CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2021 – « La Fracture » : Une France en colère

La Fracture - Copyright CHAZ Productions
La Fracture - Copyright CHAZ Productions

SÉLECTION OFFICIELLE – COMPÉTITIONAvec La Fracture, Catherine Corsini s’attaque à tous les sujets brûlants. Entre violences policières et saturation des hôpitaux, elle dresse le portrait d’une France en crise.

Dès les premières images de La Fracture, la tension est palpable. Valeria Bruni-Tedeschi forme avec Marina Foïs un couple en pleine rupture. L’une veut partir, l’autre s’accroche désespérément. Les insultes fusent, et le point de non-retour semble atteint. L’amour n’est plus, c’est la colère et la rancœur qui ont pris le dessus.

Puis, une manifestation. Pio Marmai est Yann, jeune homme au bout du rouleau, très impliqué dans le mouvement des gilets jaunes. Par un concours de circonstances, tous vont se retrouver et passer la nuit à l’hôpital. Là aussi, les équipes sont au bord de la crise. Manque de personnel et de moyens, les soignants vont tenter tant bien que mal de gérer la situation, alors que les affrontements entre les manifestants et la police font rage aux portes de l’établissement.

La crème des acteurs français se retrouve dans cet hôpital où tout semble prêt à exploser d’un moment à l’autre. Si les personnages sont plutôt caricaturaux, les acteurs emportent dans cet état de tension extrême, le spectateur aussi désemparé qu’eux face à cette situation brûlante. Aïssatou Diallo Sagna, aide soignante dans la « vraie » vie, est poignante dans le rôle d’une jeune maman infirmière tentant par tous les moyens d’aider le plus grand nombre de patients, malgré la fatigue et ses drames personnels.

Un coup de gueule contre Emmanuel Macron

La réalisatrice peint ici le récit de la France de 2019, rythmée par les grèves générales et les manifestations des gilets jaunes. Cette France où chaque dimanche se fait entendre la fracture d’une nation. Elle raconte le malaise d’un pays en pleine désillusion, où la classe politique ne convainc plus personne. La Fracture sonne comme un cri de colère contre Emmanuel Macron et son gouvernement, sans subtilité, mais avec un énervement assumé. À moins d’un an des élections présidentielles, le film dénonce le président en place. Dangereux ou nécessaire ?

Si son propos n’est pas du tout nuancé, Catherine Corsini termine sur une note d’espoir et finit par rassembler ses personnages au delà des opinions politiques et des situations de chacun. C’est la solidarité qui les unit, ce besoin profond de ne plus se sentir seul face à la violence de leur quotidien. Etat des lieux d’une période particulière ou avertissement pour l’avenir, le film ne laissera personne indifférent.

Auteur·rice

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