CINÉMA

« Licorice Pizza » – Once Upon A Time in a true love story

LICORICE PIZZA
© Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc.

Avec Licorice Pizza, le chouchou des cinéphiles Paul Thomas Anderson offre une course-poursuite faite d’amour tendre et mélancolique. Un teen-movie enlevé au charme et à la candeur d’un premier film, la maîtrise en plus.

Sorti en 2018, Phantom Thread , le dernier long-métrage de « PTA », se complaisait dans une perfection de dentellier. Il y déployait toute la virtuosité de sa mise en scène, plaquant sa maîtrise sur celle de son personnage principal, incarné par Daniel Day-Lewis dans un rôle de couturier. Aucun fil ne dépassait, aucune émotion ne s’infiltrait dans les images millimétrées. À l’opposé, l’attendu Licorice Pizza semble de nouveau nous dire : « oui, le cinéma se constitue d’accidents et de sentiments aussi naturels que ceux d’un amour de jeunesse ». Ici point de prétention, seulement de la tendresse, de la simplicité et de la désinvolture enlevée.

En un plan-séquence d’ouverture jubilatoire, le jeune Gary Valentine tombe amoureux au premier regard d’Alana Kane, son aînée de dix ans. On est en 1973, dans la Vallée de San Fernando et Gary, lycéen et enfant-acteur à la gouaille affirmée, ne va plus quitter la jeune femme. Lui est trop mature pour son âge, mais son approche candide le pousse à se lancer dans les affaires en tout genre selon les mouvances — des matelas à eau aux flippers. Elle est infantilisée par sa famille, ne sait pas vraiment quoi faire de sa vie sinon la vivre. Alors, il va se lancer à la poursuite d’un baiser, et elle va feindre de le repousser.

A la poursuite de la jeunesse

Dans une structure narrative singulière, Licorice Pizza s’affirme comme une ballade où la mise en scène dynamique court au plus près des visages de ses personnages. Les situations loufoques s’enchaînent tandis que Gary et Alana croisent des caméos fantaisistes : Sean Penn en acteur ringard, Tom Waits, Ben Safdie ou Bradley Cooper survolté dans le rôle de Jon Peters, amant coiffeur de Barbra Streisand. Marqué par les crises des années 1970 aux USA, celle du pétrole et le déclin du mouvement hippie, Paul Thomas Anderson inscrit son film dans une temporalité inconnue. Impossible de savoir si le film se déroule sur une ou plusieurs années. Mais ce n’est pas vraiment primordial, puisqu’on est au cinéma.

Si l’époque dépeinte et l’univers cinématographique hollywoodien amènent à faire la comparaison avec Once Upon A Time In Hollywood de Quentin Tarantino, c’est par le parfum mélancolique proche de leurs auteurs que les deux œuvres se rapprochent. Licorice Pizza est un film d’atmosphère et une déambulation dans l’intime de PTA filmant la vallée dans laquelle il a grandi. Le casting fait intervenir ses proches, notamment ce duo de protagonistes apparaissant pour la première fois au cinéma : Alana Haim et Cooper Hoffman. La première est musicienne et forme le groupe HAIM avec ses deux autres sœurs. Anderson a d’ailleurs réalisé certains de leurs clips. Le second n’est autre que le fils du regretté Philip Seymour Hoffman, présent dans cinq films de Paul Thomas Anderson. Deux visages et personnalités hors normes, au jeu brut.

Licorice Pizza — pizza à la réglisse — tire son nom d’une chaîne de magasin de vinyles américaine des années 1970. Il est à l’image de ses acteur.rices : jeune, charismatique, drôle, mélancolique, insouciant, un peu foutraque dans sa virtuosité et terriblement réjouissant, enrobé d’une B.O. explosive.

Auteur·rice

Diane Lestage
J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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