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Rencontre avec Léa Murawiec : « J’aime raconter mes histoires au plus près des émotions des personnages »

Léa Murawiec
© éditions 2024

Issue du milieu du fanzine, Léa Murawiec frappe fort avec Le Grand Vide, sa première bande-dessinée publiée aux éditions 2024. À travers cette dystopie, l’autrice évoque avec brio la notoriété et la quête de reconnaissance.

Le Grand Vide est ton premier long format. Quel a été ton parcours avant cette publication ?

J’ai fais des études de graphisme à l’école Estienne puis de bande dessinée à l’Eesi, les Beaux-Arts d’Angoulême. Avant de publier Le Grand Vide chez les éditions 2024, j’ai publié beaucoup de bandes-dessinées humoristiques de quelques pages dans plein de fanzines différents pendant la période de mes études. Puis une fois sortie de l’école, j’ai commencé à dessiner pour le journal Biscoto où je publie toujours des strips mensuels.

J’ai toujours été très productive en bande-dessinée depuis que je suis toute petite, mais j’ai vraiment attendu de me sentir prête à dérouler une histoire longue et à la défendre avant de me lancer dans la bande dessinée « à grande échelle » avec Le Grand Vide.

Combien de temps ça prend de faire une bande-dessinée comme celle-ci de l’idée d’origine à la publication ?

J’ai mis un peu moins de deux ans à plein temps pour écrire et dessiner ce projet (c’est une moyenne pour les personnes qui écrivent et dessinent leurs propres histoires). Pour développer cette bande-dessinée, j’ai bénéficié d’une bourse et d’un atelier dans une résidence d’artistes, la Maison des Auteurs, où travaillent simultanément une vingtaine d’autrices et d’auteurs sur leurs projets respectifs. Ce dispositif de résidence m’a été donnée par l’Eesi, Magelis et la Cité de la bande-dessinée d’Angoulême en soutien à la création d’une première bande dessinée.

Tu dis avoir fait de la bande-dessinée humoristique dans des fanzines. Le Grand vide raconte une histoire qui n’a en apparence rien de drôle et pourtant, on se surprend à rire plusieurs fois face aux expressions de tes personnages, à leurs échanges. On sent vraiment ta capacité à faire rire derrière cette dystopie. Envisages-tu de faire un long format humoristique ?

J’aime raconter mes histoires au plus près des émotions de mes personnages, avec le registre de langage qui me semble coller à la scène. J’ai l’impression que ça renforce le côté dramatique du récit, quitte à ce que l’ensemble parte dans tous les sens. Pour les dialogues, je les ré-écris beaucoup pour qu’ils aient l’air spontanés, parce que c’est aussi ce que j’aime lire chez les autres. Peut-être qu’un jour j’écrirai une histoire intégralement humoristique, en tout cas ce n’est pas en projet pour le moment.


Dans Le Grand Vide, tu abordes la question de la notoriété, de la mémoire et de l’oubli. T’es tu inspirée de ton expérience personnelle d’illustratrice sur les réseaux sociaux ou bien as-tu tenté de retranscrire un sentiment général et générationnel ?

Je ne me suis pas inspirée des réseaux sociaux en particulier, mais plutôt de notre relation complexe au regard que les autres portent sur nous. Parfois on y cherche une forme de validation de nos actes, parfois on a envie de ne pas y faire attention, mais je ne crois pas que cela soit générationnel ou contemporain. La pression sociale a toujours été là et notre besoin de reconnaissance aussi, il prend juste une nouvelle forme à chaque génération.


Tout au long de ta bande-dessinée on sent ton attrait pour les lignes de fuite, tu travailles beaucoup sur la profondeur. Est-ce un simple outil scénaristique pour «  aspirer » le lecteur dans ton récit et provoquer l’oppression ressentie par Manel ou est-ce plus que cela ? Ton Instagram comporte pas mal de ce genre de dessins assez atypiques…

Le décor de la ville ne s’est pas imposé tout de suite dans l’histoire du Grand Vide, mais plus je développais l’intrigue et plus un décor urbain poussé à l’extrême me semblait évident. Avant ce récit, je dessinais assez peu de décors, et encore moins de la perspective avec point de fuite etc. J’aime me dire que chaque projet est l’occasion pour moi de développer un aspect de mon dessin sur lequel j’ai envie de progresser, un peu comme un défi pour ne pas tourner en rond.


Tes dessins sont réalisés à l’encre de Chine mais tu fais le choix de coloriser certains éléments de tes décors. Pourquoi avoir fait ce choix restreint de couleurs et comment as-tu déterminé celles que tu souhaitais employer ?

Je ne suis pas spontanément à l’aise avec la couleur. Et puis j’avais envie de n’utiliser la couleur qu’à certains endroits dans mon récit, sur les panneaux et les noms, pour les mettre en relief et leur donner un aspect mystérieux et étrange.


Quand on lit ta BD on pense à Jérôme Dubois dont le style graphique se rapproche du tien, bien sûr, mais on peut aussi penser aussi à Mirion Malle. Tes inspirations sont-elles toutes contemporaines ?

Oui, ce sont des autrices et auteurs qui m’impressionnent beaucoup ! La plupart de mes inspirations visuelles me viennent de mes lectures en bande dessinée, qui sont souvent issues du fanzine, du manga ou de la bande dessinée européenne indépendante, et sont donc souvent mes contemporain.es. Parmi elleux on peu retrouver Juliette Mancini, Michael Deforge, Léopold Prudon, Elodie Shanta, ou Emilie Clarke, mais aussi une génération plus ancienne comme Hiromu Arakawa, Yuichi Yokoyama, Riyoko Ikeda, Tsuchika Nishimura, Catherine Meurisse ou Riad Sattouf. Je suis marquée aussi par le dessin d’animation cartoon comme Tex Avery ou plus contemporain comme Adventure Time, pour la façon dont les personnages bougent et s’expriment de façon exagérée.


Tu fais partie de la sélection Fauve des Lycéens du Festival d’Angoulême. Comment as tu vécue ta nomination ?

Je suis très contente et très touchée ! ! ! ! Je suis heureuse que cette histoire puisse parler à un public plus jeune que celui auquel je suis habituée qui s’est constitué dans le monde du fanzine où j’ai commencé et qui a globalement mon âge.


As-tu déjà un nouveau projet en cours ?

Je commence doucement à écrire une nouvelle histoire mais j’attends de retrouver du temps et de l’énergie pour m’y mettre. La promotion de mon livre m’accapare entièrement, c’est très intense !

Auteur·rice

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