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[MaMA Festival] Rencontre avec PPJ – « S’il y a pleins de parfums différents dans la boîte de chocolat, on essaie d’avoir plusieurs fois le même parfum »

PPJ au MaMa Festival © Leelou Jomain

Dans le cadre du MaMA Festival, l’équipe de Maze s’est rendue sur place pour rencontrer les artistes qui nous tenaient à coeur. Le temps d’un échange, nous avons pu partager un petit moment avec les artistes à l’emploi du temps chargé.

Autour d’une petite table de café du 10ème arrondissement de Paris, nous avons échangé avec Paula, Povoa et Jerge au sujet de leur nouvel EP et de leur concert dans le cadre du MaMA Festival.

Les trois amis ont formé le groupe électro-pop PPJ autour d’une esthétique sucrée, colorée et énergique, comme une baignade sur une plage de la côte brésilienne. Ils viennent tout juste de sortir le deuxième EP Sonho et sont passés du côté du MaMA Festival le 13 octobre dernier. Nous les avons rencontré une semaine avant le festival un après-midi autour d’un café.

PPJ au MaMa Festival © Leelou Jomain

L’acronyme comme nom de groupe, pourquoi ce choix ?

Povoa : Pour que ce soit plus simple à retenir, tout simplement. La prononciation est difficile : Paula Povoa Jerge, il y a beaucoup de gens qui n’y arrivaient pas. Et puis on aime Paula Povoa Jerge, on veut que ça reste malgré tout.

Jerge : On a déjà eu des commentaires comme « oh c’est trop long à retenir », c’est un peu business, mais il n’y avait pas de compte Spotify qui réunissait tous nos noms.

Povoa : Et on a entendu pleins de surnoms, on m’a appelé Pavao, Paolo…

Paula : On a vraiment voulu que ça reste notre identité, et que ça reste nous trois, une bande de potes, sans se perdre dans un nom ou dans un concept, le concept c’est que c’est nous.

Jerge : On aurait pu s’appeler Los locos, Los Brazilos, mais juste raccourcir et prendre la première lettre de chaque prénom, c’était le bon compromis de former un mot, et savoir que ça veut dire un blaze.

Paula : Ça s’est fait tellement spontanément, on testait dans nos têtes et spontanément c’était juste nous trois.

Jerge : Quand j’ai fait un rendez-vous solo, il [le manager] m’a dit « bah voilà, le disque est prêt à sortir, ça sera Paula Povoa et Jerge, PPJ ».

Povoa : En tout cas on tient à ce que les deux apparaissent, Paula Pova Jerge et PPJ, c’est important. C’est pour ça aussi que dans le logo il y a les lettres et les noms en dessous.

Et puis ça rend bien avec les petits yeux et le sourire…

Paula : Oui on voulait un truc mignon, cute, malicieux, un truc qui nous ressemble, séducteur aussi.

Povoa : On est les yeux [Jerge et Povoa] et elle [Paula] c’est le sourire.

Logo PPJ Crédit DDDXIE

Comment vous êtes-vous rencontrés tous les trois ?

Jerge : Dans l’ordre j’ai rencontré Povoa en premier et séparément Paula. On est sur un bail entre 8 et 12 ans. Ils s’étaient déjà rencontrés à Paris il y a quelques années.

Povoa : On était tous les deux à l’étranger. Elle était au Brésil, j’étais en Italie et on se croisait.

Paula : On s’est croisé à travers Jerge. On est tous de Lille, moi je suis née au Brésil mais j’ai grandi chez les Ch’tis. C’est Jerge qui nous a réuni Povoa et moi, lors d’un rendez-vous manqué. On avait rendez-vous à trois et en fait on s’est juste retrouvé à deux avec Povoa à Paris alors que ni l’un ni l’autre n’y habitait. On se connaissait pas et du coup on a passé toute la journée ensemble en allant au Palais de Tokyo. On s’est découvert comme ça. Toi tu travaillais sur une track, on travaillait à distance.

Povoa : Ouais on avait fait un son.

Paula : Qui est devenu Sua boca.

Povoa : J’ai fait des morceaux avec Jerge, j’ai fait des morceaux avec Paula, Paula a fait des morceaux avec Jerge.

Jerge : Comme le titre Não Sei.

Povoa : Il y avait déjà eu des connexions, mais jamais les trois en même temps.

Jerge : J’avais déjà utilisé les vocaux de Nao Sei sur un titre à moi, qui squattait dans un tiroir. Ces deux titres là ont été fini ensemble mais l’envoi des voix était par mail, à distance.

