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« Gomorra » – L’ivresse du pouvoir

© Sky Italia / Beta Film

L’épisode final de la série italienne Gomorra au succès international a été diffusé ce 17 décembre 2021. Clap de fin pour ce chef d’œuvre télévisuel. En dix épisodes, les réalisateurs ont terminé l’une des meilleures séries européennes. Retour sur ce récit qui met en exergue l’univers de la mafia.


Gomorra raconte l’histoire de la famille de Don Pietro Savastano, le parrain d’une famille italienne qui contrôle les quartiers napolitains de la Scampia et de Secondigliano. Son fils Gennaro Savastano devra être logiquement son successeur et avoir la responsabilité de gérer le trafic de stupéfiants après sa mort. Le problème est que celui-ci n’a jamais été formé dans ce milieu. Don Pietro, constatant l’incapacité de son fils à hériter d’un tel empire, demande à son homme de main Ciro di Marzio de lui apprendre le terrible système de la mafia.

De prime abord, ce scénario manquerait d’originalité. Les œuvres sur la mafia, ce n’est pas ce qui manque. Or, dans Gomorra, l’image de la mafia diverge totalement des films du 20ème siècle. La principale force de la série est de développer des personnages auxquels on ne pourrait pas s’identifier ni s’attacher. C’est une fiction qui dresse un tableau noir de destins tragiques. La série met en lumière la malveillance radicale des membres de la Camorra. Donc oubliez les costards-cravates du film de Scorsese et Coppola et cette soi-disant « éthique de la rue ». Les réalisateurs.trices de Gomorra mettent en scène la profonde immoralité des mafiosos et leurs effroyables agissements pour parvenir à leurs fins.

 © Sky Italia / Beta Film

Vedi Napoli e poi muori


Outre un scénario imprévisible et des personnages hauts en couleurs, la série nous immerge
parfaitement dans cette ville d’Italie. Entre les klaxonnements des vespas, le bruit ambiant
des rues de Naples, le dialecte et les chansons de chanteurs.ses locaux.les, tout est réuni pour nous plonger
dans cette attirante culture. Bien que la série décide de traiter d’un sujet très controversé qui
pourrait ternir l’image de la ville, la réalisation et le travail esthétique apportent un
autre regard plus positif sur « la capitale du sud ». Naples est implicitement le personnage
principal.

Majoritairement, c’est la dangerosité des rues de la ville qui est mise en avant. Pourtant, la musique, élément omniprésent de l’œuvre, apporte un peu de lumière dans cette noirceur ambiante. Les chanteurs.ses de Naples sont mis.es à l’honneur. Que ce soit la pop napolitaine d’Alessio et Raffaelo ou encore le rap local du groupe Cosang, la série rayonne par sa musicalité. Les scènes nous font jongler entre les douces chansons et les effroyables tirs d’armes à feu. Cette dualité entre beauté et atrocité caractériserait peut-être assez bien la mystérieuse ville.

© Sky Italia / Beta Film

Le souci du réalisme


La série est tirée de l’enquête journalistique de Roberto Saviano. Elle présente, par la fiction, la situation réelle des habitants de la ville et du trafic de stupéfiants. L’œuvre fonctionne comme un documentaire et montre, par exemple, par quels moyens la mafia fait circuler la drogue de la ville vers les pays étrangers. Nous retrouvons, dans la saison 2, un camion transportant des blousons jusqu’à un entrepôt de Bulgarie. Les hommes de main
récupèrent le duvet des vêtements et le brassent ensuite avec de l’eau. Surprise : le duvet était en fait de la cocaïne séchée. Ces méthodes-là s’avèrent être bien identiques à la réalité. Interviewé par le journal Le Monde, Roberto Saviano confirme que la série s’inspire de faits réels.

« Tout ce que montre Gomorra est vrai. »

Le Monde, Roberto Saviano

Il y a de nombreux autres passages comme celui-ci. Le but des scénaristes est de représenter à la fois le trafic local mais aussi international. Les scènes ont été tournées un peu partout en Europe et au Honduras pour mettre en avant le réseau international de la Camorra. La série est à la fois une fiction et un documentaire. Elle transmet une connaissance sur la réalité de la mafia tout en développant le destin tragique de personnages fictifs. Le réalisme de Gomorra crée cette authenticité qui permet au spectateur d’avoir une vraie prise de conscience sur la situation de ces quartiers. On n’est plus dans du simple divertissement : la série aborde un sujet important et montre des scènes terrifiantes par leur cruauté et leur réalisme.

L’argent est roi

L’histoire se concentre sur des personnages qui partagent le même objectif : le pouvoir. Gennaro va essayer de se faire une place dans ce milieu ultra violent. Ciro et lui vont avoir cette amitié presque impossible dans cet univers où la confiance ne peut exister. Gomorra montre que le monde de la criminalité peut rendre n’importe qui inhumain. Seul l’argent compte. Les trahisons et les retournements de situations sont des phénomènes qui font partie de l’essence même de la série. Il s’avère être presque impossible de quitter la mafia en vie. Les saisons se finissent tragiquement et confirment qu’il n’y a pas de place pour l’espoir. Les deux seuls voies possibles sont la prison ou le trépas. Au fond, l’amitié de Ciro et Gennaro aurait pu en être autrement.

On voulait avoir le monde Ciro, mais c’est le monde qui nous a eus.

Gennaro Savastano, Gomorra saison 5

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