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« Les Héroïques » – Se battre, vivre et aimer

Les Heroïques - Copyright Pyramide Distribution
© Pyramide Distribution

Maxime Roy adapte son court-métrage Beautiful Loser, dans un film teinté d’une rage de vivre bouleversante. Avec Les Héroïques s’élève le cri d’un homme réduit en esclavage par l’addiction et un machisme dépassé. Un film dur mais profondément humain, qui révèle plan par plan la profondeur de son objet.

Il est des films qui parlent si brutalement de la vie qui leur colle à la peau, à l’image du témoignage poisseux de la misère de l’Homme. Ils ramènent sans cesse à ce détail que le cinéma de divertissement tente vigoureusement de faire oublier : la vie peut être sale, violente, atroce envers ceux qui s’effondrent trop vite devant ce tourbillon sans fin. Les Héroïques parle de ceux-là, avec un franc-parler désarmant. Présenté à Cannes en séance spéciale, le film de Maxime Roy assume un réalisme honnête et brut.

Dès les premières images, Maxime Roy transporte son spectateur vers une réalité pesante et dérangeante. Michel, interprété par François Créton, se confie sur son addiction devant un groupe d’autres addicts. L’alcool et la drogue ont été ses compagnons de voyage les plus fidèles. Il ne parvient pas à continuer sans eux. La voix tremblante, il avoue le secret qui lui pèse : il est à nouveau papa, mais d’un enfant qu’il ne veut pas.

Lui, qui a déjà tout raté avec son ado Léo, n’a aucune envie de reprendre son rôle de père. C’est sur cette confession pleine de honte et d’amertume que nous retrouvons Michel, qui était déjà le sujet du court-métrage Beautiful Loser, sorti en 2018. Maxime Roy ramène à la vie la rage de cet homme que l’addiction a mis au ban de la société. À nouveau, le cinéaste se penche sur cette maladie, qui empoisonne le corps et l’esprit.

Les Héroïques – © Pyramide Distribution

Masculinité toxique et toxicomanie

Le réalisateur s’empare de son sujet d’une main ferme et compatissante, sans jamais être larmoyant. Il voit l’addiction pour ce qu’elle est : une maladie qui fait des ravages, mais dont il est possible de s’affranchir, au moins un temps. Sa présence insidieuse pourrit tout ce qu’elle touche et c’est un combat de chaque instant. Michel paye le prix d’une vie d’addict et doit faire face à ses choix, décidés sous le joug d’un maître tout puissant. Il revient également sur la relation père-fils, abîmée par le fantôme pesant de l’excès et des non-dits. Le sujet est exploré en profondeur, mettant en lumière les ravages d’une mentalité dépassée d’homme macho.

Les Héroïques s’attaque frontalement à ce fléau de toujours : des hommes écrasés par une définition de la masculinité qui les enferme dans une spirale toxique, les rendant incapables d’être des pères ou des partenaires présents. Maxime Roy déconstruit cet héritage violent, tout en portant un message plein d’espoir. Devant sa caméra, le monde change peu à peu. La vie reste un tourbillon brusque et implacable. Et certains travers se perdent, semblent appartenir à l’ancien monde.

François Créton est Michel, si totalement et si justement. Avec son uniforme de loup solitaire et ses airs de Renaud, chaque mot sorti de sa bouche crie la panique d’un homme laissé pour compte par un monde qui continue d’avancer sans lui. Aux côtés d’une Clotilde Courau saisissante et du jeune Roméo Créton à suivre, il porte sur ses épaules frêles le poids d’une vie sans pitié, où l’amour ne demande qu’à se faire une place. Un message lumineux qui transparaît d’entre les images.

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