CINÉMA

« A Perfect Enemy » – Meilleure ennemie

A Perfect Enemy
© Koch Films GmbH

Troisième long-métrage du cinéaste espagnol Kike Maíllo (Eva, Toro), A Perfect Enemy est un thriller fascinant autour des faux-semblants, porté par le tandem Athena Strates / Tomasz Kot. En prime, l’une des meilleures adaptations d’un roman d’Amélie Nothomb au cinéma.

On pourrait dire qu’il s’agit d’une gageure. Adapter un ouvrage d’Amélie Nothomb pour le grand écran n’a rien d’une sinécure. De la trentaine de romans de l’écrivaine belge, seule une toute petite poignée ont eu les honneurs d’une adaptation pour le septième art. Mais d’honneur, seul Stupeurs et Tremblements d’Alain Corneau (2003) peut véritablement se targuer d’en avoir.

Dans les autres cas, il convient au mieux de parler d’adaptation passable comme ce fut le cas avec Tokyo Fiancée de Stefan Liberski en 2014 (d’après Ni d’Ève, ni d’Adam) ou, au pire, de ratage complet à l’image d’Hygiène de l’assassin de François Ruggieri en 1999 (malgré le duo de choix Jean Yanne / Barbara Schulz). Il faut donc être particulièrement sûr de soi lorsqu’il s’agit de porter un roman d’Amélie Nothomb sur grand écran. Et de l’assurance, le réalisateur espagnol Kike Maíllo n’en a assurément pas manqué avec A Perfect Enemy, sa version filmée du mythique Cosmétique de l’ennemi, paru en 2001. 

Jeu de dupes

Comme souvent chez la romancière aux chapeaux, il va être question d’un long échange entre deux personnages que tout oppose. Dans le hall de l’aéroport de Roissy, se rencontrent ainsi Jeremiasz Angust (Tomasz Kot), architecte polonais à la renommée internationale qui vient de donner une conférence à Paris et Texel Textor (Athena Strates), une jeune femme aussi envahissante que mystérieuse. Ce qui commençait comme un dialogue badin entre ces deux êtres aux antipodes va rapidement se transformer en un féroce jeu de dupes. Car Texel Textor n’est pas l’ingénue qu’elle prétend être. Et surtout, Jeremiasz Angust est un homme aux multiples secrets dont certains vont remonter à la surface…

A Perfect Enemy est un film envoûtant, dès les premières secondes. Plus précisément, dès le générique, aussi esthétique que troublant où l’abstraction va être reine. Comme le spectateur le comprend alors instantanément, les repères vont être brouillés et pour que le film soit totalement apprécié, il faudra accepter de se perdre et de se laisser aller au gré des fausses pistes.

Plusieurs scènes vont se répéter mais avec des points de vue différents et des données inédites à chaque fois. Bien malin sera celui qui, comme les personnages qui évoluent devant lui, pourra avoir un coup d’avance. Qui est bon  ? Qui est mauvais  ? L’une des grandes qualités du film de Kike Maíllo est de ne jamais tomber dans une quelconque binarité. Les faux-semblants sont nombreux et le suspense est savamment préservé jusqu’à la fin et l’ultime plan qui, assurément, promet de rester dans les esprits.

Pour donner corps à ces personnages des plus «  nothombiens  », Kike Maíllo s’est appuyé sur un casting international. L’énigmatique Jeremiasz Angust a les traits émaciés de l’acteur polonais Tomasz Kot (Cold War) tandis que Texel Textor prend vie grâce à la révélation sud-africaine Athena Strates. À leurs côtés, notons les prestations remarquées de l’Espagnole Marta Nieto (Madre) et du Français Dominique Pinon. Une distribution de haute volée pour l’un des chocs cinématographiques de cette fin d’année.

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