Paula : Jerge et moi on a vécu ensemble dans la même maison à Lille. J’ai commencé à faire de la musique avec un producteur DieDerDas et on se faisait écouter nos trucs mais lui était dans Bodybeat, j’allais à tous les lives, j’étais au premier rang en train de sauter partout, une grande fan. Et puis j’allais vivre avec le bassiste de Bodybeat et là on a commencé à mixer, à se faire écouter des trucs, il a rejoint le projet que j’étais en train de démarrer et là s’en est suivi une grande amitié, des concerts, des lives, des découvertes. Même encore aujourd’hui on hallucine encore un peu.

Jerge : Avec ce premier groupe, le producteur et tous les autres formaient Tango Tango.

Paula : Quand on vivait ensemble, je ne savais pas qu’on allait vivre autant de temps ensemble, et j’adore.

Jerge  : Je pensais qu’en amitié j’étais au complet mais il y avait de la place pour elle.

Paula : Et là ça commence à faire une longue histoire…

Jerge : …d’amour !

Paula : Comme on a été confiné ensemble, on se kiffe de ouf. Son père [à Povoa] habite en Normandie et puis la veille du confinement, il nous a invités.

Et c’est là où vous avez composé votre premier EP ?

Povoa : Les deux, on a tout fait là bas.

PPJ au MaMa Festival © Leelou Jomain

C’était une atmosphère vraiment unique, de vous retrouver tous les trois pour composer ?

Jerge : Une ambiance de fin du monde, le premier lockdown était apocalyptique, le deuxième moins.

Paula : On a eu beaucoup de chance il faisait super beau, c’était le printemps, on avait des animaux, on avait Pascal, le papa de Povoa, adorable. On n’a jamais mangé la même chose.

Jerge : A l’extérieur, en ville, le monde s’était arrêté, l’industrie de la musique était morte. En temps normal ça stimule que tout bouge autour de soi mais là ça nous a servi de savoir que personne n’était sur la ligne de départ.

Paula : Et puis quand tu as du temps, tu es très productif, on était pas stressé, c’était permis de prendre ce temps là et personne nous attendait.

Jerge : Moi je bossais stressé sur des projets à moi avant le confinement, j’ai vu la différence.

Paula : Et toi Povoa qu’as-tu pensé de ce moment avec nous ?

Povoa : C’était bien.

Vous avez tous les trois d’autres projets, comment ces projets s’articulent autour de PPJ ?

Povoa : C’est pas trois projet qui s’unisse pour faire PPJ, c’est un projet autour duquel on se réunit autour et ce qu’on fait à l’extérieur c’est autre chose. Il y a forcément de nous, ce n’est pas le style de Povoa, plus le style de Jerge plus le style de Paula.

Paula : On discute vachement quand on fait de la musique, on se met d’accord.

Jerge : Parfois on amène des bases chacun de notre côté qu’on fait écouter aux autres et moi quand je bosse une base, le fait de savoir que c’est pour le groupe et qu’il y aura sa voix dessus, ça ne me fait pas du tout composer de la même manière que si je faisais un truc pour moi. Sans parler de si c’est plus dur ou plus facile mais c’est juste que j’ai un mode activé.

Povoa : C’est rigolo parce qu’on ne fait pas la même musique chacun de notre côté. C’est seulement quand on est ensemble qu’on a cette énergie.

Paula : Je fais parfois des choses avec Povoa et parfois avec Jerge. Je travaille avec d’autres personnes aussi. Mais ce que je préfère c’est PPJ.

Pour toi c’est vraiment le groupe central ?

Paula : C’est ce qui tourne, c’est ce qui demande le plus d’énergie, c’est ce qui est le plus regardé en ce moment, c’est ce qui nous demande le plus de travail. Après moi je travaille sur des featuring. Povoa a son projet Jerge a son projet, moi j’ai pas vraiment de projet Paula, je suis invitée à participer à des tracks.

Pochette de l’EP Sonho Crédit photo : Raquel San Nicolás

D’où viennent tes inspirations pour les paroles ?

Paula : Une émotion qui est décrite. Comment j’ai trouvé ces paroles ? C’est simple pour Primavera c’était le printemps, le bourgeonnement, le renouveau, aussi bien perso que la nature. Pour le deuxième EP Sonho, c’est le rêve, le rêve qui nous arrive à tous. « Sonho com tu » ça veut dire « J’ai fait un rêve avec toi », ça peut être une déclaration d’amour, hyper sentimentale, mais ça peut être se permettre de rêver avec PPJ. C’est permis de rêver à des trucs ouf et au final ça nous arrive et c’est chouette. Dois chicos ça parle de ces deux mecs là [en pointant Jerge et Povoa], de la traversée de l’Atlantique. En fait mes paroles parlent de mes histoires, de mon intime, de mes folies, de mes angoisses, de la nature, du Brésil et de la France.

