LITTÉRATURE

TOP – Les meilleurs livres de 2021

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© éditions Stock - montage de Guillaume Lacoste

Après une année 2020 particulièrement propice à la lecture, la tendance s’est poursuivie cette année. Les membres de la rubrique littérature vous proposent de (re)découvrir les ouvrages qui ont fait 2021. Une sélection largement dominée par les écrivaines, francophones ou non.

Normal People – Sally Rooney

Connell et Marianne sont uniques, comme tout le monde, ce qui les rend «  normaux  ». Pour raconter cette histoire d’amour et de haine 2.0, l’irlandaise Sally Rooney a choisit le récit d’apprentissage. Elle cueille ses personnages jeunes, au lycée pour les faire grandir avec toute la beauté de leur maladresse. Mais plus qu’un énième récit amoureux et mièvre, le roman décrypte des comportements sociaux et individuels avec ironie et finesse. 

Normal People de Sally Rooney, éditions de l’Olivier, 22 euros.

Anaïs Dinarque

Grande CouronneSalomé Kiner

Banlieue parisienne, début des années 90. Tenness’ est au collège et a déjà des rêves plein la tête : quitter le monde fade de la petite classe moyenne pour conquérir l’univers apparemment joyeux et coloré des grandes marques et de la consommation ostentatoire. Une des plus jolies filles du collège lui propose le deal de l’année, des services contre de l’argent. Par service, entendez prostitution. Voilà comment notre héroïne devient Tenness’ (nom de code attribué par le maquereau en herbe qui l’emploie) et se met à masturber les zgegs de ceux qu’elle appelle Les Zgegs contre des billets de cinquante. Un roman d’apprentissage acide et drôle qui raconte parfaitement les errements de l’adolescence.

Grande Couronne de Salomé Kiner, éditions Christian Bourgois, 18,50 euros. 

Emma Poesy

La vérité sur la lumière – Audur Ava Ólafsdóttir

L’autrice islandaise publie cette année son septième roman aux éditions Zulma. Cette fois-ci, son héroïne est une sage-femme – une « mère de la lumière » comme on dit en islandais. Un récit qui mêle les voix et les générations de femmes fortes, figures de leurs sociétés, et qui n’oublie pas, encore une fois la nature. Une peinture poétique du rôle des sages-femmes, mais aussi du cheminement intérieur d’une héroïne qui se dévoile, elle et ses blessures, au fil des pages. Un roman sur la vocation et l’écriture.

La vérité sur la lumière par Auður Ava Ólafsdóttir, aux éditions Zulma. 19,50 euros.

Camille Gho


Un été exceptionnel – Anne Donguy

Premier roman d’Anne Donguy, il est couronné du Prix Révélation Littéraire Matmut 2021. Un été exceptionnel c’est l’histoire d’une femme, Alma, qui se bat contre la maladie. Mais pas la sienne : celle de son fils. Face à l’avalanche de mauvaises nouvelles, à la froideur des hôpitaux, elle se raccroche à la résilience de son fils et à la beauté de la nature. Un récit poignant, dont les angles sont adoucis par les descriptions poignantes de cette nature.

Un été exceptionnel de Anne Donguy, éditions Denoël, 18 euros.

Camille Gho

État des lieux – Déborah Lévy

Après Ce que je ne veux pas savoir et Le coût de la vie (quel art des titres !), État des lieux est le dernier ouvrage de la trilogie d’une « autobiographie en mouvement » de Deborah Levy. Partie vivre à Paris après le départ de sa dernière fille, elle médite sur ce que sont les lieux que l’on habite et la manière dont ils nous poursuivent. Après avoir découvert l’existence du ranch au Nouveau-Mexique dans lequel se retire Georgia O’Keeffe pour vivre et travailler, elle se laisse aller à la rêverie d’une future maison imaginaire qui donnerait sur un plan d’eau pour pouvoir nager et qui aurait un grenadier dans le jardin. Elle nous parle, au fil des pages, de son petit bananier resté dans son appartement à Londres, de Marguerite Duras, de ses draps de soie couleur curcuma, des contrariétés amoureuses de son tendre ami, de la question de la propriété.

