ARTThéâtre

« I was sitting on my patio… », monologues déjantés

I was sitting on my patio this guy appeared I thought I was hallucinating
I was sitting on my patio this guy appeared I thought I was hallucinating © Lucie Jansch, Théâtre de la Ville

Du 20 au 23 octobre était présenté au Théâtre de la Ville «  I was sitting on my patio  », un double monologue déjanté et sans queue ni tête, interprété en VO par deux comédiens à l’énergie et au charisme débordants. 

À la sortie de la représentation du jeudi 21 octobre, les nombreuses classes d’élèves emmenés par leurs professeurs pour voir «  I was sitting on my patio  » fourmillent dans le hall. Ils se hèlent, se bousculent au milieu du petit espace librairie dans lequel se multiplient les ouvrages féministes, les essais sur le travail ainsi que d’autres romans sur des modes de vie alternatifs. «  Rassurez-moi, vous n’avez rien compris vous non plus  ?  » s’exclame une jeune fille en rejoignant sa bande d’amis. «  J’ai rien capté, mais c’était incroyable  », rétorque l’autre. On ne saurait dire mieux. 

Dans cette pièce d’une heure vingt s’enchaînent les deux monologues survitaminés de personnages exaltés, incompréhensibles – au sens littéral et figuré, le texte est en anglais. Le sur-titrage aide à lire et confirme l’intuition que l’on avait déjà, en dépit de la barrière de la langue  : c’est fou. Quoique «  fou  », c’est encore trop banal pour qualifier l’extravagance de la représentation, son texte, ses costumes. C’est croquignolesque. 

Sans queue ni tête

C’est ainsi qu’apparaît sur scène un premier personnage croquignolesque sur une scène plongée dans la pénombre et illuminée par les seuls phares de trois panneaux lumineux. Cheveux ébènes et teint diaphane, costume deux-pièces noirs et visage surmaquillé à la manière des drag queens et kings. À la lueur du décor, il ressemble à un jeune dracula tout juste tiré de son cercueil. Il jette un regard malicieux à son public avant de mimer une moue qui fait rire dans la salle. Il entonne son texte, comme un cri du cœur «  I was sitting here on my patio  »… Pas la peine de comprendre. 

Lucie Jansch © Théâtre de la Ville

Par bribes, on se représente l’évènement fondateur en deux temps. Le patio sur lequel on était assis, un téléphone qui sonne de manière lancinante, une voix anonyme à l’autre bout du fil avec laquelle l’acteur dialogue. Ou plutôt, une voix qui le mime, répète ce qu’il dit pendant de longues minutes jusqu’à overdose. «  This guy  », ce type, il est question d’un type, d’une fille, pas moyen de savoir qui c’est. À la place, notre dracula qui s’agite, hurle, chante, exprime un désarroi intérieur, comme une cassure joyeuse et drôlement esthétique. 

Au bout de quarante minutes, ce personnage attachant disparaît. Le remplace une femme, robe aussi blanche que son costume était noir, crinière rousse coiffée dans un chignon parfait. Maquillage que l’on devine extravaguant depuis l’autre bout de la salle. Elle se pâme sur la scène, verre de champagne à la main, sourire narquois. Puis entonne, à nouveau, ce refrain de fou  : «  I was sitting on my patio… this guy appeared I though I was hallucinating  ». Les deux monologues incompréhensibles se répètent comme le nuancier d’une seule et même couleur, se répondent. On a dit que ça n’avait pas de sens  : c’est faux, le deuxième personnage répond au premier avec la même fraîcheur, la même folie. Et puis, tout à coup, la boucle est bouclée. 

I was sitting on my patio de Robert Wilson au Théâtre de la Ville, du 20 au 23 octobre 2021. 

Auteur·rice

Journaliste

Vous pourriez aussi aimer

More in ART