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MARDI SÉRIE – « Mixte » : Place, elles passent

© Prime Video
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Deux fois par mois, la rédaction se consacre au petit écran et revient sur une série pour la partager avec vous. Toutes époques et toutes nationalités confondues, ce format vous permettra de retrouver vos séries fétiches… ou bien de découvrir des pépites. Aujourd’hui, visite historique de la France des années 60 avec Mixte.

Créée par Marie Roussin, à qui l’on doit également l’adaptation de la série Les Bracelets Rouges sur TF1, Mixte est une série en une saison et huit épisodes disponible sur Amazon Prime depuis le 14 juin 2021. Sortie en deux parties, la première le 14 juin et la deuxième le 21 juin, elle nous plonge dans la France de 1963, au coeur du lycée Voltaire, en Charente-Maritime. Établissement exclusivement réservé aux garçons, leur quotidien sera bouleversé par l’arrivée des premières filles en classe de seconde, dans le cadre d’un plan de mixité au sein de l’éducation nationale.

Au lycée Voltaire, l’excellence est de mise. Les élèves sont brillants, l’établissement est reconnu, les professeurs sont agrégés. Cependant, en 1963, les réformes de l’éducation battent leur plein. Le lycée décide de devenir le précurseur d’une toute nouvelle mixité française. Accueillant au total onze filles réparties dans les classes de seconde, le directeur de l’école espère donner une nouvelle image de celle-ci, encore plus progressiste.

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Un scénario nourri par le contexte, et vice-versa

L’arrivée des jeunes femmes suscite, tant au niveau des élèves que du corps enseignant, de vifs sentiments. Que ce soit la désapprobation de certains professeurs attachés aux moeurs et aux traditions ou bien la curiosité des élèves à l’idée de partager leur classe avec des individus d’un autre sexe, le scénario est construit autour du bouleversement provoqué par l’arrivée des lycéennes.

Nous suivons particulièrement trois d’entre elles : Michèle (Léonie Souchaud), Annick (Lula Cotton-Frapier) et Simone (Anouk Villemin). Elles sont issues de milieux sociaux différents et vont devoir s’intégrer au sein d’un environnement qui n’est absolument pas prévu pour elles. Au niveau du contexte, la série ne laisse rien au hasard. Les décors et les costumes reproduisent avec une simplicité efficace la société française des années 1960. Ils sont au service de l’histoire et des enjeux que celle-ci soulève.

Afin de nourrir le contexte, les moeurs plus traditionnelles sont mises en avant dans la première partie de la série. À commencer par les figures de certains professeurs plus âgés qui voient l’arrivée des jeunes filles d’un mauvais oeil. De même, certains détails, comme le fait qu’il n’y ait pas de toilettes pour femmes dans l’établissement, ou bien de séparation à l’infirmerie, permettent d’établir un contexte propice au message social qui va par la suite constituer le coeur de la série. Tout cela ouvre la voie à une pluralité de sujets d’époque qui résonnent encore parfois avec l’actualité.

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Une vaste palette de sujets sociaux

C’est écrit dans le titre, l’intrigue principale de l’oeuvre est la mixité au sein du lycée Voltaire. Cependant, au-delà des relations entre garçons et filles, et finalement entre hommes et femmes, la série se permet d’ouvrir sur d’autres sujets secondaires, mais bien présents. Par exemple, le fil des épisode aborde régulièrement la question de l’homosexualité.

Le développement d’un personnage homosexuel est réalisé avec attention et met en lumière les obstacles inhérents à l’époque. De même l’évolution de l’image de la femme au sein de la société, ainsi que la libération des corps et de la vie sexuelle, occupent une place de choix dans le scénario. Pour finir, la question de l’éducation est également abordée. Elle l’est néanmoins de manière plus ponctuelle, et pour alimenter les questions de mixité et de genre.