Pourquoi avoir choisi de chanter en portugais-brésilien ?

Paula : C’est venu spontanément, parce que déjà dans mon ancien groupe je chantais en portugais. Je revenais tout juste du Brésil quand j’ai retrouvé les gars, du coup j’avais encore le portugais qui était très frais. Même pour moi c’est important, le Brésil ça me manquerait vraiment très fort si je n’avais pas ce projet et que je ne chantais pas en portugais. C’est comme continuer à faire vivre le Brésil en ayant ce projet là. C’est un exutoire. Pour l’instant c’est en portugais, il y a des choses en français que je suis en train de préparer. Je ne sais pas si ça va être du PPJ. C’est un peu dans l’air, ça plane, j’aime écrire en français et en portugais. 

PPJ au MaMa Festival © Leelou Jomain

Qu’est ce que vous souhaitez véhiculer à travers votre musique ?

Paula : Le bonheur.

Povoa : Déjà que ça fasse danser. « French chic music » on aime bien montrer qu’on est vraiment des amis en dehors.

Jerge : Il y a des projets qui sont montés de toutes pièces, je te parle même pas des boysband où c’était clairement des castings, mais il y a des entre deux et c’est plus courant. Ce sont des gens qui font de la musique depuis un moment et qui se rencontrent et puis ils font un projet et tout le monde a son bagage solide et ils se découvrent à travers un projet. Nous on a eu la chance de nous connaître avant. C’est ça le kiffe c’est que l’amitié grandit depuis qu’on joue ensemble. On l’était déjà fortement avant et c’est pour ça qu’on a pu faire la musique qu’on a fait. Plutôt que trois personnes qui se connaissent vite fait et qui auraient les même conditions.

Povoa : On a envie de jouer avec ça, comme on sait qu’on s’entend très bien, on a envie de s’appuyer sur ça, parce qu’on a une énergie qui porte le projet.

Paula : On adore danser, on adore aller en club, on adore faire la fête ensemble. Et le truc c’est de rester le plus naturel possible, danser, positiver. Si on a une émotion triste, eh bien dansons sur la tristesse !

Povoa : C’est pas que positif.

Paula : Oui en tout cas le plus authentique, le plus proche de la vérité. Par exemple, dans les sonorités de Sonho, ce n’est pas forcément positif mais c’est vrai.

Jerge : La mélancolie c’est la beauté de ce qui est triste. C’est pas négatif la mélancolie.

Paula : C’est ça qu’on a envie de partager et puis de pouvoir danser sur ses émotions.

Et puis même dans votre esthétique, par exemple dans le clip Primavera, il y a un côté vraiment enfantin, très pop…

Povoa : Quand on dit vérité, enfantin ça va un petit peu ensemble, y’a un côté naïf, vulnérable. Ça traverse un peu les morceaux.

Paula : C’est ça c’est l’enfance, le jeu, on est toujours en train de jouer entre nous.

Jerge : Ah ouais les batailles de polochons là ! 

[rires]

Paula : Non mais on se fait tout le temps des vannes, on habite vraiment juste à côté à Paris.

Donc même dans la vie de tous les jours vous avez cette énergie ?

Paula : Oui voilà, là c’est juste nous en train de faire de la musique, mais on est pas différent.

Vous dites ne pas avoir de limites dans le style musical, est ce que vous n’avez pas peur de vous perdre ?

Povoa : Il n’y a pas de limite de style, si on a envie de faire quatre tracks pareil on fera quatre tracks dans le même style musical.

Jerge : On est au début d’un disque, deux remix et deux fois quatre titres, c’est la pointe de l’iceberg. On sait qu’on pourrait en faire pleins des comme ça, pour l’instant ils ne sont qu’en un exemplaire. On s’est un peu amusé à faire des morceaux en ce moment qui répondent à des morceaux qui sont déjà sortis pour avoir un titre cousin parce qu’on pense live, on pense setlist, on pense intensité. S’il y a pleins de parfums différents dans la boîte de chocolat, on essaie d’avoir plusieurs fois le même parfum.

Povoa : Même s’ils n’auront jamais le même goût.

Jerge : C’est jamais trop, tant que c’est la même personne qui chante dessus 

Paula : Ça crée le lien, l’histoire se déroule sur différents tableaux. 

Jerge : Et puis elle, ça lui permet de se mettre dans plusieurs mood. 

Povoa : On utilise pas forcément que la voix de Paula, on utilise des sonorités qu’on retrouve, on utilise les mêmes machines. Malgré tout on utilise les mêmes synthés, on fait tous les styles avec des sons similaires y’a quand même un lien qui se crée.

