourdissants dans la cour de l’école, les battements frénétiques des jambes dans la piscine, les mots dans la bouche des plus petits et ceux dans la bouche des plus grands. Pendant 1h13 toutes ces sensations nous sont transmises en continu, nous faisant ressentir intérieurement tout ce que ce que cela comporte d’être enfant.

Au cinéma le 10 novembre.

Auteur·rice

Du cinéma et de la musique - Master Métiers de la Culture

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