CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2021 – « Haut et fort » : Dépasser les limites

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SÉLECTION OFFICIELLEHaut et Fort, présenté en compétition Cannes, est le long métrage qui éveille le spectateur. Nabil Ayouch montre que les corps et les voix ont un poids sur les consciences.

Après Much Loved en 2015, Razzia en 2017, c’est un nouveau drame que nous dessine Nabil Ayouch. Mais Haut et fort est aussi un long métrage rempli de couleurs, de musiques et de discussions. Il laisse les silences pour la vie privée, au sein des bidonvilles de Casablanca. Anas, interprété par Anas Basbousi, est un ancien rappeur qui vient enseigner son art au sein d’un centre culturel à Casablanca. Il est dur, froid, le visage fermé ; mais ne parle pas pour ne rien dire. Ce hip-hop dont il parle, au fur et à mesure, va plaire à ses élèves. Alors, chacun pourra raconter sa propre histoire.

Le scénario de Haut et fort intrigue le spectateur, les discussions sont intelligentes. On comprend que le centre culturel devient un lieu de débat. Anas questionne, observe. Les élèves, quant à eux, parlent religion, politique ou tabous. Le film prend tout son sens lorsqu’ils se posent la question suivante : «  Pouvons-nous aller au-delà des limites ?  ». C’est alors qu’à la sortie du centre culturel, ces jeunes jouent avec ces limites par le geste et la parole. Les corps transpirent. Ils sont pliés, étirés dans tous les sens. Zineb (Zineb Boujema), en tant que femme, dans la rue ou chez elle, détient le contrôle sur son corps par le biais de la danse. Et le rap devient un moyen de critiquer leur société actuelle. Rapper, c’est ici aller contre leur tradition familiale.

Chacun, dans sa vie de famille, revient à sa dure réalité. Nabil Ayouch filme ses acteurs dans leur intimité, leur profondeur, et ce individuellement. Il arrive à tous leur donner une place à l’écran, précise et précieuse. Chacun menant son propre combat. Alors, le film se transforme lentement en comédie musicale. Nouhaila (Nouhaila Arif) chante devant son miroir, elle s’affirme. Meryem (Meryem Nekkach), par le rap, explique sa colère à son frère. Sans superflu, le réalisateur filme la confrontation des mentalités – corps à corps, de près -, tout en maintenant un naturel intact. Cette nouvelle génération prend conscience, malgré les résistances d’une ancienne génération conservatrice, du monde dans lequel elle vit. Le réalisateur met ce sujet en image : une battle de rap, les vieux contre les jeunes.

Si Nabil Ayouch filme la misère de Casablanca et l’omniprésence des traditions au cœur des familles, il le fait en arrière-plan. Ici, il montre que l’art et la culture sauvent, accompagnent et ouvrent les esprits. Il utilise le personnage d’Ismael Adouab comme porte-parole. Le sourire aux lèvres, ambitieux dans son talent. Anas, quant à lui, ouvre le film dans sa voiture, les fenêtres ouvertes, écoutant du rap. Une fois sa mission accomplie, il fermera le film dans cette même voiture, au rythme de ses élèves. Alors, Nabil Ayouch filme un Maroc en pleine ébullition et remise en question à travers l’art. Finalement, Haut et fort est devenu un chef-d’œuvre.

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