SOCIÉTÉ

Pologne-Biélorussie : bras de fer migratoire

Depuis une semaine, les tensions demeurent à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, où des milliers de migrants sont piégés. L’Union européenne condamne le régime de Minsk et l’instrumentalisation de cette crise. 

Depuis une semaine, la tension diplomatique ne faiblit pas à la frontière entre la Pologne, soutenue par les « 27 » , et la Biélorussie. Accusé de «  terrorisme d’État  » par Varsovie, le régime de Minsk campe sur ses positions et défend sa non-implication dans la crise. Des milliers de migrants demeurent cependant amassés aux portes de l’Union européenne. La Commission européenne dénonce un règlement de compte de la part d’Alexandre Loukachenko. Il ferait suite aux mesures de sanction imposées par l’Union européenne à l’encontre de la Biélorussie et de son dirigeant. 

Des demandeurs d’asile massés à la frontière

Les autorités locales, décomptent à la frontière polonaise environ 3000 à 4000 migrants kurdes, surtout issus d’Afghanistan et d’Irak. Ils souhaitent entrer en Europe par la Pologne. Les demandeurs d’asile se retrouvent dès lors piégés aux portes de l’Union européenne, en no man’s land. Menacés par les forces armées d’Alexandre Loukachenko, il leur est impossible de rebrousser chemin. Côté polonais, la frontière est close par des grillages barbelés et protégée par des forces militaires : l’accès est interdit aux médias et aux ONG.  

Rassemblement de migrants à la frontière polonaise

Les autorités polonaises et biélorusses diffusent des images choquantes, qui témoignent de conditions de vie difficiles. Ansi, des milliers de migrants trouvent abri dans des camps de fortune et se réchauffent à même le feu. De plus, dans un communiqué de presse, les forces de l’ordre du régime de Minsk annoncent qu’un « grand groupe de réfugiés avec des effets personnels se déplace le long de l’autoroute vers la frontière avec la Pologne  ». Le 10 novembre, Varsovie amorce à son tour une opération de protection des frontières, le nombre de passages clandestins ayant considérablement augmenté. Ce week-end, les autorités ont interpellé une cinquantaine de migrants. Mardi, la Pologne a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eaux.

Au demeurant, les deux gouvernements refusent d’accueillir les milliers de demandeurs d’asile. Cependant, les médias polonais diffusent plusieurs interviews de migrants. Ils affirment que les forces armées d’Alexandre Loukachenko les ont forcés à tenter d’entrer en Pologne. Pour l’instant, on dénombre dix décès de migrants dans la région, dont sept en Pologne, selon le quotidien polonais Gazeta Wyborcza. Les tensions entre Varsovie et le régime de Minsk sont grandissantes, chacun accusant son voisin. 

Escalade rapide des tensions 

Suite à l’afflux migratoire, les relations diplomatiques entre Varsovie et le régime de Minsk se sont rapidement détériorées. Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, dénonce une «  attaque hybride  » (non-armée) orchestrée par Alexandre Loukachenko. Le représentant du gouvernement accuse même Vladimir Poutine d’être impliqué dans l’organisation de cette crise migratoire. Si le Kremlin dément, des exercices militaires communs ont été menés à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. Pour autant, alors que Loukachenko a menacé l’Europe de fermer le robinet de la distribution de gaz, Poutine a tenu à rassurer l’Union européenne du contraire. Mardi, après un entretien avec Emmanuel Macron, les deux présidents se sont entendus sur la nécessité d’une désescalade.

Côté biélorusse, l’opposition au régime de Minsk se montre tout aussi critique de la situation. Svetlana Tsikhanovskaïa, rempart politique face au dictateur, le condamne : « Les migrants sont poussés à la frontière par des hommes armés. Loukachenko est pleinement responsable de l’attaque hybride contre la Pologne, la Lituanie et l’Union européenne. » Les regards se tournent tous vers la Biélorussie, accusé d’avoir orchestré cette crise migratoire. Les ambassades et consulats à l’étranger auraient délivré des visas aux migrants en leur promettant de les faire entrer en Europe.

En guise de réponse, le gouvernement biélorusse menace la Pologne et la met en garde contre toute «  provocation  ». Alexandre Loukachenko s’est exprimé dans un entretien publié par l’agence publique Belta  : « Je ne suis pas fou, je comprends parfaitement où tout cela peut mener. […] Nous savons bien où est notre place, mais nous ne nous mettrons pas non plus à genoux.  » Dès lors, aucun accord ne semble envisageable entre les deux États. L’Union européenne s’apprête à durcir les pénalités à l’égard du régime de Minsk. Les « 27  » s’insurgent de cette crise humanitaire, vraisemblablement orchestrée en réponse aux sanctions imposées par Bruxelles. 

Un pied-de-nez à l’Union européenne

En effet, des sanctions européenne ont frappé Alexandre Loukachenko suite à sa réélection truquée en 2020 et au détournement d’un avion de ligne Ryanair en mai dernier. En juin 2020, les « 27 » ont interdit leur espace aérien à tout avion biélorusse et ont gelé trois milliards d’euros d’investissements. 

Dès lors, la crise humanitaire en cours inquiète l’Union européenne, qui ne s’est toujours pas remise de l’afflux migratoire de 2015. Loukachenko et ses alliés jouent sur cette corde et espèrent déstabiliser les «  27  » qui font pour l’instant front. La Commission européenne s’est rapidement saisie de l’affaire. Ursula Von der Leyen dénonce alors une «  instrumentalisation cynique des migrants  » et a annoncé travailler avec les pays membres sur de nouvelles sanctions contre le régime de Minsk. De plus, l’Union envisage des sanctions visant les compagnies aériennes qui ont joué un rôle dans l’acheminement des migrants. 

L’Union a mis en garde treize pays, majoritairement africains et du Moyen-Orient. Ces États ont délivrés des visas aux migrants et ont donc participé à l’afflux migratoire. En réponse, l’Irak travaille à mettre en place un vol de rapatriement ce jeudi pour les migrants volontaires. La Pologne, quant à elle, a réclamé 350 millions d’euros à l’UE pour financer un renforcement de ses protections frontalières. Ainsi, la crise géopolitique actuelle relance le débat sur la protection des frontières en Europe. Elle teste la solidarité des pays membres et leur réponse sera déterminante pour l’avenir politique européen.

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