Paula : Après on fera pas un style qu’on déteste vraiment. Je ne vois pas ce qu’on déteste vraiment…

Jerge : Parfois on est dans un Uber ou on écoute une playlist et il y a un titre qui n’a rien à voir avec nous, on se dit « trop bien, ça serait bien d’avoir un peu de ce sel là sur notre style. » Clairement là on pourrait faire un titre trap, on adore la trap, on danse dessus, on picole dessus, on fait la fête dessus, on pourrait se dire « vas y on fait de la trap ».

Paula : Notre musique est teintée de ce que l’on écoute, de ce qu’on aime. Même un reggae, c’est un peu aussi les musiques que j‘emporte en voyage. Je ressens ça aujourd’hui ou je pars à Ibiza, tiens je vais écouter ça de PPJ ou je pars en Norvège, tiens ce son là il est mieux pour la culture locale.

Jerge : On y pense jamais, mais inconsciemment on espère qu’à terme ce soit acquis dans le cerveau des gens que ce projet là c’est comme ça. Ca serait trop cool que d’ici 2-3 ans on se dise « ah c’est quoi la prochaine sortie, qu’est ce qu’ils vont nous faire ? ». Par exemple, Phoenix j’adore ça reste toujours du Phoenix mais y’a toujours un petit truc différent. Par exemple Philippe Katerine fait des trucs complètement barrés, dans tous les sens, genre de la trap avec Lomepal et des trucs disco et ça reste Philippe Katerine parce que c’est la même personne.

Povoa : On ne risque pas de se perdre grâce à ça.

Paula : Et puis on se découvre.

Jerge : Ce n’est que des essais qui s’enchaînent. Y’a jamais de vrai « ah ouais ça c’est le son de PPJ ». Là on commence à mélanger les styles il y a des morceaux où elle ne fait que parler, des morceaux où elle ne fait que chanter pour l’instant et puis des expériences comme par exemple sur Bora où elle se met à parler en plein milieu du titre. Que ça soit un bout de chocolat blanc et un bout de chocolat praline et qu’à la fin ça fasse un chocolat unique.

Très belle comparaison avec le chocolat, j’apprécie.

Povoa : La bouffe c’est important

Jerge : Dans la vie y’a la bouffe, le sexe et… les promenades. Parce qu’entre 5 secondes et 1min23 t’as fait 100 mètres et il s’en est passé des trucs.

[rires]

PPJ au MaMa Festival © Leelou Jomain

Comment ça se passe la reprise du live et de performer devant des vraies personnes qui dansent devant vous ?

Jerge : Entendre sa propre musique fort, parce que nous on a mixé les titres sur des petites enceintes au casque, déjà premier kiff.

Paula : Et puis se mettre en condition, debout.

Povoa : Et puis voir les gens qui dansent, on ne ressent pas du tout les morceaux de la même façon, par empathie on est avec le public, même nous on l’entend différemment. 

Paula : J’adore la scène, choper l’énergie des gens, avoir les retours. On se construit, on se solidifie. Plus on fait de live, plus on capte notre force. Le voyage et l’itinérance jusqu’au lieu du live, découvrir les différents publics, on est vraiment curieux de ce que ça va donner sur l’Europe. C’est un rêve comme L’EP, Sonho. Au moment où on parle de ça, le soleil arrive ! 

Jerge : Sur la scène, c’est la fête.

Paula : Et même si le public n’y est pas, on fait la fête à nous trois

Jerge : Parfois sur quelques secondes je n’ai rien à faire, du coup je danse.

Paula : On s’amuse quoi, c’est encore ce truc enfantin, le jeu.

Et puis comme dernière question, cette interview est en rapport avec le MaMA Festival, qu’est ce que vous attendez du MaMA et qu’est ce que ça représente pour vous ?

Paula : Avant je ne connaissais pas le MaMA Festival

Jerge : Moi je l’ai fait il y a 10 ans.

Paula : Nous on nous a dit « vous jouez au MaMA » donc cool une date à Paris. On nous a dit attention, c’est un festival de pro.

Jerge : C’est comme le salon de l’agriculture sauf que nous là on est les vaches.

Paula : Non mais on va s’amuser, en plus on joue à Paris et il y a des gens cool qui vont nous voir, il y a des gens qui ont hâte de nous voir. Qu’est ce que ça représente ? Ça a l’air de représenter beaucoup, plus on expose notre travail plus on se connecte avec des gens.

Jerge : on tient un espèce de « stand » de 45min. 

Povoa : On va pas jouer différemment qu’ailleurs, on va s’amuser, on est content. 

Jerge : Quitte à combler l’ambiance qu’il y aurait moins que d’habitude parce que justement ce n’est pas un truc festif, on va pas overact.

Paula : Après on a pleins d’amis qui sont maxi chauds !

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