CINÉMA

« Eugénie Grandet » – Honoré de Balzac 2.0

Eugénie Grandet - Copyright Highsea Production-Tribus P. Films-2020
Eugénie Grandet - © Highsea Production-Tribus P. Films-2020

En adaptant le roman d’Honoré de Balzac Eugénie Grandet au cinéma, Marc Dugain revisite un classique sous un prisme résolument moderne.

Joséphine Japy (Mon inconnue), Olivier Gourmet (Une Intime conviction), et Valérie Bonneton (Fais pas ci, fais pas ça) se rencontrent à l’écran cet automne. Dans Eugénie Grandet, ils se rassemblent le temps d’une fresque provinciale, marquée par la Restauration au début du XIXe siècle. Des pires vices à la plus grande bonté, le roman de Balzac explore en profondeur l’évolution de la famille Grandet. Argent, amour, et pouvoir… Le destin de la jeune Eugénie sert de prétexte à l’étude de l’Homme. Une véritable plongée au cœur de la nature humaine.

Si cette adaptation reste relativement fidèle à l’œuvre d’origine, quelques changements notables sont à relever. L’Eugénie de Marc Dugain est moins naïve que celle d’Honoré de Balzac. Elle fait simplement preuve d’une bonté de cœur touchante, inébranlable malgré l’inhumanité du monde qui l’entoure. Le metteur en scène s’applique à dessiner le portrait d’une femme vive, pleine d’esprit, mais dont l’innocence et la bonté reste les seules échappatoires pour supporter un quotidien difficile. Joséphine Japy trouve ici un rôle plein de nuances. Elle se révèle complexe et juste, confirmant à nouveau un talent pur, délicat.

Eugénie Grandet – © Highsea Production-Tribus P. Films-2020

Une adaptation sous le signe de la modernité

Pour ancrer son personnage dans une modernité assumée, le cinéaste va jusqu’à changer la fin de l’histoire d’origine. Lorsqu’Eugènie s’empare de son indépendance, c’est pour en être la seule maîtresse. Sous un regard moderne, cette émancipation totale a un véritable sens.

Sans dénaturer le personnage d’Eugénie Grandet, cette révision contemporaine permet de revisiter un grand classique tout en le fixant dans une nouvelle époque. C’est finalement la beauté des œuvres qui traversent ainsi les siècles : leurs personnages et les histoires qu’elles portent résonnent à travers les époques. Elles inspirent, des centaines d’années après leur écriture, une nouvelle génération d’artistes, se réappropriant avec un oeil nouveau les récits de leurs aînés. 

Marc Dugain présente une adaptation élégante, soufflant un vent de fraîcheur sur un grand classique de la littérature française. Sans se charger d’une ambition débordante, il parvient à retranscrire à l’écran une version fidèle de l’œuvre de Balzac. On notera particulièrement l’attention portée aux descriptions de paysages de campagne, que l’écrivain aimait longues et très détaillées. Le réalisateur offre des paysages bucoliques travaillés avec une vraie volonté de capter les scènes de la vie de province qui habitaient déjà le livre. La psychologie des personnages est en revanche moins développée, et aurait mérité d’être un peu plus dévoilée.

Moins émouvant que ses précédents projets, le Eugénie Grandet de Marc Dugain reste un film divertissant. Entraîné par un casting d’acteurs et d’actrices efficaces, le film invite à plonger dans le monde gris et tristement réaliste de la « Comédie Humaine ». Un voyage que l’on effectue volontiers.

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