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Des « Démons » qui peinent à habiter la Comédie-Française

© Christophe Raynaud de Lage

Le metteur en scène flamand Guy Cassiers présente sa mise en scène des Démons de Dostoïevski à la Comédie-Française jusqu’au 16 janvier 2022.

En cette rentrée théâtrale, Dostoïevskvi est à l’honneur. À l’Odéon, on pourra voir une adaptation des Frères Karamazov par Sylvain Creuzevault à l’Odéon. À la Comédie-Française, Guy Cassiers s’empare lui des Démons (déjà adapté par Creuzevault en 2018). Dans ce roman fleuve, l’auteur russe dénonce, autant qu’il tente de saisir, le nihilisme de la jeunesse russe d’alors. Des jeunes qui se rebiffent contre la génération passée et qui cherche à faire table rase du monde d’avant et de ses valeurs à coup d’attentats.

© Christophe Raynaud de Lage

Domestique versus politique

Guy Cassiers a l’habitude de travailler les auteurs russes (Anna Karénine de Tolstoï en 1999 et Onéguine de Pouchkine en 2006 ) et les romans fleuves (Les bienveillantes de Jonathan Littell en 2016). Pourtant, il peine cette fois à convaincre. Le choix de consacrer toute une partie du spectacle aux déboires amoureux et domestiques des personnages laisse perplexe.

Ce qui rend ce roman exceptionnel, c’est avant tout le fait qu’il soit un brûlot politique qui autopsie –non sans mauvaise foi- l’évolution des nouvelles théories politiques et les méthodes des groupuscules idéologiques. Certes, cela a un impact sur la vie privée des personnes et certains destins nous touchent. Notamment celui de Stépane Trofimovitch Verkhovenski (Hervé Pierre), professeur raté maltraité par la femme qui l’héberge depuis 20 ans. Éperdument amoureux d’elle alors que celle-ci décide s’en débarrasser en le mariant puis de le mettre tout simplement à la porte. Le spectacle change lui-même de dimension lorsque, dans sa deuxième partie, il laisse une plus grande place aux intrigues politiques. Comme si Guy Cassiers lui-même semblait se rendre compte de sa méprise.

© Christophe Raynaud de Lage

Jeu décevant

La mise en scène aussi, n’emporte qu’à moitié. Guy Cassiers est souvent qualifié de « maître » de l’usage de la vidéo au théâtre. Sur ce point-là, le spectacle tient ses promesses. L’utilisation qui en est faite est très originale. Trois écrans sont disposés face au public dans lesquels les acteurs apparaissent tels des portraits animés. Le dispositif peut sembler très théorique voire futile mais maitrisé et exécuté à la perfection il parvient à convaincre.

Quelques tableaux sont également très réussis. On pense au discours de Stépane Verkhovenski ou à la scène de l’incendie, moment stupéfiant de beauté. Mais, en dehors de ça, les choix de direction sont très prudents voire un peu ennuyeux. Les costumes d’époque, le jeu très théâtral (même si les acteurs sont sonorisés), tout semble un peu figé dans une époque datée. Enfin, fait très rare à la Comédie-Française, le jeu de certains acteurs et actrices (Christophe Montenez, Suliane Brahim et Claïna Clavaron en particulier) interpelle vraiment tant il sonne faux.  

Les démons de Fédor Dostoïevski mis en scène par Guy Cassiers. A la Comédie-Française jusqu’au 16 janvier 2022. Durée  : 2h30 sans entracte.

Auteur·rice

Rédactrice "Art". Toujours quelque part entre un théâtre, un film, un ballet, un opéra et une expo.

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