Outre la variété des sujets abordés, l’une des forces de Mixte réside dans les différentes relations que tissent les personnages. On y trouve ainsi de l’amitié, de l’amour, mais également, plus rare dans les séries, une sorte de solidarité cordiale. Sans forcément tomber dans la tendresse, celle-ci illustre un respect mutuel et admirable. Des relations particulières sont également présentes, comme cette amitié profonde entre Paul et Jeanne (Pierre Deladonchamps et Maud Wyler). Elle apporte un vent de fraîcheur au niveau des interactions entre personnages de séries de manière générale.

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Un casting, lui aussi, « mixte »

Quitte à faire dans la mixité, la série a bien fait les choses. Nous retrouvons à l’affiche un équilibre quasiment parfait entre acteurs déjà bien connus du public et nouvelles têtes. La délimitation se fait majoritairement entre « enfants » et « adultes ». Ainsi, du côté des professeurs, nous pouvons retrouver Pierre Deladonchamps (Les Chatouilles, Madame Claude), ou encore Nina Meurisse (Camille, Petite Maman).

Du côté des élèves, beaucoup de jeunes talents qui n’ont qu’un ou peu de projets à leurs actifs. Nous pouvons notamment penser à Lula Cotton-Frapier (Skam France), et Léonie Souchaud (La Forêt de mon père). D’autres acteur.rices se sont déjà illustré.es dans certains téléfilms français, tandis que certain.es apparaissent pour la première fois sur écran.

Cette dualité entre personnalités plus ou moins connues se place au service de l’histoire. Elle permet une immersion plus intense. N’ayant pas l’habitude de voir ces têtes et ces jeux à l’écran, il est plus facile d’oublier l’interprète au profit de son personnage. À noter également le jeu des acteur.rices, fluide, simple, agréable à regarder. Cela se perçoit notamment dans les personnages principaux, à l’instar de Gaspard Meier interprétant Alain Laubrac ou encore Anouk Villemin dans la peau de Simone Palladino. Mais il faut également, et absolument, souligner le travail des personnages secondaires. Que ce soient Antoine Werner (Didier Felbec) ou Vassili Schneider (Joseph Descamps), tous permettent de construire une histoire crédible et de dépeindre un tableau de vie saisissant et immersif.

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Une fin ouverte poussant à la réflexion

Comme dit précédemment, Mixte se veut une série engagée socialement. Reproduisant une période historique, elle traite avec humour et sensibilité des sujets qui indignent aujourd’hui. Ces mêmes sujets qui ont structuré la société d’hier. Les rebondissements au sein de la série sont nombreux et se poursuivent jusqu’à la dernière minute du dernier épisode.

Si la fin de la série peut sembler tomber dans le cliché du romantisme et faire perdre à cette dernière un peu de sa justesse et de son authenticité. Elle laisse néanmoins la porte ouverte à de nombreuses réflexions. Qu’adviendra-t-il aux filles du lycée l’année prochaine ? À quel moment le basculement de la mixité se fait réellement ? Et, plus largement, comment mettre en marche une révolution contre l’injustice comme a été mise en marche celle de la mixité ?

Autant de sujets de débat qui restent en suspens à la fin du dernier épisode. Cela permet ainsi d’ouvrir la discussion, mais laisse malgré tout une frustration d’un point de vue cinématographique. Si l’espoir d’une deuxième saison a plané pendant quelques mois, il semblerait que celle-ci ne sera pas. La série se conclut donc sur une fin aux abords quelques peu clichés, mais qui n’en reste pas moins séduisante.

Mixte signe ainsi un tableau de vie important en abordant des sujets importants d’une manière importante. Elle est à saluer tant au niveau de la qualité de l’oeuvre comme objet artistique et culturel que comme vecteur subtil de messages sociaux. Plus simplement, c’est une série aux couleurs chaleureuses et au jeu agréable qui touche le spectateur et lui permet de se plonger, quelques instants, au coeur d’une France au bord du mixte.

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