État des lieux de Déborah Lévy, éditions du Sous-sol, 18 euros.

Marie Viguier

Le goût du moche – Alice Pfeiffer

Le goût du moche est avant tout un objet d’art, d’aussi mauvais gout qu’on peut imaginer. Des mélanges de couleurs interdits par les prescripteurs du Beau, un oubli provocateur de justification des lignes et des dessins d’un kitsch indescriptible. Un livre qui crie «  m’as-tu vu ?  ». Alors oui, on t’a vu et on t’adore. Évidemment et comme toujours, les analyses et références variées d’Alice Pfeiffer dont on raffole. Entre mode, sociologie et pop culture, voici un livre incontournable de l’année, sans aucun goût doute.

Le goût du moche d’Alice Pfeiffer, Flammarion, 18 euros.

Léa Tanchot

Aussi riche que le roi Abigail Assor

À Casablanca, deux mondes se font face et ne se rencontrent jamais, comme deux lignes parfaitement parallèles. D’un côté, le monde de Sarah, jeune fille de la classe moyenne basse – suffisamment riche pour ne pas vivre dans les ghettos mais pas assez pour ne pas habiter juste en face de ces derniers. De l’autre, celui de Driss, des villas flamboyantes et de ceux qui n’ont pas besoin de marcher dans la rue parce que des employés les conduisent partout. Mais Sarah est plus hargneuse que le déterminisme social, alors elle décide qu’elle se mariera avec Driss, fera tout pour que ça arrive. Abigail Assor dépeint avec ce formidable premier roman une société marocaine sclérosée par ses inégalités. Son héroïne – malicieuse et fière – nous accompagne longtemps après avoir refermé le livre.

Aussi riche que le roi de Abigail Assor, paru en janvier 2021 aux éditions Gallimard, 18 euros.

Emma Poesy

Dating fatigue – Judith Duportail

Les femmes et les hommes peuvent-ils encore se comprendre ? Après avoir longuement enquêté sur les mécaniques profondément misogyne de Tinder, la journaliste Judith Duportail, qui a enchaîné les rendez-vous amoureux, se demande encore comment ces rencontres peuvent continuer à l’être, justement, des rencontres. Que disent ces rendez-vous amoureux accumulés et aussitôt oubliés dans lesquels nous essayons de nous vendre coûte que coûte de notre époque ? L’autrice ramène le genre de la narrative non-fiction en France et propose une réflexion passionnante, qui saisit avec justesse l’air du temps.

Dating fatigue de Judith Duportail, éditions de l’Observatoire, 18 euros. 

Emma Poesy

Les dents de lait – Hélène Bukowski

Premier roman allemand paru à la rentrée littéraire d’automne, Les dents de lait se lit comme un conte post-apocalyptique, peuplé de sorcières et de traditions archaïques. Impossible à dater ou à situer, le récit emporte le lecteur dans une aventure risquée, à la poursuite de trois figures féminines tantôt noyées dans leurs émotions, tantôt relevant fièrement le menton face à leurs adversaires.

Les dents de lait, de Helene Bukowski, paru chez Gallmeister, 22,40 euros.

Camille Gho

Réinventer l’amour – Mona Chollet

C’était peut-être l’essai le plus attendu de l’année. Alors que les penseuses féministes étaient de plus en plus nombreuses à se demander comment concilier leur engagement féministe et leur désir de liberté souvent contraint par leur vie conjugale, Mona Chollet s’est emparée du sujet. Dans un essai clair, aux références multiples, l’autrice apporte un éclairage nouveau sur le sujet. À mettre entre toutes les mains.

Réinventer l’amour   : comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles de Mona Chollet, éditions Zones, 19 euros. 

