SOCIÉTÉ

Nouvelle-Calédonie : un troisième referendum au coeur de nombreuses divisions

Notre-Dame-de-L'Assomption sur l'Île des Pins en Nouvelle-Calédonie

La 12 décembre 2021 se tiendra le troisième et dernier référendum d’autodétermination prévu par la loi en Nouvelle-Calédonie. L’ultime consultation pour l’indépendance porte des enjeux majeurs, qui questionne le futur des relations de l’archipel avec la France. 

« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » Après deux « non » en 2018 et en 2020, la question se posera une dernière fois pour les calédoniens dans quelques semaines. Au mois de juin 2021, le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a réuni les principaux élus calédoniens, indépendantistes et loyalistes, afin de discuter de la date de ce prochain référendum. La semaine de discussions n’a pas abouti à un consensus clair, les indépendantistes réclament un report du vote à 2022, au vu de la crise sanitaire ; les loyalistes, eux, défendent une tenue du référendum des plus rapides. 

Après des années de négociations et d’épisodes de violences sur la question de l’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie, l’État français et les autorités calédoniennes sont arrivées à établir un processus de décolonisation. En 1998 sont signés les accords de Nouméa. Le texte prévoit la possibilité d’une consultation populaire grâce à un référendum pour que les calédoniens puissent exprimer leur volonté d’indépendance ou au contraire de rester rattacher à la France. En cas de victoire du « non », trois référendums étaient alors possiblement prévus avant de dessiner le futur de l’île. 

Le vote qui se déroulera prochainement sera le dernier et représente donc un enjeu essentiel dans ce long chemin de l’autodétermination. Le gouvernement se devait d’annoncer rapidement une date afin de prévoir la sortie des accords de Nouméa, la question était de savoir si le vote aurait lieu avant ou après la campagne présidentielle à venir. Après avoir présenté les conclusions des nombreuses discussions en conseil des ministres, Sébastien Lecornu a annoncé la date tant attendue : le 12 décembre 2021.

Une date qui a surpris de nombreux indépendantistes, au vu de la crise sanitaire et économique que traverse la Nouvelle-Calédonie ces derniers mois, tel que le FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) qui estime que l’archipel est en temps de deuil et qu’il est donc impossible de réaliser une « campagne équitable ». Près de 280 morts sont à déplorer sur l’île depuis septembre. De plus, c’est près de 448 millions d’euros que la Nouvelle Calédonie a dû emprunter à la France depuis 2020 pour faire face aux conséquences de l’épidémie.

Une coalition de partis indépendantistes s’est alors formée, appelant au boycott et à la non participation au référendum. Des menaces qui rendrait alors le résultat illégitime et sans véritable sens. Le parti Eveil océanien dénonce un « non sens politique ». Louis Mapou, président indépendantiste du gouvernement collégial de Nouvelle-Calédonie a annoncé sa volonté de ne pas reconnaître le résultat et de le contester devant les Nations Unies après plusieurs mois de réclamations pour reporter le vote en vain. Charles Washetine, porte-parole du Parti de libération kanak, va dans le même sens.

«  Cette décision ( … ) s’apparente à une véritable déclaration de guerre contre le peuple kanak et les citoyens progressistes du pays »

Charles Washetine, porte parle du Parti de libération kanak 

Ces partis dénoncent tous un pari politique risqué de la part de l’Elysée, accusant le président Emmanuel Macron de vouloir éloigner la question calédonienne de la campagne présidentielle de 2022. Cette date controversée du 12 décembre est vue comme une imposition de la part du gouvernement français afin de préserver ses intérêts dans le Pacifique. Ceux-ci sont nombreux, autant économiques que géopolitiques ; la France aurait donc tout intérêt de garder le territoire ultramarins à ses côtés.

