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[MaMA Festival] Rencontre avec Meskerem Mees – « Quand la vie devient un peu plus que ce qu’elle est, je ressens l’envie de le dire et j’ai envie de le partager »

Crédit photo Patrick Blomme

Dans le cadre du MaMA Festival, l’équipe de Maze s’est rendue sur place pour rencontrer les artistes qui nous tenaient à coeur. Le temps d’un échange, nous avons pu partager un petit moment avec les artistes à l’emploi du temps chargé.

Meskerem Mees est une jeune autrice-compositrice interprète venue de Belgique. Elle sort le 12 novembre son premier album, Julius. Un guitare folk, une voix qui vous fait hérisser les poils des bras, c’est l’essence même de la sensibilité. En duo avec son amie violoncelliste Febe Lazou, les deux musiciennes nous ont partagé un moment suspendu dans le temps le soir du 13 octobre lors du MaMA Festival à Paris.

Avais-tu déjà entendu parler du MaMA festival ?

Non du tout car j’ai commencé à faire de la musique professionnellement il y a un an et demi, deux ans. Tout ce que je fais et partout où je vais est nouveau pour moi. C’est peut-être quelque chose d’important avec beaucoup de personnes importantes qui savent l’enjeux. J’apprends au fur et à mesure. C’est bien de ne pas toujours savoir la grandeur et l’importance d’un événement parce que sinon tu es juste stressé. Maintenant je ne suis pas aussi anxieuse que j’aurais pu l’être si j’avais connu auparavant le festival.

Quand as-tu commencé la musique, de manière non professionnelle ?

J’ai commencé la musique comme un loisir après l’école tous les mercredis et les samedis à 8 ou 9 ans. J’avais de la théorie de la musique et de la guitare classique, instrument avec lequel j’ai été diplômée au lycée. Quand un enfant est assez jeune, ses parents le laissent essayer pleins de choses. Moi j’ai fait de la natation, de l’athlétisme, de la gymnastique et de la musique. La musique ça faisait partie de toutes ces choses que je pratiquais. Puis après un moment on laisse tomber des loisirs et il y en a un qui reste parce que tu l’aimes vraiment et pour moi c’était la musique. J’ai commencé très jeune mais ça n’a jamais été une obligation, c’était toujours sympa. 

Meskerem Mees au MaMA Festival Crédit photo Eva Duc

Quand as-tu commencé à écrire des chansons ?

Quand j’avais à peu près 12 ou 13 ans, j’ai écrit mes propres chansons. J’étudiais le classique donc c’était beaucoup de pièces classiques. On ne t’enseigne pas comment écrire des chansons ou travailler les paroles donc c’est juste quelque chose que j’ai ajouté moi-même. Je me suis améliorée mais je n’ai jamais eu l’intention de le partager avec d’autres personnes ou d’en faire quelque chose. Après mon diplôme j’en ai eu marre des cours. J’en avais marre parce qu’à ce moment-là ça faisait dix ans que je faisais ça. J’avais 8 ans quand j’ai commencé et 17 quand j’ai été diplômée donc ça fait beaucoup d’années pour une si jeune personne.

Je me suis dit « Ce n’est pas ce que je veux faire du reste de ma vie, c’est trop pour moi » et je ne voulais pas aller au conservatoire parce que c’était beaucoup de pratiques techniques et je n’aimais pas répéter, ce n’était pas un endroit pour moi. Tu dois t’entrainer huit heures par jour. J’adore la musique mais je savais que ce n’était pas quelque chose qui allait me rendre heureuse. Donc j’ai décidé de prendre une année sabbatique pour savoir ce que je voulais faire et c’est durant cette année que j’ai écrit pleins de chansons. La plupart vont être sur mon premier album. C’était la première fois que je commençais à me représenter devant des amis et dans des cafés. C’est la naissance du projet et c’était autour de 2019.

La pandémie est arrivée peu de temps après, tu as pu en profiter pour approfondir ton écriture ?

Non la pandémie c’était horrible. Ça l’a été pour moi parce que je pouvais rester chez mes parents et ils habitent en dehors de la ville dans une ancienne ferme. C’était agréable d’avoir beaucoup de temps pour ne pas faire grand chose. J’avais arrêté mes études, je faisais que de la musique et il n’y avait pas beaucoup de travail.

J’ai passé beaucoup de temps à la maison et à me reposer avec mes parents. C’était sympa mais du côté créatif le monde entier s’est arrêté pendant deux ans. Tout d’un coup plus rien ne t’inspire parce que tous les jours se ressemblent. La seule chose que tu fais faire c’est aller faire des ballades et c’est cool, j’aime beaucoup faire ça même avant la pandémie, même chose pour la lecture. Si tu veux vraiment écrire de bonnes chansons il faut ressentir des émotions intenses. En tout cas c’est comme ça pour moi, expérimenter et c’est quelque chose qui n’était juste pas possible à ce moment donc je n’avais pas de force créative ou rien qui me donnait envie de créer. C’était un moment sympathique parce que j’étais dans un chouette endroit mais ce n’était pas un moment créatif.

Ton album s’appelle Julius et l’une des chansons les plus connues s’appelle Joe, qui sont ces personnes ?

Joe n’est pas vraiment une personne mais c’est une idée qui m’est venue avec les paroles d’une chanson de Johnny Flynn que j’aime beaucoup avec une partie de la chansons qui fait « Stay in the light, Joe / stay with yourself » un truc comme ça et ça m’a inspiré cette chanson. Et Julius, je ne sais pas si tu as vu la pochette de l’album, mais mes parents, comme je l’ai dit, habitent dans une ancienne ferme et mes deux parents sont biologistes. Ils aiment beaucoup les animaux, la vie en général et la nature. Donc à la maison nous avons deux cochons qui sont comme des animaux de compagnie, pleins de poules et des chats et nous avons aussi un âne. Julius c’est le nom de l’âne, ça vient de là.