Emma Poesy

Notre colère sur vos murs – Collage Féminicides Paris

Avant d’apparaître noir sur blanc sur les murs du monde entier, les messages féministes ont pris racine en France. Mêlant témoignages et analyses historiques le livre du collectif Collages Féminicides Paris (CFP) retrace cette genèse en donnant avant tout la parole aux concerné·e·s. Au cœur de ce mouvement de désobéissance civile c’est le «  nous  » collectif qui raconte, accompagné des photographies de Tay Calenda et Léa Michaëlis. Un livre nécessaire pour que les messages par nature éphémères qui s’affichent sur les murs de nos villes et leur raison d’être restent dans nos bibliothèques et nos mémoires.

Notre colère sur vos murs de l’association Collage Féminicides Paris, éditions Denoël, 24,90 euros.

Anaïs Dinarque

Travailler moins pour vivre mieux – Céline Marty

Un titre volontairement aguicheur pour un livre qui a vocation à ouvrir le débat. Inspiré de sa thèse consacrée à la philosophie du travail, la philosophe et écrivaine Céline Marty montre avec intelligence comment le travail et l’utilitarisme capitaliste se sont immiscés dans toutes les strates de nos existences. Avant de nous proposer des solutions concrètes pour déconstruire ces réflexes bien ancrés. Un essai intelligent et nécessaire, d’autant plus nécessaire que nos manières de travailler sont intrinsèquement liées aux crises sociales et écologiques qui nous agitent et menacent de s’amplifier.

Travailler moins pour vivre mieux de Céline Marty, éditions Dunod, 17,90 euros.

Emma Poesy

Les fruits tombent des arbres – Florent Oiseau

Michel Butor nous invitait à un voyage en train le siècle dernier, en 2021 Florent Oiseau nous a proposé un voyage en bus. Le bus de la ligne 69 qui parcourt Paris et les petits événements de la vie ponctuelle. Les Fruits tombent des arbres, un vrai coup de cœur littéraire de l’année. Un petit souffle de vrai et de réalisme qui donne envie d’ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure.

Les fruits tombent des arbres, de Florent Oiseau, Allary éditions, 17,90 euros.

Léa Tanchot

Trajectoire de femme – Erin Williams

Dans un roman graphique sobre, Erin Williams raconte sans fard ses propres batailles contre l’addiction à l’alcool, et les traumatismes qui ont enclenché cette dépendance. Elle raconte aussi comment, par l’accomplissement professionnel, le travail et le dessin, comment elle s’en est sorti. Un récit-hommage à ceux et celles qui l’ont entourée, et dont la lecture fait du bien, dans une société où les addictions sont cachées et honteuses. Même lorsqu’elles apparaissent comme mécanismes de défense après des traumatismes grave. Un récit, au fond, plein d’espoir.

Trajectoire de femme (Journal Illustré d’un combat), Erin Williams, Massot Éditions. 26 euros.

Camille Gho

Féminismes & pop culture – Jennifer Padjemi

Quelle relation existe entre féminisme(s) et pop culture ? C’est à cette question que tente de répondre la journaliste française à travers son ouvrage. Une belle exploration de la pop culture moderne et de ses enjeux, même si forcément, elle reste américano-centrée. Capitalisme, intersectionnalité et inclusivité, tout y est discuté et surtout précisément illustré. De Kim Kardashian à Grey’s Anatomy en passant par les opérations marketing de Dior, l’essai est riche d’informations, mais se lit facilement.

Féminisme & pop culture de Jennifer Padjemi, éditions Stock, 20,50 euros.

Camille Gho

Et tes parents, ils font quoi ? – Adrien Naselli

«  La société n’est pas une loterie.  » L’affirmation prête à sourire mais a le mérite de rappeler l’importance des classes sociales – et à fortiori, du métier qu’exercent nos parents – dans nos trajectoires individuelles. Dans cette enquête, le journaliste Adrien Naselli essaie de percer à jour les logiques qui sous-tendent les parcours des transfuges de classe en interrogeant les parents d’une douzaine d’entre eux. Un essai passionnant qui met un sérieux coup de pied dans nos certitudes et notre vision toute française du mérite républicain.

Et tes parents, ils font quoi   ? Enquête sur les transfuges de classe et leurs parents, Adrien Naselli, éditions Jean-Claude Lattès, 19 euros.

Emma Poesy

Emma Poesy
Journaliste

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