CINÉMA

« Tralala » – Soyez qui vous voulez

Tralala © Pyramide Films
© Pyramide Films

Présenté en Hors Compétition au dernier Festival de Cannes, la comédie musicale des frères Larrieu est un enchantement. Ainsi, dans Tralala, Mathieu Amalric est invité à n’être surtout pas lui-même et à se balader dans les rues de Lourdes à la place d’un autre, entouré d’un immense casting.

Six ans après leur comédie imprégnée d’érotisme, Vingt et une nuits avec Pattie, les frères Jean-Marie et Arnaud Larrieu reviennent dans les Pyrénées et plus précisément la ville dans laquelle ils ont grandi, la miraculée Lourdes. Tralala apparait comme un clochard céleste, un chanteur marginal, interprété par Mathieu Amalric. Il se réveille ce matin-là dans l’appartement d’un immeuble bientôt détruit qu’il occupe. Il pousse la chansonnette avec Malik Djoudi devant le chantier puis s’en va gagner son pain, avec sa guitare, son ampli et sa voix devant le métro parisien, place de l’Opéra. Mais ce jour-là, une apparition en capuche bleu (Galatéa Bellugi), l’invite à la suivre dans les rue parisiennes avant de disparaître, laissant un briquet souvenir de Lourdes.

Intriguée et charmée par le jeune femme, Tralala se rend sur ses traces dans la cité du pèlerinage marial. Prenant à la lettre la phrase lancée par cette dernière la veille, « Surtout ne soyez pas vous-même », notre héros se retrouve pris pour un autre. Voici venu le retour tant attendu de Pat, disparu depuis vingt ans avec ses ambitions de musicien. Aussitôt sa mère (Josiane Balasko), son frère (Bertrand Belin, véritable révélation), ses anciennes amoureuses (Mélanie Thierry et Maïwenn) et ses neveux (Joseph Brisset et Balthazar Gibert, du duo Sein) veulent croire à ce miracle du retour de l’enfant prodige.

Malgré lui, Tralala va réveiller une famille, des lieux, des secrets enfouis et son talent d’artiste. Les frères Larrieu construisent le tout en chansons et danses pour une vraie comédie musicale hommage aux cinémas de Jacques Demy et de Vincent Minelli. Pour les accompagner, ils se sont entourés non pas d’un compositeur mais d’une jolie brochette de chanteur.euses, chacun.e associé.e à un personnage : Philippe Katerine, Dominique A, Jeanne Cherhal, Étienne Daho et Bertrand Belin pour ses propres chansons.

Ancrant Tralala dans notre époque, les masques se portent et s’enlèvent au propre comme au figuré dans cette joyeuse fantaisie. Les cinéastes poursuivent un cinéma libre voire libertaire où ces solitudes se rejoignent en chorale, et toutes ses voix s’y mêlent dans une harmonie colorée. Drôle, enchanté et touché par la grâce.

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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