Du côté des partis loyalistes, opposés à l’indépendance, le maintien de cette date est fortement soutenu. Ils estiment que la situation sanitaire est favorable et appellent donc leurs sympathisants à participer au référendum, afin de mettre fin à de nombreuses années d’incertitudes. En effet, ce troisième vote, en mettant fin aux accords de Nouméa, signe également la fin de toutes les dispositions provisoires mises en place. Le résultat à venir, quel qu’il soit, supposera pour la France de redéfinir la place, l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Pour les partis loyalistes, ce vote représente donc un espoir d’aller de l’avant pour la politique de l’archipel.  

L’autodétermination en Nouvelle Calédonie : source d’incertitude depuis 30 ans  

Le 13 septembre 1987 se tenait le premier référendum d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie, lui aussi boycotté par les populations kanak, ne reconnaissant pas son utilité. Résultat, plus de 98 % des votes sont pour le maintien au sein de la république. Aveuglément, le gouvernement français conclut que les calédoniens ne souhaitent pas l’indépendance, ne prenant donc pas en compte le peuple kanak. Un dialogue de sourd s’installe et un climat de tension se fait ressentir sur l’archipel. S’ensuivirent des mois de protestations et de mobilisations des indépendantistes qui ont conduit au sombre épisode de la grotte d’Ouvéa. Au mois d’avril 1988, après une prise d’otages de gendarmes par des partisans du FLNKS, un affrontement éclate avec le GIGN. Des scènes de combats très violentes font vingt-et-un morts, dont deux otages. 

Cet événement a servi d’élément déclencheur aux négociations entre la Nouvelle Calédonie et l’Elysée. Après quelques semaines les autorités de chaque territoire se sont accordées en signant les accords de Matignon, prévoyant  un scrutin d’autodétermination à réaliser dans les dix ans. Bien que la situation actuelle puisse paraître similaire à celle de 1987, elle ne tend pas à déclencher des mois de violences comme cela a été le cas. En effet il n’y pas une volonté insurrectionnelle des partis indépendantistes. Ceux-ci n’ont pas l’intention d’empêcher l’organisation du vote, conscient que le futur entre la France et la Nouvelle-Calédonie est indispensable et doit donc être préservé. 

Au cours de ces trente années de négociations et de compromis, la France est également apparue comme une aide précieuse en Nouvelle-Calédonie, une aide dont l’archipel ne semble pas avoir, actuellement, la capacité de se passer. C’est pour cela que les partis indépendantistes défendent la position du « non, pas maintenant », afin de préserver leurs volonté d’indépendance tout en sachant que celle-ci n’est pas réalisable pour le moment.

On dit ‘non pas maintenant’ car nous n’avons pas actuellement la capacité d’assumer nos souverainetés

Milakulo Tukumuli, président du parti indépendantiste Eveil Océanien

Quel avenir pour les relations entre l’État et la Nouvelle-Calédonie ?

Historiquement liés depuis la colonisation française, les deux territoires ont construit des relations qui pourraient être redéfinies par ce prochain référendum. Mais l’incertitude semble planer au-dessus de la situation actuelle. Quel que soit le résultat, le gouvernement français devra articuler sa relation avec le territoire ultramarin dans un contexte social fragile dans de nombreux domaines comme l’éducation, la santé, l’emploi ou encore la sécurité.

L’archipel a été fortement impacté par la crise du Covid-19, économiquement avec la baisse du tourisme qui est une des principales sources de revenus, mais aussi avec une hausse du chômage importante. La crise sanitaire a également mis en lumière une crise de matériel et de personnel dans les hôpitaux. 

Malgré cette situation complexe, la France a elle aussi tout intérêt à conserver ses relations avec la Nouvelle-Calédonie. Le Pacifique est une zone géopolitique essentielle. L’archipel représente des intérêts stratégiques, autant économiques, en terme de commerce maritime, que géopolitique, par sa place de relais avec de grande puissances comme l’Australie ou la Chine. Surtout quelques mois après la crise des sous-marins entre Paris et Canberra.

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