Qui a fait la pochette de l’album ?

C’était vraiment très dernière minute, tout dans cet album l’est à part l’enregistrement. Une amie photographe est venue un jour. Elle aime beaucoup les ânes et elle a pris des photos et j’ai dit « J’aime beaucoup celle là » et je suis allée chez un ami à moi, Felix, qui a fait mes clips dans le passé. C’est un designer graphique. Il a mis la peinture et tout le contour avec du blanc et j’ai dessiné d’autres choses. À peu près tout est fait main et traditionnellement. C’est littéralement de la peinture et du dessin. C’est vraiment cool et réel. 

Pochette de l’album Julius – credit Felix Ysenbaert et Meskerem Mees

Tu joues aussi du violon, du piano, pourquoi avoir choisi la combinaison de la guitare et du violoncelle ? 

C’est vraiment venu par coïncidence comme je l’ai dit ça n’a jamais été mon ambition de faire de la musique. La seule raison pour laquelle je fais ça maintenant c’est parce que je suis trop flemmarde pour étudier et je n’aime pas étudier, je ne suis pas une bonne étudiante. L’opportunité s’est présentée et je me suis dit « c’est parti », je déteste tout ce que je fais maintenant et j’aimerais jouer de la guitare tout le temps pour tout le monde. Quand tu es un enfant tu ne sais pas ce qu’est un hautbois ou une clarinette tu ne sais pas les types d’instruments qui existent. Tu connais trois instruments qui sont la batterie, le piano et la guitare et je me suis dit « je veux jouer de la guitare ». Le seul professeur de guitare dans mon école enseignait le classique parce que c’était une petite école dans une petite ville. C’est la seule raison pour laquelle j’ai fait du classique.

Quand j’ai fini le lycée j’ai rencontré une amie qui jouait du piano et du violoncelle. C’était une très bonne amie à moi et quand je suis revenue de mon année sabbatique je lui ai dit « Et si on se re-voyait, ça fait longtemps ». Quand on s’est vues je parlais du fait que j’écrivais des chansons et que je faisais des concerts dans des cafés et peut-être que ça serait sympa si elle voulait qu’on essaye de faire quelque chose ensemble. Elle était très enthousiaste et c’est comme ça que ça s’est passé. Je n’ai jamais pensé « Oh je veux spécialement la combinaison entre la guitare et le violoncelle parce que ci ou ça », c’est juste comme ça que ça s’est passé.

Qu’est-ce qui t’inspire ?

Après la pandémie, comme maintenant, tout doucement, ça commence à reprendre normalement en Belgique. Pour nous c’est plus tranquille et j’ai immédiatement senti qu’il y avait quelque chose en moi à nouveau, je peux recommencer à écrire. Quand je suis en train d’avoir une très forte émotion que je me sens très joyeuse ou très amoureuse ou très bien en général ou alors je me sens vraiment mal et super triste, je ne sais pas comment digérer ces émotions je les transforme en chansons. Quand elle est terminée je me dis « Ok c’est comme cela que je vois la chose, c’est comme ça que je me sens. »

Quand je les joue pour des personnes je peux voir qu’ils comprennent la musique et ça me rapproche d’eux. On vit les mêmes émotions. Quand tu joues les chansons et tu les donnes aux gens, tu les aides un peu avec leurs émotions. Quand la vie devient un peu plus que ce qu’elle est, je ressens l’envie de le dire et j’ai envie de le partager.

Qu’écoutes-tu en ce moment ?

Sur le chemin jusqu’ici j’ai écouté Ibrahim Maalouf. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas écouté et c’était aussi bien que dans mon souvenir. Je m’ambiançais et c’était très cool. Il y a aussi cet artiste scandinave Fionn Regan, il n’est pas très connu mais il a un super album The End of History, c’est un super bon guitariste donc c’est une très bonne manière d’étudier pour moi.

Ta musique est souvent comparée à des musiciennes comme Joni Mitchell ou Laura Marling, que penses-tu de cela ?

Je crois que c’est comme cela que les personnes me voient parce que ces femmes chantent et jouent de la guitare également.

Est-ce qu’elles influencent ta musique ?

J’aime bien Laura Marling, je trouve son premier album Alas I Cannot Swim vraiment bien, probablement le meilleur de mon point de vue. Bien sûr, Joni Mitchell n’a pas besoin d’explication car c’est Joni Mitchell. Je ne pense pas qu’ils me comparent avec ces femmes au niveau des paroles ou de l’écriture musicale. Ce sont d’autres femmes qui jouent de la guitare et qui chantent. Je le prends tout de même comme un compliment mais je ne suis pas sûre que cela soit ce qu’ils aient voulu dire. 

Quelle est ta référence musicale ?

Probablement Kamya Dawson qui faisaient partie du groupe The Moldy Peaches avec Adam Green. Elle est cool et radicale, elle fait des chansons rigolotes presque enfantines mais avec des sujets très durs. Elle utilise beaucoup les mots et très peux d’accords et c’est aussi comme ça que j’écris ma musique. Très peu d’accords, beaucoup de répétitions et tout pour les paroles. Et puis elle est vraiment super cool, j’aimerais être elle.

Meskerem Mees au MaMA Festival

Meskerem Mees au MaMA Festival © Eva Duc
Meskerem Mees au MaMA Festival © Eva Duc
Meskerem Mees au MaMA Festival © Eva Duc
Meskerem Mees au MaMA Festival © Eva Duc

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